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Au-delà de l’authenticité

Paris
Philharmonie
10/23/2026 -  et 21 octobre 2026 (Barcelona)
Johannes Brahms : Schicksalslied, opus 54 – Ein deutsches Requiem, opus 45
Lina Johnson (soprano), Matthias Winckhler (baryton)
La Capella Nacional de Catalunya, Le Concert des Nations, Jordi Savall (direction)


J. Savall (© David Ignaszewski)

Jordi Savall continue d’explorer le répertoire romantique, toujours attaché à délivrer, par les instruments et par l’exécution, des interprétations « historiquement informées ». Son Requiem allemand de Brahms, précédé du Chant du destin, montre que, au‑delà de l’authenticité, il offre une véritable vision, concentrée et unitaire, très équilibrée sur le plan sonore grâce à une belle balance entre les pupitres, pleine de ferveur et de mystère – qualités qui manquaient à Andris Nelsons au début de la saison dernière – dès le « Selig sind, die da Leid tragen », où se révèlent aussi les qualités d’un chœur remarquable d’homogénéité et de nuances, qui creuse les mots du texte.


Le chef espagnol crée des atmosphères, avec de très beaux clairs‑obscurs, alternant ombre (« Denn alles Fleisch ist wie das Gras ») et lumière (« Wie selig sind deine Wohnungen »). Mais si la partition perd le caractère monumental des grands rituels, plus lents, auxquels nous a habitués une longue et splendide tradition, la sobriété du geste n’en émousse pas la puissance, comme en témoignent la reprise de « Denn alles Fleisch » ou l’évocation effrayée du Jugement dernier dans « Der Tod ist verschlungen in den Sieg » au milieu de « Denn wir haben hie keine bleibende Statt » – mais « Der Gerechten Seelen sind in Gottes Hand », qui conclut « Herr, lehre doch mich », fait un peu patiner sopranos et ténors. Tout s’achève sur un « Selig sind die Toten » plein d’espérance, baigné d’une clarté mordorée.


Les solistes, impeccables, laissent toutefois plus sceptiques, faute d’incarner vraiment l’âme du croyant, le soprano fruité de Lina Johnson pas assez extatique dans « Ihr habt nun Traurigkeit », le baryton mordant de Matthias Winckhler trop distancié dans « Herr, lehre doch mich » ou « Denn wir haben hie keine bleibende Statt ».



Didier van Moere

 

 

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