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Verdi en majesté Parma Teatro Regio 10/03/2026 - et 11, 18*, 24 octobre 2026 Giuseppe Verdi : Nabucco Ariunbaatar Ganbaatar (Nabucco), Andrés Moreno García (Ismaele), Michele Pertusi (Zaccaria), Lidia Fridman (Abigaille), Laura Verrechia (Fenena), Adriano Gramigni (Gran Sacerdote di Belo), Simone Fenotti (Abdallo), Maria Cristina Bellantuono (Anna)
Coro del Teatro Regio di Parma, Martino Faggiani (préparation), Orchestra del Teatro comunale di Bologna, Francesco Lanzillotta (direction musicale)
Pier Luigi Pizzi (mise en scène, décors, costumes), Massimo Pizzi Gasparon Contarimi (assistant à la mise en scene, lumières), Marco Berriel (mouvements de scène)
 (© Roberto Ricci/Festival Verdi)
Il y a des soirées où Verdi reprend tous ses droits. Au Teatro Regio de Parme, Nabucco, l’opéra qui lança véritablement la carrière du compositeur en 1842, retrouve une force expressive que rien ne saurait réduire au célèbre « Va, pensiero ». Certes, le chœur des Hébreux demeure le moment de communion attendu, celui où toute la salle semble retenir son souffle. Mais cette nouvelle production du Festival Verdi offre bien davantage : une distribution vocale de haut niveau, une direction musicale soignée et une lecture des grands conflits verdiens qui, malgré les limites de sa réalisation scénique, donne toute sa place à la musique.
Dans le rôle d’Abigaille, Lidia Fridman affronte avec une remarquable détermination l’une des partitions les plus redoutables du répertoire de soprano. La première partie est un véritable exercice de haute voltige : vocalises acérées comme des flèches, traits incisifs, aigus percutants, impétuosité du chant et flamme dramatique composent le portrait d’une femme dévorée par l’ambition. Mais c’est dans la seconde partie que son interprétation gagne en profondeur. Derrière la fureur de la conquérante apparaît une femme blessée, rattrapée par son passé et condamnée à mesurer le prix de sa soif de pouvoir. Le chant se fait plainte, les nuances s’affinent, les pianissimi prennent une dimension bouleversante. Une incarnation d’anthologie.
Face à elle, Ariunbaatar Ganbaatar donne à Nabucco une autorité qui ne repose pas uniquement sur la puissance. Le baryton mongol soigne la ligne, cultive le legato et privilégie l’expressivité, faisant entendre les contradictions d’un souverain qui confond d’abord pouvoir politique et puissance divine. Arrogant, violent, pétri de certitudes dans la première partie, son personnage bascule ensuite dans la détresse et l’humiliation. La transition entre ces deux visages est particulièrement réussie : au monarque tonitruant succède un homme déchu, dont les accents plaintifs et les pianissimi révèlent une humanité insoupçonnée.
Dans le rôle de Zaccaria, Michele Pertusi rappelle, avec l’élégance des grandes basses italiennes, que l’autorité ne se mesure pas au volume sonore. Le legato est superbe, la ligne vocale admirablement conduite, l’expressivité toujours présente. Son chant privilégie la continuité et la noblesse plutôt que l’effet facile. Malheureusement, tant la Fenena de Laura Verrecchia que l’Ismaele d’Andrés Moreno García n’atteignent pas les mêmes sommets vocaux.
A la tête de l’Orchestre du Teatro comunale de Bologne, Francesco Lanzillotta privilégie une lecture élégante, attentive aux chanteurs et à la clarté de la partition. La direction veille à l’équilibre entre la fosse et le plateau, sans sacrifier la qualité des lignes vocales à la recherche d’un spectaculaire purement sonore. L’orchestre se distingue par la précision de son jeu et la qualité de ses couleurs, donnant au drame sa tension sans alourdir les ensembles. Mais le véritable cœur battant de la soirée reste le Chœur du Teatro Regio de Parme, préparé par Martino Faggiani. Superlatif de cohésion, de précision et de présence, il donne aux scènes collectives une intensité qui dépasse la simple illustration musicale. Et lorsqu’arrive « Va, pensiero », l’émotion est au rendez‑vous. La beauté des nuances, la souplesse des lignes et la profondeur du chant transforment ce morceau emblématique en un moment de recueillement collectif.
Le spectacle conçu par Pier Luigi Pizzi joue la carte de l’abstraction. Plutôt que de reconstituer Babylone dans un décor archéologique, le metteur en scène opte pour un espace épuré, structuré par des contrastes de couleurs et des compositions géométriques. Le noir, le blanc et le rouge distinguent les camps et dessinent les rapports de force. Les tableaux sont nets, les silhouettes soigneusement composées. Toutefois, cette esthétique à la cohérence plastique indéniable finit par enfermer les protagonistes dans des images plutôt que de les faire vivre pleinement. A force de rechercher la composition parfaite, le spectacle privilégie la pose au détriment de l’action. Les corps deviennent des éléments de décor, les gestes des signes soigneusement disposés, et la violence du drame perd de sa spontanéité. Le cas d’Abigaille est particulièrement révélateur. Sa tenue, évoquant davantage une vamp contemporaine qu’une princesse assyrienne, souligne sa sensualité et sa volonté de domination. Mais le costume, franchement extravagant, surtout avec son casque en forme de bec d’oiseau, frôle le ridicule. A vouloir imposer une Abigaille spectaculaire, Pizzi a réduit un personnage complexe à une caricature de femme fatale. Heureusement, il y a la partition de Verdi. A Parme, la soirée est d’abord une victoire du chant et de la musique.
Claudio Poloni
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