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Un dernier tour Vienna Musikverein et Konzerthaus 10/15/2026 - et 16*, 17* octobre 2026
Musikverein, 15 octobre 2026 – et 10 (Bratislava), 13 (Budapest), 21 (Athína) octobre 2026
Franz Liszt : Orpheus
Bohuslav Martinů : Symphonie n° 2, H. 295
Johannes Brahms : Symphonie n° 2, opus 73
Musikverein, 16 octobre 2026 – et 20 octobre 2026 (Thessaloniki)
Richard Strauss : Daphne, opus 82 : Introduction et Finale (arrangement Welser‑Möst)
Dimitri Chostakovitch : Symphonie n° 8, opus 65
Konzerthaus, 17 octobre 2026 – et 3 (Hamburg), 11 (Linz) octobre 2026
Wolfgang Amadeus Mozart : Symphonie n° 34, K. 338
Bernd Richard Deutsch : Intensity
Richard Strauss : Sinfonia domestica, opus 53 The Cleveland Orchestra, Franz Welser-Möst (direction)
 F. Welser-Möst (© Lukas Beck)
Si Franz Welser-Möst n’a certes jamais cédé à un excès d’extraversion, le poids émotionnel de cette tournée européenne d’adieux, qui marque son quart de siècle à la tête de l’Orchestre de Cleveland, semble resserrer encore un style de direction déjà minimaliste, y infusant une sérénité qui confine parfois à la résignation. Voilà, se dit‑on, un chef qui applique à la lettre les préceptes de modération professés par Richard Strauss, au point qu’il est impossible de deviner, à la seule observation de sa gestique, si l’orchestre traverse un paroxysme straussien ou le ppp d’une symphonie de Mozart.
Sous sa baguette, la musique s’écoule souvent en flux continu, irrigué par une pulsation toujours en mouvement, comme si les interprètes se refusaient à perturber la matière sonore par des heurts artificiels. Cela suscite des instants envoûtants, suspendus dans une forme de musique infinie, qui fait merveille dans les partitions de Strauss ou de Liszt, laissant l’empilement des polyphonies porter la musique sans le moindre forçage. L’approche trouve néanmoins ses limites dans la Deuxième Symphonie de Brahms, où elle génère par moments une impression de nivellement dynamique étouffant, tandis que la mécanique rythmique, impassible, de la Deuxième Symphonie de Martinů mériterait une joie plus explicitement communicative.
Sous sa baguette, de fait, la musique cherche rarement à saisir l’auditeur aux tripes, à le remplir d’une fièvre subite. Même au cœur des passages les plus féroces du Scherzo de la Huitième Symphonie de Chostakovitch, la sauvagerie cède le pas à une forme de résignation face à l’inhumanité, faisant plutôt émerger une ironie distanciée. Ce refus du monumentalisme s’avère saisissant chez Brahms lorsque sa musique touche au sacré, mais peut aussi priver le discours d’un surcroît d’urgence dramatique.
Par sa conception de la musique, moins comme un théâtre des émotions que comme une recherche d’harmonie et d’équilibre, et par une manière de jouer qui semble souvent privilégier sa propre satisfaction à la transmission au public, Franz Welser‑Möst est sans surprise en parfaite adéquation avec la Trente‑quatrième Symphonie de Mozart. Se jouant de la pesanteur des effectifs (il rappelle malicieusement, dans son adresse introductive, que son orchestre reste en deçà de celui réuni par Mozart qui comptait « quarante violons [...] et dix contrebasses [...] »), il livre une lecture tout en souplesse, idéalement phrasée, où il ne faut guère chercher de surprises, mais plutôt goûter le bonheur que suscite la contemplation d’un objet aux proportions idéales, propre à relier l’auditeur à une dimension supérieure. Un Mozart hors du temps, au‑delà des modes passagères, qui aurait pu séduire il y a un demi‑siècle et continuera de le faire au cours des cinquante prochaines années.
Cette recherche esthétique repose sur un travail acoustique discret, mais d’une extrême sophistication. En témoigne cette masse sourde, au grondement impalpable, tirée des pupitres de cordes dans la suite qu’il a adaptée de l’opéra Daphné. Plus encore, la précision mathématique déployée dans Intensity de Bernd Richard Deutsch révèle une maîtrise des longueurs de notes au cordeau et un sens inextinguible de la pulsation, dans une interprétation propre à fédérer l’auditoire davantage que toute autre œuvre entendue au cours de ces trois soirées.
Instrument d’une limpidité souveraine et d’une discipline admirable, sans froideur mais empreints d’une retenue intellectuelle quelque peu introvertie, l’Orchestre de Cleveland est décidément devenu le miroir du chef autrichien, à l’image d’un vieux couple dont chaque partenaire finit par ressembler à l’autre.
Dimitri Finker
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