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Le gigantisme en format de poche

Parma
Busseto (Teatro Verdi)
10/02/2026 -  et 9, 16*, 25 octobre 2026
Giuseppe Verdi : Aida
Federica Vitali (Aida), Teresa Iervolino (Amneris), Vincenzo Costanzo (Radamès), Hae Kang (Amonasro), Alberto Comes (Ramfis), Adriano Gramigni (Il Re), Nicoletta Briguglio (Sacerdotessa), Francesco Congiu (Un messagero)
Coro del Teatro Regio di Parma, Martino Faggiani (préparation), Filarmonica Arturo Toscanini, Giuseppe Mengoli (direction musicale)
Franco Zeffirelli (mise en scène, décors), Stefano Trespidi (reprise de la mise en scène), Anna Anni (costumes), Lorena Marin (reprise des costumes), Andrea Borelli (lumières), Luc Bouy (chorégraphie), Gaetano Bouy Petrosino (reprise de la chorégraphie)


(© Roberto Ricci)


Il fallait oser : représenter Aïda, un opéra associé aux déploiements monumentaux, aux foules triomphantes et aux fastes de l’Egypte antique, dans le minuscule Teatro Verdi de Busseto (300 places, 7 mètres d’ouverture de scène). Franco Zeffirelli, qui n’a pourtant jamais conçu de spectacle à petite échelle, a relevé le défi. Créée en 2001, sa production est reprise cette année dans le cadre du Festival Verdi. L’entreprise tient presque de la prouesse architecturale : faire entrer le gigantisme dans un écrin qui, lui, ne s’y prête décidément pas. Le célèbre metteur en scène italien n’a pas renoncé à ses recettes. Pieds de statues, colonnes, obélisques et costumes d’époque composent une Egypte ancienne immédiatement identifiable, tout droit sortie d’un péplum. L’exotisme est assumé, le réalisme historique tient davantage du décor de carte postale que d’une véritable vision dramaturgique. Reste que le tour de force est réel.


Pour cette reprise, le Festival Verdi fait le pari de la relève. A l’exception de Teresa Iervolino, les principaux interprètes ne sont pas des noms familiers du grand public lyrique. Un choix qui a le mérite de mettre de jeunes artistes au premier plan, mais qui les confronte d’emblée à l’un des ouvrages les plus redoutables du répertoire italien. Car Aïda exige tout à la fois endurance, puissance, maîtrise du souffle et capacité à faire vivre des personnages déchirés entre passion amoureuse et devoir patriotique.


Dans le rôle d’Amneris, Teresa Iervolino s’impose comme la personnalité vocale la plus marquante de la soirée. Son timbre profond, son registre grave généreux et sa manière d’investir le texte donnent à la princesse égyptienne une épaisseur dramatique bienvenue. Loin de se réduire à la rivale jalouse d’Aïda, son personnage laisse affleurer une humanité douloureuse, particulièrement sensible dans les moments où l’orgueil cède face à la souffrance. Autre satisfaction, Hae Kang campe un Amonasro convaincant. L’autorité du personnage, sa fierté et sa violence trouvent chez lui une incarnation solide. Le Ramfis d’Alberto Comes fait aussi forte impression avec sa voix grave et puissante. On mentionnera également l’excellente prestation du Chœur du Teatro Regio de Parme.


La situation est plus délicate pour les deux protagonistes. Aïda et Radamès comptent parmi les rôles les plus exposés de l’opéra verdien. La première doit conjuguer lyrisme, délicatesse et résistance à une écriture souvent éprouvante ; le second réclame une ligne héroïque qui ne saurait se confondre avec la seule puissance. Federica Vitali et Vincenzo Costanzo affrontent ces difficultés avec un engagement indéniable. Mais leurs aigus parfois stridents fragilisent leur prestation, tandis que Radamès rencontre également des problèmes d’intonation. La bonne volonté et l’investissement dramatique sont là, sans suffire toujours à garantir la sérénité vocale indispensable à ces personnages.


Dans la fosse, Giuseppe Mengoli imprime à l’œuvre une direction énergique, dynamique et contrastée. Il sait épouser les tensions du drame, ménager les oppositions entre l’intimité des scènes amoureuses et les déchaînements collectifs et donner à la partition son élan théâtral. Cette générosité sonore a cependant son revers. Dans les passages les plus spectaculaires, notamment la scène du triomphe, le volume atteint parfois la saturation. L’acoustique et les dimensions du théâtre ne permettent pas toujours d’absorber sans heurts l’ampleur de l’ensemble.


Cette reprise offre en fin de compte une soirée contrastée : un hommage à la tradition du grand spectacle, doublé d’un pari sur l’avenir du chant verdien.


Le site du Festival Verdi



Claudio Poloni

 

 

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