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Bicentenaire de luxe

Vienna
Konzerthaus
10/11/2026 -  
Ludwig van Beethoven : Quatuors n° 2, opus 18 n° 2, n° 16, opus 135, et n° 14, opus 131
Quatuor Belcea : Corina Belcea, Suyeon Kang (violon), Krzysztof Chorzelski (alto), Antoine Lederlin (violoncelle)


A. Lederlin, C. Belcea, S. Kang, K. Chorzelski (© Maurice Haas)


La saison du bicentenaire de la mort de Beethoven est décidément bien lancée : alors qu’Igor Levit s’attaque au premier volet de son intégrale des Sonates à quelques centaines de mètres de là, dans la Goldensaal du Musikverein, le Quatuor Belcea ouvre un cycle consacré à l’intégrale des quatuors, en alternance avec le Quatuor Ebène.


Difficile de choisir parmi les pépites de la soirée ; le Deuxième Quatuor n’en constitue‑t‑il pas, cependant, la véritable surprise ? Les révérences galantes qui ouvrent l’œuvre sont habitées, étirées et dramatisées avec une variété stupéfiante : ici une inflexion, là un vibrato un peu appuyé. Sous d’autres archets, ce seraient des affèteries gratuites ; ici, tout sert la musique. Les développements font apparaître des frottements mystérieux qui tendent déjà vers l’abstraction des derniers quatuors. Le Scherzo offre un mélange fascinant de tradition et de modernité : d’un côté, des appuis gracieux qui nous ramènent aux origines dansées du mouvement ; de l’autre, des timbres mystérieux qui nous propulsent résolument vers le XIXesiècle.


Dans le Seizième Quatuor, les premier et troisième mouvements pâtissent par moments d’un excès de richesse, paraissant presque trop chargés d’intentions, de couleurs et d’émotions. On leur préférera le brouillard de notes impressionniste du Scherzo, délivré avec une virtuosité droite et éblouissante, ainsi que la clarté contrapuntique et la dramatisation décantée de l’Allegro final.


Rares sont les interprétations de la fugue introductive du Quatorzième Quatuor qui auront atteint une telle intelligence musicale. Les Belcea savent conduire l’oreille de l’auditeur d’une voix à l’autre et faire ressortir l’évolution rythmique, mesure après mesure. Rien d’académique ni de théorique dans ce contrepoint de géant : juste de la musique sensible et émouvante. Si l’écoute se révèle parfois éprouvante, l’intensité prenant le pas sur la simplicité, elle réserve aussi des moments inouïs : un Presto tenu avec un aplomb absolu, sans précipitation, qui dégage une humanité d’une tendresse folle ; enfin, un mouvement conclusif dont la rigueur des contrastes dynamiques sculpte le contour de chaque phrase.


Voici des interprètes au sommet de leur art, qui semblent dessiner la partition de leurs archets et n’hésitent pas à enrichir leur lecture de subtiles différences entre les instruments plutôt que de rechercher une homogénéité absolue entre les pupitres, qui risquerait d’affadir le discours. Nous avions formulé quelques réserves à l’issue des dernières prestations du Quatuor Belcea à Vienne, davantage impressionné qu’ému (voir ici et là) ; nous voilà désormais comblés !



Dimitri Finker

 

 

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