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Une élégance sans flamme

Bruxelles
La Monnaie
09/29/2026 -  et 1er, 3, 4*, 8, 9, 11, 13, 14, 16, 17 octobre 2026
Charles Gounod : Roméo et Juliette
Jeanine DeBique/Kseniia Proshina* (Juliette), Florence Losseau (Stéphano, Manuela), Rehanna Thelwell (Gertrude), Ismael Jordi/Airam Hernández* (Roméo), Travon D. Walker (Tybalt, Angelo), Taeksung Kwon (Benvolio), Michael Arivony (Mercutio), Leander Carlier (Le comte Pâris), Oleg Volkov (Grégorio), Werner van Mechelen (Le comte Capulet), Maxim Kuzmin-Karavaev (Frère Laurent), Sam Taskinen (Le duc de Vérone), Nadia Lys (Pepita)
Chœurs de la Monnaie, Emmanuel Trenque (chef des chœurs), Orchestre symphonique de la Monnaie, Valentina Peleggi (direction musiciale)
Julia Burbach (mise en scène), Cécile Trémolières (décors, costumes), Fabrice Kebour (lumières), Cameron McMillan (chorégraphie)


(© Simon Van Rompay)


1958 : la Monnaie n’avait plus monté Roméo et Juliette (1867) de Gounod depuis soixante‑huit ans, bien que l’orchestre l’ait donné en version de concert en 2013. Si la première production de la saison fait figure d’événement, compte tenu de la rareté de cet ouvrage, elle ne nous a pas convaincu.


Cette production a toutefois un mérite : les spectateurs ne doivent pas lire attentivement les notes de programme pour comprendre ce qu’ils regardent. Voici, en effet, une fois n’est pas coutume dans ce théâtre, une mise en scène d’une rare transparence et d’une désarmante limpidité. Julia Burbach raconte tout simplement l’histoire, dans une scénographie légère et abstraite, dépourvue de symboles ou de significations cryptées : un rideau mouvant au fond du plateau, des structures semi‑transparentes à l’aspect métallique, qui montent ou descendent, mais restent la plupart du temps suspendues, une espèce de monticule pour ajouter un peu de relief, un matelas recouvert d’un drap pour les amants.


L’élément le plus remarquable de cette scénographie, en tout cas celui que nous retenons ? Sans conteste les costumes, dans des teintes claires ou sombres, le plus souvent dans des nuances de bordeaux et de magenta. Les lumières savamment dosées créent des teintes du plus bel effet dans cette réalisation un peu trop minimaliste, mais d’une incontestable cohérence et d’une belle unité esthétique. La direction d’acteurs reste toutefois rudimentaire. Cette réalisation raffinée, mais trop indolente, malgré la chorégraphie, suscite une certaine lassitude et peine à convaincre du potentiel dramatique de cet opéra qui manque, ici, de relief et de puissance.


La Monnaie a réuni une distribution d’un bon niveau, mais qui laisse une impression mitigée. Bien que la plupart des interprètes veillent à la prononciation, des chanteurs francophones, du moins pour les personnages les plus importants, auraient probablement ajouté plus de netteté et de vitalité au texte du livret. Les interprètes font preuve de suffisamment de raffinement mélodique, mais ils peinent à conférer une véritable épaisseur à leur personnage, à quelques exceptions près. La Juliette de Kseniia Proshina dégage de la délicatesse et de l’élégance, la soprano imposant une belle présence, mais la voix, manquant de variété, possède moins d’attrait que celle de son partenaire, Airam Hernández, qui affiche une nature relativement ardente en Roméo, sans se détacher fortement. Rehanna Thelwell reçoit un accueil chaleureux, et justifié, du public, tant elle marque de son empreinte personnelle le rôle de Gertrude. Parmi les autres prestations qui se distinguent figure celle, d’une grande justesse, de Maxim Kuzmin-Karavaev en Frère Laurent. Le Tybalt de Travon D. Walker se démarque trop peu, malgré un chant et une caractérisation soignés, tandis que Werner Van Mechelen paraît vocalement aminci en comte Capulet.


Cet opéra comporte de nombreux autres rôles, mais ils ne parviennent pas à conserver notre attention, davantage captée par l’esthétique générale du spectacle et par l’orchestre. La direction admirablement équilibrée de Valentina Peleggi, qui apparaît pour la première fois à l’affiche à la Monnaie, constitue en effet le principal atout de la représentation. Elle apporte de la clarté, de l’ampleur et de la vigueur à la musique de Gounod, impeccablement servie par un orchestre au‑dessus de tout soupçon, les musiciens rendant justice à la finesse de son écriture. Les chœurs, enfin, se présentent bien préparés, investis et unis. La Monnaie ferait bien de penser maintenant à Faust, qui n’a plus été représenté depuis 1978, mais, si possible, dans une approche plus incarnée.



Sébastien Foucart

 

 

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