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Les nuits de Berlioz avant le feu de Bartok Lausanne Théâtre de Beaulieu 10/01/2026 - et 30 septembre 2026 (Genève) Noriko Koide : Swaddling Silk and Gossamer Rain
Hector Berlioz : Les Nuits d’été, opus 7
Béla Bartók : Concerto pour orchestre, Sz. 116 Marianne Crebassa (mezzo-soprano)
Orchestre de la Suisse Romande, Elim Chan (direction)
 M. Crebassa, E. Chan (© Niels Ackermann)
Pour ouvrir sa saison symphonique, l’Orchestre de la Suisse Romande (OSR) a imaginé un programme qui tient presque du voyage nocturne : les miroitements contemporains de Noriko Koide, les rêveries amoureuses de Berlioz puis la déflagration de Bartók, sous la direction d’Elim Chan. Pièce de résistance de la soirée, Les Nuits d’été a permis d’entendre – pour ses débuts avec l’OSR – Marianne Crebassa, laquelle a abordé le cycle de Berlioz avec une intelligence rare du texte et des climats. Plutôt que de chercher à uniformiser les six mélodies, la chanteuse a donné à chacune son relief propre. « Villanelle » respire la fraîcheur et l’insouciance ; « Le Spectre de la rose » se fait plus intérieur, suspendu dans une sensualité presque irréelle ; « Sur les lagunes » installe une mélancolie sombre ; « Absence » étire le temps du manque ; « Au cimetière » plonge dans une méditation crépusculaire avant que « L’Ile inconnue » ne retrouve une légèreté teintée d’ironie. C’est précisément cette capacité à changer de climat sans changer de personnalité qui séduit. Marianne Crebassa ne surligne jamais les émotions, elle les laisse affleurer. La voix, grave et chaleureuse, sait se faire caressante, incisive ou douloureuse. Surtout, elle refuse le pathos. Une interprétation qui privilégie la suggestion à l’effet. Elim Chan accompagne la chanteuse avec une attention remarquable, respirant avec elle et ménageant les espaces.
En guise d’amuse-bouche, l’OSR a donné en première suisse Swaddling Silk and Gossamer Rain de Noriko Koide, un ouvrage créé en 2022. Le titre – « Soie emmaillotée et pluie de gaze » – dit assez bien la nature de cette musique : une matière orchestrale légère, mouvante, où les sons semblent moins s’affirmer que se déposer. Inspirée du roman Timeless de l’écrivaine japonaise Mariko Asabuki, la pièce travaille la sensation de flux, les frontières poreuses entre les timbres et les métamorphoses de la matière sonore. Noriko Koide ne cherche manifestement ni le choc ni la démonstration mais préfère les frémissements et les superpositions. Une musique de textures plus que de thèmes, dont l’OSR restitue avec finesse la transparence et les nuances. Une entrée en matière séduisante, peut‑être un brin trop sage pour laisser une empreinte durable, mais parfaitement adaptée au programme de la soirée.
Après l’entracte, changement de décor avec le Concerto pour orchestre de Bartók, où l’orchestre cesse d’accompagner pour devenir le soliste. Ecrit en 1943, dans les dernières années de la vie américaine du compositeur, l’ouvrage est construit en cinq mouvements selon une vaste architecture en arche : le premier répond au cinquième, le deuxième au quatrième, tandis que le troisième constitue le centre sombre et méditatif de l’ensemble. Le génie de Bartók est de transformer chaque pupitre en protagoniste. Le deuxième mouvement en offre l’exemple le plus savoureux : bassons, hautbois, clarinettes, flûtes puis trompettes entrent par paire, chacun avec son caractère, son intervalle, sa couleur. Elim Chan possède pour cette partition des qualités évidentes : précision des attaques, sens de l’architecture, goût du détail et, surtout, une manière très physique de faire circuler l’énergie. A force de privilégier la lisibilité et la précision, elle semble parfois tenir Bartók un peu trop à distance. Il manque par endroits cette sauvagerie, cette âpreté tellurique si caractéristiques de la partition. Le geste est maîtrisé, les équilibres sont soignés, les couleurs abondent ; la fièvre, elle, pourrait aller plus loin. Reste un OSR en grande forme, capable de passer en quelques secondes des voiles de Koide aux parfums de Berlioz, puis aux acrobaties de Bartók. La formation sait encore, lorsqu’on lui en donne l’occasion, changer de peau en une seule soirée.
Claudio Poloni
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