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Stravinsky(s) München Isarphilharmonie 10/01/2026 - et 2* octobre 2026 Igor Stravinsky : Chant funèbre, opus 5 – Symphonie de psaumes – Zvezdoliki – Le Sacre du printemps Chor des Bayerischen Rundfunks, Peter Dijkstra (chef de chœur), Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, Simon Rattle (direction)  (© Astrid Ackermann)
Stravinsky occupe une place importante dans ce début de saison munichoise. Lahav Shani a choisi Le Sacre du printemps pour son premier concert en tant que directeur musical des Münchner Philharmoniker. La très originale production salzbourgeoise de L’Histoire du soldat avec Isabelle Faust au violon et la troupe du Théâtre des marionnettes de Salzbourg a fait étape au Prinzregentheater dans le cadre de sa tournée en Europe. Et c’est au tour de Simon Rattle de proposer avec l’Orchestre et le Chœur de la Radio bavaroise un programme entièrement consacré au compositeur réunissant quatre facettes très différentes, du jeune élève de Rimski‑Korsakov au compositeur néoclassique de la Symphonie de psaumes.
Composé en 1908 en hommage à Rimski-Korsakov, qui venait de disparaitre, le Chant funèbre fut créé en janvier 1909 à Saint‑Pétersbourg puis considéré comme perdu pendant plus d’un siècle, jusqu’à sa redécouverte en 2015 dans la bibliothèque du conservatoire de la ville. Il y a dans cette partition d’une douzaine de minutes est une orchestration déjà très maîtrisée, dont la ligne et le style ne sont pas sans évoquer Wagner. Mais, comme pour Im Sommerwind de Webern, il s’agit de l’œuvre d’un jeune compositeur qui cherche à faire plaisir et n’est pas encore l’innovateur que révéleront, à peine deux ans plus tard, L’Oiseau de feu puis Pétrouchka.
La Symphonie de psaumes est d’un tout autre niveau. Rattle demande à ses musiciens des tempi rapides dans les deux premiers mouvements, qui y gagnent en tension et dramatisme. Le niveau instrumental est élevé et le Chœur de la Radio bavaroise est comme toujours simplement formidable, très musical et très homogène. Le troisième mouvement est quasiment hypnotique avec une longue progression au chœur vers un dernier Laudate Dominum dont on se demande exactement dans quelle tonalité il se termine.
Après l’entracte, Zvezdoliki, ou Le Roi des étoiles, constitue une véritable rareté. Cette courte cantate pour chœur d’hommes et orchestre, d’une durée d’environ cinq minutes sur un poème de Constantin Balmont, contemporaine du Sacre et dédiée à Debussy, ne fut créée qu’en 1939. La densité de l’orchestration y est remarquable et les couleurs orchestrales superbes. Le chœur est à nouveau d’un niveau superlatif.
Le Sacre du printemps fait partie du répertoire de base de Simon Rattle. Il en avait tenu la partie de timbales lorsqu’il était un jeune musicien du National Youth Orchestra of Great Britain, et il avait déjà programmé ce même Sacre lors de l’une de ses premières apparitions en France, en 1989.
A nouveau, les tempi sont vifs mais jamais précipités. La lecture se caractérise par une certaine distanciation : les musiciens font confiance à l’œuvre, sans chercher à en surligner la violence. L’acoustique large de l’Isarphilharmonie permet d’apprécier le génie de l’orchestration. De nombreux détails apparaissent dans une partition que l’on croit connaître, tout particulièrement aux cordes. La lecture est tendue et compacte. Rattle intervenant avec autorité juste quand il le faut. L’orchestre est brillant mais il faut souligner les superbes prestations d’Andreu Ferrandis Miguel aux timbales, de Marco Postinghel au basson, dès le solo initial, et de Natalie Schwaabe à la flûte. Voici en fin de compte un superbe concert, et surtout un plaisir rare d’entendre réunies en une soirée tant de facettes différentes de Stravinsky.
La saison de l’orchestre s’annonce riche : Rattle dirigera des œuvres comme la Dixième Symphonie de Mahler, Pelléas et Mélisande en version de concert. L’orchestre recevra la crème des chefs actuels, de Riccardo Chailly à Kazuki Yamada, Daniel Harding, Iván Fischer, Semyon Bychkov, Tugan Sokhiev et Klaus Mäkelä. Du côté des solistes, Isabelle Faust, Julia Hagen, Seong‑Jin Cho, Yuja Wang, Víkingur Olafsson, Barbara Hannigan et tant d’autres sont attendus.
Antoine Lévy-Leboyer
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