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De la matière à penser et à admirer

Antwerp
Opera Vlaanderen
09/16/2026 -  et 17, 19, 20, 22, 24, 26, 27* septembre 2026
Louis Andriessen : De Materie
Robin Tritschler (Gorlaeus), Katrien Baerts (Hadewijch), Samantha Hines, Ausia Jones (danseurs), Lies Pauwels (Marie Curie)
Koor Opera-Ballet Vlaanderen, Jan Schweiger (chef de chœur), Symphonisch Orkest Opera-Ballet Vlaanderen, Bas Wiegers (direction musicale)
Phia Ménard, Jan Martens (concept, mise en scène, décors), Marie La Rocca (costumes), Eric Soyer (lumières), Antonio de Rosa, Mattia Russo, Phia Ménard (chorégraphie)


(© Opera Ballet Vlaanderen/Annemie Augustijns)


Début de saison original à l’Opéra des Flandres. Original, mais aussi intrigant : à quel genre appartient De Materie (1988) de Louis Andriessen (1939‑2021) ? Tout d’abord, il s’agit de l’un des plus importants, sinon du plus important, compositeurs néerlandais de son temps, à ne pas confondre avec son père, Hendrik Andriessen, dont les œuvres sont bien documentées au disque, notamment chez cpo.


Le plus simple consiste finalement à considérer que De Materie est une composition pour voix – deux solistes, deux rôles parlés et huit choristes – et orchestre, en quatre parties, plutôt qu’un oratorio, un opéra ou encore un ballet. Par certains aspects, cette œuvre, mise en scène pour la première fois par Robert Wilson, qui en a cosigné le livret avec le compositeur, tend à se rapprocher de l’un ou l’autre de ces genres, voire, dans une certaine mesure, du théâtre musical. D’argument traditionnel, il n’en est pas question : l’ensemble relève plutôt d’une réflexion sur le concept de matière selon plusieurs acceptions, philosophiques et scientifiques notamment. Chaque partie se concentre sur un personnage : David van Goorle, philosophe néerlandais ayant vécu à cheval entre le XVIe et le XVIIe siècle ; Hadewijch d’Anvers, mystique et poétesse brabançonne du Moyen Age ; Piet Mondriaan, le peintre néerlandais bien connu pour ses œuvres abstraites ; et Marie Curie, qu’il est inutile de présenter.


Ce qui se démarque dans cette composition d’un peu moins de deux heures, ce sont les assez longues plages purement musicales, donc sans parties chantées, dans lesquelles intervient la danse, en tout cas dans cette production conçue et mise en scène par Phia Ménard et Jan Martens. Nous ne nous prononcerons pas sur la valeur musicale intrinsèque – à titre personnel, elle ne nous a guère intéressé – mais nous reconnaissons à l’ensemble une architecture sonore assez originale. La partition évoque, par sa rythmique et ses motifs, Stravinsky et les minimalistes américains, comme Steve Reich. Elle ne possède toutefois pas la dimension répétitive de ce dernier, bien qu’elle débute par de nombreux accords martelés, et convoque également le jazz et le boogie‑woogie.


La production méritait toutefois le déplacement, d’abord pour la qualité de l’exécution musicale, qu’il s’agisse des voix chorales, des solistes, le ténor Robin Tritschler et la soprano Katrien Baerts, ou de l’excellent orchestre, placé sous la direction de Bas Wiegers. Ensuite, et surtout, pour la chorégraphie, réglée également par Phia Ménard, ainsi que pour la splendide scénographie, abstraite et merveilleusement mise en lumière, cette dernière mettant en opposition, voire en confrontation, la matière et l’esprit. L’aspect visuel du spectacle reflète parfaitement la nature singulière de cette création, formée de pensées et d’images, de concepts et de réflexions, et parcourue par une énergie particulière. Mais il ne nous a pas touché.


A cette absence d’émotion, en tout cas en ce qui nous concerne, s’ajoute une vraie difficulté de compréhension, compte tenu de la thématique différente des quatre parties et de la recherche formelle effectuée par les metteurs en scène pour tenter de symboliser la teneur des textes chantés et parlés, en néerlandais, en anglais et en français. Une œuvre inclassable, pour un spectacle qui ne l’est pas moins.


Le site de l’Opera des Flandres



Sébastien Foucart

 

 

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