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Kent Nagano, nouveau directeur artistique de l’Orchestre et du Chœur National d’Espagne

Madrid
Auditorio Nacional
09/18/2026 -  et 19, 20* septembre 2026
Mikel Urquiza : Deseo tomó delicia
Gustav Mahler : Symphonie n° 2 en do mineur

Jane Archibald (soprano), Christina Bock (mezzo-soprano)
Coro nacional de Espana, Miguel Angel García Canamero (chef de chœur), Orquesta nacional de Espana, Kent Nagano (direction)


K. Nagano (© Rafa Martín)


Depuis des années, l’Orchestre national d’Espagne s’affirme comme un ensemble d’une qualité comparable aux plus grands orchestres européens. Les chefs d’orchestre qui se sont succédés ont apporté des améliorations qui ont permis de donner des concerts mémorables et importants. Josep Pons a joué un rôle déterminant en tant que chef principal de 2003 à 2011. David Afkham lui a succédé pendant douze saisons et la Nacional (en Espagne, le mot « orchestre » est féminin, tout comme « opéra », par exemple), a été hissé à un niveau jamais atteint auparavant après des années de confusion, pour le moins.


L’orchestre est placé sous la tutelle du ministère de la culture (un ministère qui disparaît lorsque la droite arrive au pouvoir, se réduisant à un simple secrétariat d’Etat), et les musiciens bénéficient depuis longtemps du statut de fonctionnaires, ce qui arrange bien l’administration, mais s’avère peu commode pour un ensemble artistique. Ces derniers ont bénéficié pendant des années d’un traitement de faveur de la part de responsables ministériels craignant le pouvoir syndical d’un orchestre qui, pendant des années, n’a pas su offrir une qualité à la hauteur de ce traitement. L’institution comprend non seulement un orchestre, mais aussi le Chœur national. La gestion de cet ensemble humain et artistique est lourde depuis des années. Un chef principal, aussi renommé soit‑il, ne peut pas faire grand‑chose sans le soutien constant du ministère et sans que l’orchestre lui‑même prenne conscience de sa responsabilité artistique, la plaçant au‑dessus de gains financiers marginaux qui gonflent le prix d’une prestation dont les résultats n’ont pas toujours été à la hauteur des attentes.


La saison de l’Orchestre et du Chœur national a débuté le week‑end des 18, 19 et 20 septembre, avec les trois concerts habituels du vendredi au dimanche (ce dernier toujours le matin). Ce concert d’ouverture était exceptionnel. Kent Nagano, director titular y artístico, dirigeait l’orchestre et le chœur depuis le podium. Si ma mémoire est bonne, nous l’avions vu pour la première fois à Madrid en 1986, où il avait été salué comme un jeune chef d’orchestre prometteur. Il venait alors avec Olivier Messiaen : Saint François d’Assise était créé au Teatro Real, à l’époque où ce n’était encore qu’une salle de concert. Il s’agissait d’une version de concert, mise en espace, mais avec des costumes appropriés, bien loin des tenues de cérémonie mondaines qui auraient détonné avec l’esprit et la lettre du grand œuvre de Messiaen (l’Ange, María Orán, en blanc ; Philippe Rouillon et les frères, dans l’austère habit franciscain). En quarante ans, le jeune chef est devenu l’un des plus importants au monde, et ce n’est pas le moment de retracer son parcours artistique. Les musiciens de l’Orchestre national, à en croire les témoignages, étaient ravis et ressentaient une responsabilité encore plus grande qu’il y a quelques mois à peine : Kent Nagano en personne ! Afkham les avait préparés avec la douce saveur de succès incontestables, une préparation minutieuse et une pleine appropriation des responsabilités artistiques.


Le concert proposait une œuvre pour chœur et orchestre du compositeur basque Mikel Urquiza, dont le titre, un octosyllabe, évoque ceux des comédies du Siècle d’or espagnol : Deseo tomó delicia. Mais les poèmes pour le chœur sont des fragments de Sapho de Lesbos, dont les vers (ceux qui nous sont parvenus) continuent de susciter une émotion lyrique chez le lecteur ou le spectateur. L’œuvre d’Urquiza fait appel au chœur, aux cuivres et aux percussions, sans bois ni cordes, mais avec deux harpes. Il y a un équilibre entre austérité et suggestion, soutenu par l’effectif orchestral inhabituel, bien que légèrement gêné par l’étrange traduction des textes.


Sans solution de continuité, la Symphonie « Résurrection » débuta. Il n’est peut‑être pas opportun d’analyser ici un moment aussi chargé d’émotion que le premier concert de Nagano à la tête de l’Orchestre national. Nagano l’avait soigneusement préparé, ayant récemment dirigé l’œuvre à la tête d’autres formations, et le résultat fut un concert d’ouverture où la solennité n’altéra en rien la joie d’un début prometteur. Un début prometteur, répétèrent de nombreux spectateurs en quittant la salle. L’approche de Nagano privilégie la retenue à la virtuosité dans les tessitures et les timbres. Mais les couleurs n’en sont pas moins impressionnantes que dans toute autre interprétation ; elles conservent simplement leur éclat, sans chercher le spectaculaire. Ce n’est pas de l’austérité, c’est de la pure retenue. La grandeur du finale, avec les deux excellents solistes (Bock et Archibald), était inéluctable, mais sans la moindre complaisance. L’objectif était de reconnaître la résurrection, non de la dramatiser. C’était une musique puissante et tragique, Wunderhorn et Klopstock, le récit familial et l’hétérodoxie religieuse. Même si nous pouvons avoir un soupçon : il s’agit d’une œuvre sur la résurrection de quelqu’un paniqué par la mort.


Le succès fut retentissant ; je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’entrer dans les détails. On pouvait ressentir l’enthousiasme et l’espoir des fans. Cet Orchestre national, ce Chœur national, ont beaucoup évolué ces dernières années avec Pons et Afkham. Ils évolueront encore davantage avec Nagano ; c’est ce que nous espérons.


Le site du Chœur et de l’Orchestre national d’Espagne



Santiago Martín Bermúdez

 

 

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