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Elias, version allemande

Paris
Maison de la radio et de la musique
09/18/2026 -  
Felix Mendelssohn Bartholdy : Elias, opus 70
Carolyn Sampson, Rowan Pierce (sopranos), Helen Charlston (mezzo), Andrew Staples (ténor), Roderick Williams (baryton), Kareen Durand, Alexandra Gouton (sopranos), Emilie Nicot, Elodie Salmon (altos), Louis Chardon (soprano garçon)
Chœur de Radio France, Lionel Sow (chef de chœur), Philharmonique de Radio France, Maxim Emelyanychev (direction)


M. Emelyanychev (© Andrej Grilc)


Elias, l’oratorio biblique de Mendelssohn, a régulièrement les honneurs du concert. On l’a notamment entendu sous la direction de Daniele Gatti avec l’Orchestre national de Franceen 2014, de Pablo Heras‑Casado avec l’Orchestre baroque de Fribourg et le Chœur de chambre de la RIAS en 2018, de Masaaki Suzuki avec l’Orchestre de l’Age des Lumières en 2019 et de Raphaël Pichon avec son ensemble Pygmalion en 2023. Au pupitre du Philharmonique de Radio France ce soir, le chef russe Maxim Emelyanychev directeur de l’Orchestre de chambre d’Ecosse et depuis peu premier chef invité à la Radio suédoise. Un chef qui a dirigé Elias en 2025 à Salzbourg et qui a déjà rencontré le Philharmonique de Radio France à deux reprises.


Quelques remarques préliminaires. L’effectif est d’environ quarante‑cinq cordes et soixante chanteurs, les cuivres sont des instruments naturels (y compris un ophicléide) et Magali Mosnier joue ce soir une flûte en bois. Le chœur est placé sur scène derrière l’orchestre, les hommes au centre et les femmes de chaque côté à l’extérieur. Les solistes se tiennent devant l’orchestre et le chef dirige sans podium au plus près des musiciens. A lire le nom des solistes de la distribution, tous Britanniques, on s’est demandé si l’on allait entendre la version anglaise (Elias a été créé à Birmingham en 1846), mais il n’en est rien : c’est bien de la version allemande de 1847 qui est donnée ce soir.


La première intervention de l’Elias de Roderick Williams qui ouvre l’œuvre ne convainc pas complètement. On se dit d’abord qu’il faut sans doute du temps pour rentrer dans une œuvre fleuve et dans un tel rôle. Mais tout au long de la soirée et même si sa voix est magnifique, homogène, le phrasé délicat et l’allemand magnifique, on se dit qu’il manque l’ampleur de la voix et aussi une incarnation plus caractérisée. La suite de l’exécution confirmera cette impression de sous‑dimensionnement du rôle‑titre.


Le magnifique chœur d’entrée « Hilf, Herr » montre un Chœur de Radio France investi, précis et bien chantant. Les pupitres sont homogènes, sans raideur à part quelques rares aigus un peu acides chez les soprani, l’équilibre entre les pupitres est bon même si par moments on aimerait profiter plus des richesses harmoniques de la partition et du texte. Mais sans doute est‑ce aussi lié à la disposition évoquée plus haut, qui gêne probablement la perception de la partie chorale. Certains passages (n° 7, n° 5) sont chantés à seize chanteurs placés en avant et réalisés dans un bel équilibre entre les pupitres.


Maxim Emelyanychev sollicite beaucoup et avec succès l’orchestre comme le chœur et propose une vision spectaculaire (le sujet s’y prête) et extravertie mais un peu monolithique de la pièce de Mendelssohn. Des pauses longues mais aussi des enchaînements parfois rapides procèdent de cette théâtralisation assumée. Mais il en résulte une impression d’assèchement du propos, sans doute aussi liée au fait que l’orchestre joue fort, souvent un peu brutalement. Et cela même si les cuivres naturels évitent les pièges de l’intonation. Cette vision peut plaire mais on avoue préférer des interprétations plus traditionnelles, plus équilibrées et aux climats plus variés. Andrew Staples au chant toujours raffiné et précis, est apparu en grande forme physique comme vocale. La soprano Carolyn Sampson remplit sa mission avec talent. De même pour la soprano Rowan Pierce, même si son rôle est moins important.


La seconde partie est plus réussie, comme si les interprètes avaient mis un peu de temps à trouver leurs marques dans une acoustique pas si facile. Il en est ainsi du trio chanté en arrière‑scène par quatre solistes femmes du chœur dialoguant avec grande poésie avec le reste du chœur. Durant l’air « Sei stille dem Herrn », la mezzo‑soprano Helen Charlston se montre une belle alto au timbre riche et charnu. Roderick Williams trouve aussi un ton plus juste dans une de ses arias, « Ja es sollen wohl Berge weichen », où il dialogue avec le magnifique hautbois d’Hélène Devilleneuve. Le quatuor de solistes fait preuve d’une belle écoute mutuelle dans « Wohlan, alle die ihr durstig seid ». En revanche, le célèbre « Es ist genug », dont la longue introduction est jouée par quatre violoncellistes peu vibrants qui ont du mal à trouver un unisson, déçoit, Roderick Williams manquant de puissance et d’incarnation.


Une soirée mitigée donc, car un Elias nous semble mériter un rôle‑titre plus convaincant et une interprétation moins corsetée et plus protéiforme.



Gilles Lesur

 

 

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