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Si les Tableaux m’étaient contés Paris Maison de la radio et de la musique 09/16/2026 - et 17 (Paris), 18 (Montreux) septembre 2026 Johannes Brahms : Concerto pour piano n° 1, opus 15
Modeste Moussorgski : Tableaux d’une exposition (orchestration Maurice Ravel) Lukas Sternath (piano)
Orchestre national de France, Gianandrea Noseda (direction)
 L. Sternath (© Peter Rigaud)
A 25 ans seulement, il collectionne les prix et passe pour un des grands pianistes de demain. Son Second Concerto de Brahms mettait récemment le public de Colmar à genoux. A Radio France, le Viennois Lukas Sternath joue le Premier à la place de Daniil Trifnov. Il fascine d’emblée par une technique éblouissante, une balance parfaite entre la puissance et la clarté – les octaves du Maestoso initial ! Mais il s’attache davantage à la polyphonie qu’aux éruptions d’un romantisme de jeune loup, plus prodigue de nuances que de couleurs. L’Adagio est en apesanteur, d’une intériorité presque lointaine. Pas d’abandon dans un Rondo conquérant, implacablement maîtrisé. Entente parfaite, du coup, avec Gianandrea Noseda, tous les deux se rejoignant à travers le refus de tout pathos. Le chef tient son orchestre d’une main de fer, préfère la ligne droite aux courbes effusives, toujours tendu, rebelle à toute séduction, peut‑être proche, ainsi, du jeune Brahms – ne cherchons pas ici des cordes veloutées. En bis, le deuxième Intermezzo des Six pièces de l’Opus 118, d’une beauté assez altière dans ses infinies nuances, comme sur papier glacé.
Gianandrea Noseda renouvelle ensuite complètement notre vision des rebattus Tableaux d’une exposition, à l’opposé des versions opulentes flattant la virtuosité des orchestres. Non que le National n’y brille pas, loin de là : il se surpasse. Mais le chef cultive plus que jamais des sonorités acérées, âpres presque. Au‑delà de Ravel, il retrouve Moussorgski, comme si le Français, loin de l’annexer, révélait le Russe. On pense à l’orchestre de la version originelle de Boris Godounov, qu’il a d’ailleurs dirigée (un DVD existe). Le chef de théâtre se fait aussi narrateur, composant un récit à partir des tableaux, à la fois vignettes et scènes d’une histoire. « Gnome » déhanché, incarné par de superbes bois, « Marché de Limoges » grouillant, ricanement de Baba Yaga dans sa « Cabane sur des pattes de poule » : tout est à la fois peint et conté, jusqu’à une « Grande Porte de Kiev » rappelant plus que jamais le couronnement du tsar. Magistral !
Didier van Moere
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