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La banalité en trompe-l’œil

Bruxelles
Bozar, Salle Henry Le Bœuf
09/13/2026 -  
Ludwig van Beethoven : Coriolan, opus 62 – Concerto pour piano n° 4, opus 58 – Symphonie n° 5, opus 67
Seong-Jin Cho (piano)
Orchestre symphonique de la Monnaie, Alain Altinoglu (direction)


A. Altinoglu (© Marco Borggreve)


Le traditionnel triptyque ouverture/concerto/symphonie, un compositeur ultracélèbre, avec même l’une de ses symphonies les plus emblématiques en seconde partie : pour le premier concert de la saison, la Monnaie opte pour la banalité. Mais les apparences sont trompeuses : est‑il, en effet, si fréquent que les trois œuvres au programme, quasiment contemporaines, soient jouées ensemble ? Et l’exécution fut à la hauteur de la réputation de l’orchestre, offrant notamment aux auditeurs qui assistaient pour la première fois à un concert de musique classique une interprétation exemplaire à bien des égards. Malheureusement, le programme de salle, hormis la biographie des artistes, ne comporte aucun texte de présentation, ce qui est fort dommage, car on apprécie mieux ce que l’on comprend.


L’ouverture Coriolan (1807) donne le ton. Le directeur musical, Alain Altinoglu, en livre une exécution franche et précise, admirablement construite, à laquelle il apporte ce qu’il faut de profondeur et de relief pour lui imprimer son irrésistible élan narratif. Suit le Quatrième Concerto pour piano (1806), avec en soliste Seong‑Jin Cho. Voilà un pianiste qui semble mettre son ego de côté lorsqu’il joue, bien qu’il appartienne à l’écurie de Deutsche Grammophon, un éditeur qui cherche surtout aujourd’hui à promouvoir ses artistes à travers des pochettes léchées. Ses moyens étant considérables, inutile de s’appesantir sur une technique assez stupéfiante. Le pianiste coréen en fait surtout bon usage et la met au service d’une approche pertinente, juste et cohérente, mais aussi personnelle, en particulier dans les cadences, toujours avec subtilité. Cette prestation d’une incontestable noblesse se distingue ainsi par un alliage minutieusement dosé de profondeur, de puissance et de délicatesse, le pianiste préservant son jeu de tout maniérisme. Sa conception du concerto est limpide, lumineuse et dépourvue de sentimentalisme. Seong‑Jin Cho bénéficie en outre d’un accompagnement de première classe, le chef obtenant de tous les pupitres une grande précision et une remarquable probité.


Et c’est la Cinquième Symphonie (1807) qui occupe la seconde partie, tout aussi convaincante que la première. Il faut saluer l’engagement et la tenue de l’orchestre, la densité et la chaleur des cordes, la finesse des bois qui semblent émerger tout en douceur de la masse sonore pour s’exprimer avec éloquence et franchise ; et que dire des cuivres, fiers et persuasifs, qui ne viennent jamais rien écraser ? L’élan et la force propulsive ne compromettent jamais le travail fin et délicat sur les nuances et les détails. Cette interprétation, par son tranchant, sa fermeté et sa clarté, constitue aussi une belle réussite.


Le site de la Monnaie



Sébastien Foucart

 

 

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