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Mahler à New York

Paris
Philharmonie
09/02/2026 -  et 27 août 2026 (London)
Kaija Saariaho : Lumière et pesanteur
Gustav Mahler : Rückert-Lieder – Symphonie n° 4 en sol majeur

Joyce DiDonato (mezzo-soprano)
The Met Orchestra, Yannick Nézet‑Séguin (direction)


J. DiDonato (© Simon Pauly)


Ce deuxième concert de la deuxième édition des « Prems », rentrée symphonique à la Philharmonie de Paris, était essentiellement consacré à Gustav Mahler. En ce soir météorologiquement clément de fin d’été, quelques chaises longues et une buvette à l’entrée de la Philharmonie ont sans doute pour objet d’inciter à la décontraction et à la convivialité. Pourquoi pas, surtout quand la musique au plus haut niveau est au rendez‑vous. Et c’était le cas ce soir avec un chef en état de grâce, une Joyce DiDonato rayonnante et un orchestre du Metropolitan Opera de New York qui est apparu durant toute la soirée en très en grande forme.


La pièce de Kaija Saariaho qui ouvre le concert date de 2009 et est dédiée à Esa‑Pekka Salonen. Elle est courte, sobre et permet d’entendre un orchestre chatoyant et aussi d’emblée un remarquable solo de trompette. Cela sonne parfois comme du Debussy ailleurs comme du Bartók. Le côté statique et transparent de l’œuvre est parfaitement rendu par une mise en place impeccable.


Place ensuite aux Rückert-Lieder de Mahler après l’entrée au-devant de la scène d’une Joyce DiDonato très applaudie. Le surtitrage permet de profiter du texte de Friedrich Rückert qui ne figure pas dans le programme. Le premier lied, « Blicke mir nicht in die Lieder » est plein d’une joie simple et donne la part belle aux vents. Le second « Ich atmet’ einen linden Duft », est plus insaisissable. Le troisième, « Liebst du um Schönheit », est une véritable déclaration d’amour à Alma Schindler. Le quatrième, « Um Mitternacht », plus sombre et symphonique donne la part belle à une magnifique première clarinette. Le dernier et célèbre « Ich bin der Welt abhanden gekommen » offre un violon solo et un cor anglais d’une grande poésie.


Comme à son habitude Joyce DiDonato investit chaque mot, chaque inflexion, chaque phrase et la joie de chanter est manifeste. Peu importe si ce soir quelques aigus semblent un peu fragiles car la complicité entre ces deux artistes exceptionnels emporte tout sur son passage. Yannick Nézet‑Séguin est naturellement plus qu’un accompagnateur, c’est un chambriste qui joue des timbres et des nuances de l’orchestre de Mahler avec raffinement. Non sans humour, il quitte la scène à l’issue du cinquième lied aux côtés de la cantatrice en annonçant un bis qui ne viendra en fait qu’à la fin de la seconde partie.


La Quatrième Symphonie de Mahler est quelque peu atypique et sans doute moins spectaculaire que d’autres. Elle révèle, sous la direction exemplaire et comme toujours passionnée et précise de Nézet‑Séguin, toute sa richesse mélodique, rythmique et harmonique. Le chef québécois n’hésite pas avec les ruptures de tempo, les enchaînements fiévreux, les ralentissements, les contrastes et les nuances. Résultat : un Mahler subtil, raffiné, opulent, sarcastique ou charmeur mais jamais surchargé Le Bedächtig, nicht eilen initial, avec ses clochettes bien audibles, est mené dans un tempo plutôt vif mais qui sait se faire plus retenu. Les reprises successives relancent le discours sans aucune monotonie. Le deuxième mouvement (In gemächlicher bewegung, ohne Hast), qui fait office de scherzo, permet au premier violon Benjamin Bowman de briller aussi sur un instrument accordé un ton plus haut comme demandé par le compositeur. Le troisième mouvement (Ruhevoll) qui sert d’adagio et qui annonce celui de la symphonie suivante, est magnifiquement réalisé sous la direction toujours investie et passionnée du chef québécois. Le dernier mouvement est chanté avec toute la grâce et la poésie nécessaires par une Joyce DiDonato cette fois placée au fond de la scène au sein de l’orchestre.


L’accueil très enthousiaste et chaleureux d’un public nombreux et plutôt silencieux ce soir, incite Yannick Nézet-Séguin à prendre la parole comme il aime le faire en rappelant à quel point « il y a plus de choses qui nous unissent que de choses qui nous séparent ». Le plaisir étant à son comble, il n’hésite pas, en cadeau d’au revoir au public parisien qu’il aime tant, à offrir l’« Urlicht » de la Deuxième Symphonie de Mahler. Cela donne encore lieu à un moment magique et suspendu, magnifiquement porté par une Joyce DiDonato en apesanteur. Inoubliable. Comment ne pas rêver désormais à une Symphonie « Résurrection » à la Philharmonie de Paris, une salle que Nézet‑Séguin adore et pourquoi pas à la tête de l’Orchestre de Paris, l’un des rares orchestres d’excellence qu’il n’a pas encore dirigé.


Un magnifique concert donc, réunissant un chef hors du commun, une cantatrice exceptionnelle et un orchestre qui, malgré son activité principalement opératique, s’est montré capable de se hisser au niveau des meilleurs orchestres symphoniques.



Gilles Lesur

 

 

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