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A Pesaro, Corinthe reprend feu Pesaro Auditorium Scavolini 08/11/2026 - et 14, 17*, 21 août 2026 Gioachino Rossini : Le Siège de Corinthe Adrian Sâmpetrean (Mahomet II), Matteo Roma (Cléomène), Vasilisa Berzhanskaya (Pamyra), Maxim Mironov (Néoclès), Simón Orfila (Hiéros), Tianxuefei Sun (Adraste), Giuseppe de Luca (Omar), Anna Doris Capitelli (Ismène)
Coro del Teatro Ventidio Basso, Pasquale Veleno (préparation), Orchestra del Teatro Comunale di Bologna, Carlo Rizzi (direction musicale)
Davide Livermore (mise en scène, décors), Sax Nicosia (collaboration à la mise en scène), Eleonora Peronetti, Paolo Gep Cucco (décors), D Wok (vidéo), Gianluca Falaschi (costumes), Nicola Bovey (lumières), Erika Rambaldoni (chorégraphie)
 (© Amati Bacciardi)
Le Siège de Corinthe fait un retour fracassant au Festival Rossini de Pesaro cet été. Pour célébrer le bicentenaire de l’ouvrage, la manifestation propose une nouvelle production, sous la direction de Carlo Rizzi. En 1826, Rossini s’installe à Paris et doit conquérir l’Académie Royale de Musique. Le Siège de Corinthe est sa première tragédie lyrique en français. L’œuvre jette les bases du « Grand Opéra » avec ses chœurs monumentaux, ses scènes de ballet et son orchestration puissante. L’opéra est le fruit d’une profonde transformation musicale et dramaturgique de Maometto II, composé en 1820 pour Naples. Mais celui‑ci est jugé trop innovant, lourd et complexe par le public napolitain. Rossini le révise une première fois pour La Fenice, mais le succès reste mitigé. En 1826, l’Europe entière se passionne pour la guerre d’indépendance de la Grèce contre l’Empire ottoman. Le siège et la chute de la citadelle de Missolonghi provoquent une immense émotion dans la capitale française. Rossini se saisit alors de cette actualité et déplace l’action originale (le siège de Négrepont en 1470) à Corinthe, transformant un drame historique lointain en une œuvre patriotique brûlante d’actualité. Il ira même jusqu’à organiser un concert de charité pour les blessés grecs. Pour plaire au public français, le compositeur fait appel aux librettistes Luigi Balochi et Alexandre Soumet. Ensemble, ils refondent totalement la partition. Les récitatifs secs italiens sont remplacés par des récitatifs accompagnés par l’orchestre. Rossini ajoute deux ballets obligatoires et une véritable ouverture symphonique. En outre, les airs de pure virtuosité sont simplifiés au profit de la clarté dramatique du texte en français. Créé en octobre 1826, Le Siège de Corinthe est un triomphe absolu.
L’armée ottomane du sultan Mahomet II assiège la ville de Corinthe. Cléomène, le gouverneur grec, veut marier sa fille Pamyra au jeune général Néoclès, mais celle-ci est secrètement amoureuse d’un certain Almanzor, qui se révèle être Mahomet II lui‑même, sous une fausse identité. L’héroïne est déchirée entre son amour pour le sultan et son devoir patriotique. Elle refuse finalement d’épouser Mahomet, choisit le camp de son peuple et meurt tragiquement avec les Grecs dans l’incendie de la ville.
On le sait, le Festival Rossini de Pesaro mène depuis sa création une véritable mission d’archéologie musicale. Il a mis beaucoup de temps cependant à rendre au Siège de Corinthe ses lettres de noblesse. Il faut attendre l’an 2000 en effet pour que la manifestation programme L’assedio di Corinto, dans une traduction italienne tardive. Bien que musicalement intéressante, cette production ne rend pas justice au travail spécifique de Rossini sur la prosodie et la déclamation à la française. La véritable résurrection aura lieu en 2017, avec la toute première exécution en langue française de l’histoire du festival. Le spectacle s’appuie sur la monumentale édition critique du musicologue Damien Colas. Pour les deux cents ans de la création parisienne, Pesaro s’offre une toute nouvelle production, toujours fondée sur l’édition critique de Damien Colas.
La mise en scène a été confiée à Davide Livermore, qui a choisi de déplacer le curseur de l’affrontement. Au lieu d’opposer deux religions ou deux cultures (Grecs chrétiens contre Ottomans musulmans), il met en scène un conflit centré sur le temps et la modernité. C’est ainsi que les Grecs incarnent une antiquité idéalisée et intemporelle. Ils portent des tuniques blanches traditionnelles et combattent avec des lances. Ils représentent la mémoire, la culture et la tradition. Les Ottomans sont, eux, métamorphosés en Occidentaux modernes et grotesques des années 1920. Vêtus de costumes élégants, ils agissent comme des caricatures de touristes fortunés et vulgaires, passant leur temps vissés sur leur smartphone (et tant pis pour l’anachronisme !). Ils prennent des selfies devant les ruines et photographient de manière humiliante les captifs grecs. Le siège devient une agression de la surconsommation technologique contre l’histoire. Par ailleurs, Davide Livermore a choisi de mettre en retrait son habituel mur vidéo géant pour une approche plus physique et théâtrale, avec la présence continue de danseurs qui courent frénétiquement d’un bout à l’autre de la scène. Si on peut saluer le concept imaginé par le metteur en scène, on ne peut néanmoins que regretter les très nombreux tics visuels éculés ainsi que l’alourdissement du rythme narratif en raison de la surcharge d’intentions.
A la tête de l’Orchestre du Teatro Comunale de Bologne, Carlo Rizzi offre une lecture qui insuffle une tension dramatique constante et une clarté absolue à la partition, avec, qui plus est, un parfait équilibre entre la fosse et le plateau. Les musiciens répondent au maestro en faisant preuve de brillance, de précision et de vigueur, traduisant à merveille la richesse de l’orchestration rossinienne. On peut toutefois regretter la tendance du chef à faire jouer la formation constamment forte, sans beaucoup d’autres nuances, ainsi que sa propension à accélérer les tempi, sans toujours permettre à la musique de respirer. Dans le rôle de Pamyra, Vasilisa Berzhanskaya est la triomphatrice de la soirée, offrant un magnifique portrait vocal qui passe d’aigus étincelants à des mediums envoûtants, sublimé par une prière du troisième acte suspendue dans le temps. Incarnant le personnage de Néoclès, le ténor Maxim Mironov livre, lui aussi, une prestation absolument remarquable, avec une ligne vocale superbe et une technique belcantiste irréprochable, lui permettant des vocalises impressionnantes de précision. Sa grande scène du troisième acte, particulièrement périlleuse, lui vaut une ovation nourrie. Adrian Sâmpetrean campe un Mahomet II autoritaire et arrogant, avec son chant noble et stylé et sa virtuosité à toute épreuve. En Cléomène, Matteo Roma séduit par son timbre sombre et son engagement scénique. La distribution est complétée efficacement par Simón Orfila (Hiéros), dont l’autorité vocale sert bien le personnage prophétique, et par Anna‑Doris Capitelli, convaincante en Ismène. Un seul regret : la diction française de l’ensemble du plateau ne permet pas de suivre l’intrigue sans les surtitres. Malgré quelques réserves, une soirée enthousiasmante à Pesaro !
Claudio Poloni
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