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Le garçon a bien grandi Gijón Teatro Jovellanos 08/18/2026 - Piotr Ilich Tchaïkovski : Grande Sonate en sol majeur, opus 37
Maurice Ravel : Valses nobles et sentimentales
Franz Schubert : Sonate en sol majeur « Fantaisie », D. 894 Martín García García (piano)

Il y a dix-sept ans, en 2009, ConcertoNet avait assisté à un concert donné dans le théâtre de l’Université Laboral de Gijón lors duquel s’était produit un étonnant garçonnet de 13 ans, natif de Gijón, dans le Concerto pour piano d’Edvard Grieg. Puis on l’avait perdu de vue, en se demandant cependant ce qu’il était devenu, tout en le gardant en mémoire, sans pour autant mener l’enquête sur la suite à vrai dire. Avait‑il abandonné ? Etait‑il un de ces prodiges précoces et qui déçoivent ensuite ? Et bien, non. Viscéralement attaché à la musique, Martín García García a poursuivi son apprentissage commencé à l’âge de cinq ans avec d’éminents professeurs russes exilés aux Asturies, s’est formé au Conservatoire supérieur de musique Reina Sofia de Madrid avec Galina Eguiazarova, autre pédagogue russe, et a même gagné le concours international de piano de Cleveland en 2021 et obtenu un troisième prix au concours Chopin de la même année. On le retrouve donc avec plaisir, âgé de 29 ans maintenant, au Théâtre Jovellanos de Gijón dans le cadre de la vingt‑sixième édition du Festival international de Gijón. Le festival est, rappelons‑le, pour l’essentiel constitué de classes de maîtres ouverts à de jeunes pianistes du monde entier mais les enseignants se produisent au cours de la période (10 au 22 août cette année) dans différents lieux des Asturies (Candás, Jardin botanique de Gijón, Théâtre Jovellanos et Centre culturel de l’Ancien Institut de cette même ville). Martín García García faisait partie de ceux‑ci cet été. On était curieux de savoir ce qu’il savait désormais faire devant un clavier.
 M. García García (© Stéphane Guy)
Il débute fort par la Grande Sonate (1878) de Piotr Ilich Tchaïkovski (1840‑1893). Très concentré et jouant tout par cœur, il sait défendre cette œuvre, méconnue et un brin longuette, malgré un Steinway très décevant, aux sons affreusement métalliques et aux médiums problématiques. Le jeu est indéniablement brillant ; il doit sans doute beaucoup aux formateurs russes du pianiste. Martín García García sait en tout cas s’adapter aux humeurs changeantes de l’œuvre dans laquelle on peut trouver finalement des traces de Schumann, avec des marches solennelles (premier mouvement), ses coups de déprime (deuxième), cette joie enfantine (Scherzo, si bien réussi par le pianiste) et cet esprit conquérant (final). La main droite est parfois un peu lourde mais le résultat impressionne.
Les Valses nobles et sentimentales (1911) de Maurice Ravel (1875‑1937), en regard, déçoivent quelque peu. La première pièce, modérée, écrite avant la Grande guerre, est abordée à la fois rapidement et avec une fermeté qui l’éloigne de la noblesse requise et la rapproche de la fameuse Valse écrite après la guerre de 1914, d’un tout autre esprit. La suite convainc davantage. On aurait voulu plus de distinction encore une fois mais le pianiste évite opportunément toute sentimentalité, si éloigné de l’esprit ravélien. Il sait conférer notamment un beau mystère à la dernière pièce du recueil.
Après une très courte pause, le pianiste poursuit son récital en s’attaquant à la monumentale Fantaisie (1826) de Franz Schubert (1797‑1828), parfois présentée comme sa dix‑huitième sonate car elle en a l’ampleur. Comme pour les œuvres précédentes, il en distingue nettement les mouvements pour se concentrer pleinement et sans doute mieux révéler la densité incroyable de ces pages. Le chant schubertien est là et le pianiste fait preuve d’une variété de touchers incroyable qu’on aurait pu apprécier davantage s’il avait eu un piano un peu digne à sa disposition. Dans l’Allegro molto final, il paraît même s’amuser. On apprécie notamment le charme de ces ultimes pages.
Le pianiste salue ensuite brièvement et s’enfuit dans les coulisses. Sa vie, c’est le piano. Comme possédé par son instrument, aimanté, il revient aussi rapidement qu’il est parti pour une série de quatre bis, rallongeant de concert de près de vingt minutes, ce que certains dans le public, exemplaire jusqu’alors, ont manifestement eu du mal à supporter, quittant la salle pendant que d’autres, notamment les jeunes suivant les cours de piano, applaudissaient bruyamment, et ce dont le pianiste aurait pu peut‑être se passer après le monument schubertien, car d’autres pièces n’étaient sans doute pas nécessaires pour nous persuader de ses talents et surtout de sa mémoire phénoménale. Si « Minstrels » de Claude Debussy est abordé avec énergie, tout en préservant les surprises, et avec délicatesse la pièce suivante, Canción y Danza n° 4 de Federico Mompou, teintée de jazz et marquée par une tendresse qui réussit manifestement à Martín García García comme s’il était resté l’enfant qu’il a été, la suite (« Les Collines d’Anacapri » de Debussy et l’Etude opus 8 n° 12 de Scriabine) ne se situe pas au même niveau. La fatigue et le piano ont pu avoir leur part de responsabilité. On espère en tout cas revoir Martín García García, un artiste qui semble avoir toujours grandi devant un piano. Sans attendre dix‑sept ans.
Le site du Festival international de piano de Gijón
Le site de Martín García García
Stéphane Guy
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