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Les charmes retrouvés de Lecocq Yonne Champignelles (Centre de rencontre) 08/13/2026 - et 15, 16 août 2026 Charles Lecocq : Giroflé-Girofla Servane Brochard (Giroflé, Girofla), Julien Clément (Don Boléro), Mathieu Septier (Marasquin), Marie-Laure Germain (Aurore), Artus Maël (Mourzouk), Alla Subina (Paquita), Tomas Suarez Roos (Pedro), Agathe Lavault (Guzman), Augustin Eydoux (Le chef des pirates)
Maîtrise Saint-Louis de Gonzague de Paris, Gabriel Querleux (chef de chant, piano), Frédéric Sueur (clarinette), Vincent Bernardon (violon), Emmanuelle Lamarre (violoncelle), Philippe Brocard (direction musicale)
Philippe Brocard (mise en scène), Cléo Ben Lahcène (décors, costumes), Marie Ducatez (lumières), Artus Maël (chorégraphie)

Le festival itinérant Les Estivales de Puisaye anime chaque été l’ouest du département de l’Yonne (et occasionnellement jusqu’au Loiret voisin) depuis sa fondation en 2003. On doit cette initiative à la personnalité incontournable de Rémi Gousseau (né en 1954), toujours président d’honneur, en même temps que compositeur et arrangeur pour cet événement, situé à environ une heure et demie de Paris. Le Français a longtemps occupé la direction musicale de la Maîtrise Saint‑Louis de Gonzague (anciennement Petits chanteurs de Chaillot), une chorale amateur mixte, formée de chanteurs entre 8 et 18 ans, tous issus du collège‑lycée du même nom. Situé dans le XVIe arrondissement de Paris, l’établissement d’enseignement privé catholique est reconnu comme l’un des meilleurs de l’Hexagone, régulièrement en tête des classements pour ses résultats d’élite.
Le festival a été construit autour de la Maîtrise, qui est honorée de plusieurs concerts à chaque édition, dont un spectacle lyrique monté avec des solistes professionnels. On découvre cette année la rare Giroflé-Girofla (1874), une des œuvres légères les plus délicieuses de Charles Lecocq. Rival de Bizet et Offenbach en son temps, ce compositeur reste aujourd’hui réduit à son chef‑d’œuvre, La Fille de Madame Angot (1872), reléguant aux oubliettes la cinquantaine d’ouvrages composés tout au long de sa carrière, entre 1857 et 1914. On ne peut donc que se féliciter de cette résurrection abordée avec tout le sérieux requis, entre le peu de coupures (pour un total de trois heures avec un entracte) et l’arrangement réalisé par Rémi Gousseau, pour piano, violon, violoncelle et clarinette.

Le livret désopilant s’intéresse au pleutre noble Don Boléro, martyrisé par sa femme et étranglé par ses dettes : le double mariage de ses filles jumelles doit sauver la situation. C’est évidemment sans compter avec l’arrivée inopinée des pirates, qui enlèvent l’une des deux promises... Ce récit haut en couleur est en réalité le prétexte à une comédie de salon sans temps mort, qui lorgne du côté des satires domestiques d’Eugène Labiche. La musique inspirée de Lecocq rivalise de vivacité et de variété, soignant ses ensembles (notamment l’entrée des pirates), comme ses finales. Le rôle du maure Mourzouk, irrésistible en impulsif rugueux, se colore d’une touche orientalisante, sans ostentation, à la manière du contemporain et ami Saint‑Saëns.
Les quatre musiciens font rapidement oublier l’absence d’orchestre, faisant mouche par leur engagement et leur à‑propos, bien conduits par la direction lumineuse de Philippe Brocard, toujours attaché à l’équilibre avec le plateau. Le chef reste plus connu en tant que baryton, s’étant fait remarquer pour ses nombreuses prestations avec Les Frivolités parisiennes (voir notamment Les Contes de Perrault ou Gosse de riche). L’investissement des interprètes est remarquable, surtout dans un contexte étouffant lié à la chaleur caniculaire, auquel ne peut échapper le Centre de rencontre de Champignelles. La salle moderne, d’environ 400 places, séduit par sa résonance, autant que sa parfaite visibilité, et ce quelle que soit la place occupée.
Outre les seize choristes bien préparés pour l’occasion, le spectacle emporte l’adhésion par l’excellence des solistes réunis, tous aguerris aux nécessités théâtrales et vocales requises par leur rôle. Ainsi de Servane Brochard, qui donne beaucoup de fraîcheur à son interprétation, tout en montrant une maîtrise impressionnante sur toute la tessiture. On aime aussi la piquante et délurée Marie‑Laure Germain (Aurore), qui trouve le ton juste pour jouer la mégère qu’on adore détester, tandis que le solide Julien Clément (Don Boléro) campe admirablement le lâche à ses côtés. Plus sollicités vocalement, les deux prétendants montrent un haut niveau, entre l’éloquence agile de Mathieu Septier (Marasquin) et l’émission puissante d’Artus Maël (Mourzouk) – entendu récemment dans la reprise du spectacle primé, Les Fantasticks, à l’Opéra du Rhin.
Enfin, la mise en scène de Philippe Brocard joue la carte de la sobriété, compte tenu des contraintes liées à l’exiguïté de la scène ou aux ressources techniques limitées, notamment pour les éclairages. Il mise avant tout sur les effets comiques des situations théâtrales, très efficaces dans les deux premiers actes. Plus court, le tout dernier s’essouffle quelque peu, du fait d’une action qui se répète, faute d’enjeux nouveaux. On note enfin le soin apporté à la confection des costumes d’époque, légèrement modernisés, tout en restant fidèles à la volonté de suivre au plus près les péripéties.
Le site des Estivales de Puisaye
Florent Coudeyrat
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