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Voyages musicaux en Périgord

Montignac
Saint-Léon-sur-Vézère (Eglise Saint-Léonce)
08/15/2026 -  
Edvard Grieg : Lyriske stykker : Hefte I, opus 12 : 1. « Arietta » – Hefte III, opus 43 : 6. « Til våren » – Hefte IV, opus 47 : 1. « Valse-Impromptu »& 3. « Melodi » – Hefte V, opus 54 : 3. « Trolltog » & 4. « Notturno » – Hefte X, opus 71 : 3. « Småtroll »
Ludwig van Beethoven : Sonates pour piano n° 14 « Sonata quasi una Fantasia », opus 27 n° 2, et n° 23, opus 57
Franz Schubert : Schwanengesang, D. 957 : 4. « Ständchen » – Auf dem Wasser zu singen, D. 774 (transcriptions Franz Liszt)

Shani Diluka (piano)




Toujours sous la présidence de son fondateur, Jean-Luc Soulé, et sous la direction artistique de Julien Kieffer depuis 2023, le Festival du Périgord noir affiche une belle santé. Sur le thème baudelairien « Voyages – Tout un monde lointain... », la quarante‑quatrième édition, du 2 au 16 août, a proposé treize concerts autour de Montignac-Lascaux, de Sarlat à Terrasson-Lavilledieu, avec un spectre assez large incluant le jazz (Ballaké Sissoko et Vincent Segal, Trio de Paul Lay), la musique traditionnelle (Sirba Octet) et l’improvisation (deux « ciné‑concerts » avec Karol Beffa), mais dont le cœur demeure bien sûr le « classique », avec des artistes tels que Lucile Boulanger, Samuel Hasselhorn, Raphaël Jouan, Anastasia Kobekina, les Quatuors Yako et Zaïde ainsi que l’Ensemble Diderot.


Le festival, c’est également la vingt‑quatrième édition de l’« Académie baroque internationale », du 31 juillet au 9 août, sous la direction musicale d’Inaki Encina Oyón, dont les étudiants donnent trois concerts et trois « mini‑concerts », mais aussi, durant toute l’année, des actions sociales et éducatives, dont le « bus de l’orgue » qui se déplace en Nouvelle-Aquitaine afin de faire découvrir de manière ludique à des publics éloignés de la culture l’orgue et, au‑delà, la musique.


Les cinq derniers concerts se tiennent, comme de coutume, dans le village médiéval de Saint‑Léon‑sur‑Vézère. Typique de la région avec ses courrédous (ruelles étroites), ses pierres blondes et ses toits à pentes adoucies (coyaux), il comprend des édifices remarquables parmi lesquels le château de Clérans, le manoir de la Salle et l’église romane Saint‑Léonce (XIIe) : dominant la rivière, charmante avec sa petite abside et ses deux absidioles, elle est en outre dotée d’une acoustique tout à fait convenable pour y faire de la musique.


Shani Diluka (née en 1976) présente le programme de son récital en indiquant que les œuvres, qui paraissent n’entretenir que des liens fort ténus, se rejoignent dans leur rapport à la nature et aux éléments, thématique aussi incontournable que commode et dans l’air du temps. Qu’importe, on ne se plaindra pas de l’occasion d’entendre la musique pour piano de Grieg, trop rare au concert, notamment ses soixante‑six Pièces lyriques (1867‑1901). La pianiste, qui en avait enregistré douze il y a vingt ans sur le Steinway B du compositeur dans sa maison de Troldhaugen (Mirare), en reprend sept, de caractère contrasté, dans lesquelles elle déploie un très large éventail de nuances – de l’infinie délicatesse de l’« Arietta » au mordant presque prokofiévien du « Petit troll » – quelque peu altérées par un son dont il est difficile de savoir s’il souffre d’un excès de pédale ou d’une réverbération trop généreuse.


Revenant à une étape plus récente (2020) de son parcours discographique, à savoir « Cosmos », son premier album pour Warner, la pianiste a choisi deux des plus célèbres sonates de Beethoven, la Quatorzième (1801), qui n’était pas annoncée dans le programme, et la Vingt‑troisième (1805). Dans la première, ce n’est pas son sous‑titre (apocryphe) de « Clair de lune » qu’elle tente de mettre en valeur, préférant rester fidèle à la véritable mention figurant sur la partition, « Sonata quasi una Fantasia ». Elle enchaîne ainsi attaca les trois mouvements, le premier impeccablement et inexorablement construit, le deuxième frappant par son Trio très vigoureux et appuyé, le dernier haletant et presque précipité, non sans risques – globalement conjurés – pour l’articulation et, compte tenu de la chaleur, pour la précision digitale.


Après un détour via deux lieder de Schubert transcrits par Liszt, caractérisés par une remarquable indépendance des voix et un fort sens narratif, elle aborde l’Appassionata avec une énergie et une véhémence spectaculaires, faisant trembler le Steinway, soulignant les accents, les contrastes et les éruptions, allant toujours de l’avant jusque dans le mouvement central vraiment con moto. Le Presto de la coda a tout d’une course à l’abîme, et c’est autre course, Mad Rush (1979) de Philip Glass que Shani Diluka offre (en version courte) en premier bis, en écho à son album « Pulse » (Warner, 2023), démonstration de la manière de faire sonner l’instrument, du pianissimo à des fortissimos où se déchaîne encore la rage beethovénienne. La soirée se conclut toujours dans un état de transe avec la « Danse rituelle du feu » de L’Amour sorcier (1915/1922) de Falla.


Le site du Festival du Périgord noir
Le site de Shani Diluka



Simon Corley

 

 

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