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Moine et voyou

Aveyron
Saint-Come-d’Olt (Couvent de Malet)
08/14/2026 -  
Franz Schubert : Gretchen am Spinnrade, D. 118 – Nachstück, D. 672
Wolfgang Amadeus Mozart : Don Giovanni, K. 527 : « Deh, vieni alla finestra » – Le nozze di Figaro, K. 492 : « Hai già vinta la causa!... Vedro mentr’io sospiro »
Jacques Ibert : Quatre Chansons de Don Quichotte : 4. « Chanson de la mort de Don Quichotte »
Gabriel Fauré : Trois Mélodies, opus 23 : 3. « Le Secret » & 1. « Les Berceaux » – Trois Mélodies, opus 7 : 1. « Après un rêve »
Reynaldo Hahn : Second Recueil de mélodies : 1. « Quand la nuit n’est pas étoilée » – Etudes latines : 2. « Néère » – Chansons grises : 5. « L’Heure exquise »
Francis Poulenc : Trois Inédits du Bestiaire, FP 15b – Banalités, FP 107 : 4. « Voyage à Paris » – Montparnasse, FP 127 – A sa guitare, FP 79 – Quatre Chansons pour enfants, FP 75 : 2. « La Tragique Histoire du petit René » & 3. « Le Petit Garçon trop bien portant »
Hector Berlioz : Les Nuits d’été, opus 7, H 81 : 1. « Villanelle », 2. « Le Spectre de la rose » & 6. « L’Ile inconnue »

Hervé Ribaud-Shinberg (baryton), Joseph Birnbaum (piano)


H. Ribaud-Shinberg


Un peu à l’extérieur de Saint-Côme-d’Olt, le couvent de Malet témoigne d’une histoire de près de neuf siècles marquée par le pèlerinage de Saint‑Jacques et continue, avec dix sœurs ursulines et sous la devise « Accueil, rencontre et partage », d’accueillir les voyageurs de la via Podiensis. La musique y est également bien accueillie, en l’occurrence celle du Festival Francis Poulenc & Friends – après tout, Poulenc n’était‑il pas à la fois moine et voyou ? –, dans un cadre agréable en une belle soirée d’été. Des chaises ont été disposées dans la cour intérieure et, en haut des marches conduisant à l’entrée de la chapelle, les fondateurs du festival donnent, comme auraient pu le faire en leur temps Pierre Bernac et Francis Poulenc, un récital fort varié, dont on peut regretter, comme le concert de la veille au Nayrac, qu’il ait attiré trop peu de spectateurs.


Hervé Ribaud-Shinberg soigne la justesse, la diction et le phrasé dans les deux lieder de Schubert. On sent toutefois davantage d’aisance, pour la langue comme pour le sens dramatique, dans les deux airs de Mozart qui suivent. Avec l’émotion simple de la « Chanson de la mort de Don Quichotte » d’Ibert, on en passe au français pour le reste du programme. Trois des plus célèbres mélodies de Fauré et de Hahn sont dites avec beaucoup de délicatesse, même si l’on éprouve quelque frustration de ce que le lieu ne facilite pas la projection de la voix et quelque agacement de ce qu’une porte ne cesse de grincer puis de claquer.


Après un très court entracte, Poulenc fait son entrée avec une rareté, trois inédits du Bestiaire : inédits, mais pas inattendus, car « La Colombe », « Le Serpent » et « La Puce » sont tout aussi brefs et s’inscrivent dans le même esprit que les six pièces déjà connues du recueil. Plutôt que d’inciter le public à aller les découvrir sur Dailymotion, pourquoi les artistes ne les ont‑ils pas interprétées eux‑mêmes ? Chantées avec beaucoup de goût et accompagnées par un piano subtil et aux belles couleurs, trois des six mélodies des Nuits d’été de Berlioz confirment que le baryton se montre plus à son avantage dans le grave que dans l’aigu. Poulenc a évidemment le dernier mot avec cinq mélodies – de nouveau Apollinaire pour quatre d’entre elles, mais Ronsard pour la cinquième – qui, là aussi, laissent perplexes : pourquoi ne chanter que deux des quatre très courtes Chansons pour enfants ? Dommage, car Hervé Ribaud-Shinberg sait charmer, émouvoir et faire sourire par ses qualités de diseur et de conteur.


En bis, les musiciens comme le public se font plaisir avec A Chloris de Hahn et concluent on ne peut plus opportunément, alors que la nuit tombe, avec la « Sérénade » du Chant du cygne de Schubert. Et au lieu d’un troisième bis, Hervé Ribaud-Shinberg lance un appel à « trois hommes forts » pour l’aider à descendre le piano des marches de la chapelle : on espère que les « trois jeunes sportifs batifolant avec seize femmes, jolies et élégantes » du ballet Les Biches de Poulenc seront venus lui porter secours.



Simon Corley

 

 

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