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Générosité Gironde Bazas (Halle de l’hôtel de ville) 08/11/2026 - Dimitri Chostakovitch : Quintette avec piano, opus 57
Antonín Dvorák : Quintette avec piano n° 2, opus 81, B. 155
Louis Vierne : Quintette avec piano, opus 42
Robert Schumann : Quintette avec piano, opus 44 Dana Ciocarlie (piano), Quatuor Girard : Grégoire Girard, Agathe Girard (violon), Hugues Girard (alto), Lucie Girard (violoncelle)

Sous l’heureux présage de « Songes de nuits d’été », Musiques en Bazadais apporte une contribution substantielle à la vie culturelle du sud‑est de la Gironde qui, aux confins des Landes et du Lot‑et‑Garonne, n’est pas aussi avantagée que Bordeaux et la côte atlantique. Au fil des années, le festival a accueilli des artistes aussi remarquables et différents que Gilles Apap, Marie‑Christine Barrault, Victoire Bunel, Gaspard Dehaene, Jean‑Baptiste Doulcet, Thomas Dunford, Thomas Enhco, Isabelle George, Antoine Hervé, Etsuko Hirose, Raphaël Pidoux, Gaëtane Prouvost, Emmanuel Rossfelder, Vassilena Serafimova, Astrig Siranossian, Rosemary Standley, Lisa Strauss et l’Ensemble La Rêveuse.
Du 4 au 13 août, la septième édition a poursuivi dans le même élan, proposant, outre un « atelier-découverte » autour d’un « carré viennois » (pianoforte) de Franz Rausch (1832) avec la pianiste Nariné Simonian, cinq concerts : deux de l’Ensemble La Sportelle (en la cathédrale de Bazas et en l’église du bourg voisin de Bernos-Beaulac) et trois dans la halle (1890) de l’ancien l’hôtel de ville (XVIIIe), qui auront notamment permis d’entendre Anne Queffélec deux soirs consécutifs. De forme rectangulaire, la halle, bien qu’enchâssée dans une cour intérieure, est assez largement ouverte sur une de ses longueurs et à ses deux extrémités, l’une comprenant un arc d’inspiration mauresque, mais suffisamment en retrait de la place de la cathédrale pour que la musique puisse s’y épanouir en toute quiétude. L’air parvient même à y circuler, ce qui ne suffit certes pas à résoudre la contrainte posée aux musiciens et au public par la température élevée (31°) qui règne encore en début de soirée, mais apporte un peu de fraîcheur bienvenue.
Intitulé « Cinquième majeure », le premier concert à la halle est placé sous le signe de la générosité. Générosité du programme, d’abord : pas moins de deux heures et quart de musique ! Quatre quintettes avec piano, chacune des deux parties du programme comprenant une œuvre du XXe siècle en mineur composée in tempore belli, la Seconde Guerre mondiale pour Chostakovitch (1940), la Première pour Vierne (1918), puis, comme un antidote à ces climats sombres et tendus, une œuvre du XIXe siècle en majeur, signée Dvorák (1887) et Schumann (1842). Un défi gigantesque, presque insensé, qui n’a pas empêché Dana Ciocarlie (née en 1968) – à laquelle le marathon d’une intégrale Schumann au disque (La dolce volta) n’a certes pas fait peur – et le Quatuor Girard – qu’on a certes déjà entendu en 2019, dans une formation légèrement différente, venir à bout d’un menu pantagruélique – d’assurer une mise en place impeccable et, malgré la chaleur, de limiter aux maximum les accrocs... tout en respectant l’ensemble des reprises.
Générosité de l’interprétation, ensuite. La pianiste comme la fratrie des cordes ont des fortes personnalités et semblaient avoir tout pour s’entendre, mais l’alchimie n’est pas une science exacte et de telles associations présentent donc toujours une part de risque, surtout pour s’attaquer à des sommets aussi élevés. Toutefois, ils se rejoignent apparemment sans la moindre difficulté sur une intensité, un engagement, une fougue, une expressivité mais aussi un parti pris symphonique qui siéent aux quatre partitions. Et avec de tels interprètes, la générosité n’est pas totalement débridée, ne devenant donc en rien un prétexte pour se prêter à la facilité ou à l’excès. On retrouve avec bonheur les qualités qu’on leur connaît déjà : la versatilité, la liberté, l’inventivité et la virtuosité de Dana Ciocarlie, la densité, la plénitude et la profondeur de la sonorité du Quatuor Girard, une entente parfaite qui n’en permet pas moins à de belles individualités de s’exprimer.
Une générosité à laquelle les spectateurs auront été sensibles, sans doute conscients d’avoir eu le privilège de vivre une soirée totalement hors norme, qui prend fin à minuit et quart.
Le site de Musiques en Bazadais
Le site de Dana Ciocarlie
Le site du Quatuor Girard
Simon Corley
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