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Charmes mirapiciens

Ariège
Mirepoix (Château de Terride)
07/30/2026 -  
Joseph Haydn : Trio avec piano n° 32, Hob. XV:18
Ludwig van Beethoven : Trio avec piano n° 5 « Geistertrio », opus 70 n° 1
Franz Schubert : Trio avec piano n° 1, D. 898

Trio Hélios : Alexis Gournel (piano), Luka Ispir (violon), Raphaël Jouan (violoncelle)




Certains festivals connaissent de graves difficultés, quand ils ne disparaissent pas purement et simplement. Mais d’autres, c’est heureux, continuent de se créer et de s’installer dans la vie musicale, ce qui n’est pourtant jamais simple : tel est le cas du Festival Castel Artès, dont la première édition remonte seulement à 2021. Sous la direction artistique d’un musicien, Edwin Crossley-Mercer, baryton et désormais aussi chef d’orchestre, et d’un danseur, Vincent Chaillet, premier danseur à l’Opéra national de Paris puis maître de ballet au Capitole de Toulouse, la manifestation revendique un caractère pluridisciplinaire.


Prima la musica : à l’affiche de la sixième édition, du 24 au 31 juillet, on trouve les noms de Cyril Auvity (ténor), Jan Willem Jansen (orgue), Julien Martineau (mandoline), Nathan Mierdl (violon), du Duo (de piano) Jatekok, de l’Ensemble SaxBack et de l’Orchestre de chambre de Toulouse, auxquels s’ajoutent des mélodies et chants folkloriques norvégiens et, comme dans beaucoup de festivals, une académie où Cyril Auvity, Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, Géraldine Chauvet, Thomas Dolié et Sophie Koch forment de jeunes talents qui se produisent notamment dans L’Ile de Tulipatan d’Offenbach. Mais aussi la danse, bien sûr : création d’Ageless de Gil Harush, lecture de textes sur la danse et... « giga barre » collective et gratuite pour découvrir les bases du métier. Et pour compléter le tout, une exposition de photographie, de peinture et de poésie ainsi qu’une conférence sur la Société de perception et de distribution des droits des artistes-interprètes, la Spedidam.


Les événements prennent principalement place dans la charmante cité ariégeoise de Mirepoix et, pour le reste, dans plusieurs lieux du département. Sur la hauteur au nord de la ville, l’un des sites emblématiques du festival est le château de Terride, qui fut habité par la famille Lévis du XIIIe au XVIIe et dont les directeurs sont propriétaires depuis 2020. Une scène est dressée au‑devant d’une muraille ; à jardin, alors que le soleil décline, se dévoile une vue magnifique sur Mirepoix et, à l’arrière‑plan, sur le pays d’Olmes et les premiers contreforts des Pyrénées.


C’est dans ce cadre privilégié et devant un public remarquablement attentif que se présente le Trio Hélios, avec un programme bien ancré dans les fondamentaux du répertoire de cette formation, qui se situent bien sûr à Vienne : le pianiste Alexis Gournel peut donc s’autoriser à parler plaisamment de « café viennois », dont la première gorgée est le Trio en la majeur (1794), l’un de ceux que Haydn écrivit à Londres et dédia à Anna Maria Esterházy, sœur de son employeur, le prince Nicolas II. L’acoustique, précise mais assez sèche, expose fortement les trois musiciens et ne favorise pas la fusion des timbres. Peut‑être est‑ce cela qui explique que le violoniste Luka Ispir, qui a récemment pris la suite d’Eva Zavaro, apparaisse quelque peu en retrait de ses deux partenaires et que ce Haydn semble manquer de souplesse et de rondeur, d’humour et de bonhomie.


Mais il n’en annonce déjà pas moins Beethoven et Schubert, qui constituent la suite du programme. Le Cinquième Trio « Des esprits » (1808) bénéficie d’une interprétation riche en énergie et en contrastes, notamment dans le poignant Largo assai ed espressivo, et c’est aussi l’occasion pour le Trio Hélios de faire preuve de son homogénéité et de son entente.


Après l’entracte, c’est le violoncelliste, Raphaël Jouan, qui présente les œuvres, avec davantage de légèreté que ne le faisait Alexis Gournel. Dans le Premier Trio (1828) de Schubert, il faut tenir la distance, construire des progressions et mettre en valeur les fameuses « divines longueurs » : les musiciens y parviennent, animés par un fort sens collectif. Leur Schubert va sans cesse de l’avant, assurément juvénile, avec même une certaine verdeur et des angles pas très arrondis, mais ils savent aussi prendre leur temps, comme dans la partie centrale du Scherzo.


En bis de cette soirée d’été, c’est un autre bel élan juvénile, celui de Lili Boulanger, avec D’un matin de printemps (1918), l’un des chevaux de bataille du Trio Hélios, qui, voici quatre ans, donnait son titre à son premier album.


Le site du Festival Castel Artès
Le site du Trio Hélios
Le site de Raphaël Jouan



Simon Corley

 

 

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