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Jeunes musiciens sur les bords de la Vézère Brive Voutezac (Château du Saillant) 07/27/2026 - Frédéric Chopin : Préludes, opus 28
Serge Rachmaninov : Sonate pour piano n° 1, opus 28
Camille Saint-Saëns : Danse macabre, opus 40 (transcription de Franz Liszt arrangée par Vladimir Horowitz) Uladzislau Khandohi (piano)

Pour sa quarante‑cinquième édition, le Festival de la Vézère reste fidèle à ses fondamentaux : du 7 juillet au 11 août, vingt événements sont proposés dans les sites corréziens habituels, à commencer bien sûr par le château du Saillant. C’est l’occasion, dans une programmation variée, d’entendre des vedettes ou artistes confirmés – Pierre Fouchenneret, Thomas Leleu, Raphaël Pidoux, François Salque, Thomas Zehetmair, Jean‑François Zygel mais aussi Denis Podalydès. Comme de coutume, la troupe anglaise de Diva Opera donnera deux de ses productions, La Bohème et La Cenerentola.
Les jeunes musiciens se font également une place : en ce 27 juillet au Saillant, le public a d’abord pu entendre à 17 heures Martina Meola, quelques jours après que la pianiste italienne, qui n’a pas encore 14 ans, a fait un coup d’éclat au Festival de La Roque‑d’Anthéron, en donnant le concert inaugural suite à la défection de dernière minute de Khatia Buniatishvili. A 21 heures, c’est le tour d’Uladzislau Khandohi (né en 2001), qui a glané des récompenses dans une ribambelle de compétitions internationales parmi lesquelles on remarque une place de finaliste au concours Van Cliburn (2022) puis par un deuxième prix au concours Maria Canals (2024) et un premier prix au concours Dinu Lipatti (2024). Bête à concours ou véritable musicien ? Son récital vient heureusement démontrer qu’il relève de la seconde catégorie.
 U. Khandohi (© Festival de la Vézère)
En première partie de son très solide programme, les Préludes (1839) de Chopin montrent une tendance à forcer un peu sur la pédale au détriment de la clarté de la polyphonie, mais les attaques sont franches, bien au fond du clavier, la main droite dessine la mélodie de manière fortement appuyée (Préludes en la mineur et ré mineur) et le visage, très tourmenté, se penche parfois juste au‑dessus des touches. On relève avant tout un fort investissement expressif, avec un rubato et des contrastes marqués dans des Préludes en la mineur, en mi mineur et en si mineur de caractère plus expansif qu’intimiste. Certains Préludes (si bémol mineur, fa mineur) se révèlent d’une violence spectaculaire, presque brutale, celui en ut mineur évoquant même la noirceur des « Catacombes » de Moussorgski, mais on sait gré au pianiste biélorusse de ne pas s’alanguir, par exemple dans les Préludes en la majeur et en la bémol majeur.
Après l’entracte c’est également un Opus 28, et pas des moindres non plus : la longue et redoutable Première Sonate (1908) de Rachmaninov, un univers dans lequel Khandohi apparaît visiblement plus à l’aise. Il en fait notamment ressortir le caractère lisztien – non sans raison dans une œuvre inspirée par Faust. Les orages s’abattent sur le pauvre Steinway, qui n’en peut mais, et les trois mouvements sont engloutis attaca, constituant ainsi un très vaste poème pianistique d’un seul tenant et d’un seul élan où il peut mettre en valeur son sens de la construction, ce que l’écriture aphoristique des Préludes de Chopin ne lui avait pas permis de faire.
Comme il se doit, le feu d’artifice est tiré à la fin : dès 1876, Liszt avait transcrit la Danse macabre (1874) de Saint‑Saëns, mais dans les années 1940, Vladimir Horowitz, pour son propre usage, a arrangé cette transcription lisztienne, s’éloignant parfois, à la manière d’une paraphrase, de la partition originale, déjà abondamment couverte de traits, arpèges et autres fusées. Khandohi ne fait qu’une bouchée de ce morceau de bravoure tout en ayant le bon goût de ne pas en rajouter. Parmi les trois bis, on apprécie plus particulièrement la sobriété et la précision de « Córdoba », quatrième des cinq Chants d’Espagne (1898) d’Albéniz, et la retenue de la dernière des quatre Mazurkas de l’Opus 17 (1833) de Chopin.
Le site du Festival de la Vézère
Simon Corley
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