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A mains nues

Baden-Baden
Festspielhaus
06/26/2026 -  et 30 juin 2026 (Evian)
Franz Schubert : Symphonie n° 8 en si mineur « Inachevée », D. 759
Carl Maria von Weber : Concerto pour clarinette n° 1 en fa mineur, opus 73
Felix Mendelssohn : Symphonie n° 4 en la majeur « Italienne », opus 90

Romain Guyot (clarinette)
Chamber Orchestra of Europe, Yannick Nézet‑Séguin (direction)


R. Guyot, Y. Nézet-Séguin (© Michael Bode)


Cinquième édition déjà de « La Capitale d’Eté » (en français dans le texte) à Baden‑Baden, festival initialement conçu comme une tentative de synthèse de l’histoire musicale de la station thermale badoise au XIXe siècle, en évoquant les différentes figures historiques marquantes qui y ont séjourné, mais dont la programmation ressemble maintenant de plus en plus à une simple carte blanche laissée à Yannick Nézet‑Séguin. Sans doute faut‑il aussi déceler ici des considérations économiques, Deutsche Grammophon ayant pris l’habitude d’installer ses micros au Festspielhaus afin d’alimenter son catalogue discographique, ou du moins, à défaut d’un quelconque support physique, sa banque d’enregistrements, puisque le Requiem et la Messe en ut mineur de Mozart captés l’été dernier viennent tout juste de paraître, mais exclusivement en streaming et téléchargement. Une parution discrète, mais à l’écoute une bonne surprise, en particulier pour le Requiem, nettement plus abouti et présentable que ce que le concert donnait à entendre en salle. Preuve, s’il en fallait une, qu’avec quelques prises de secours sans public et un montage mené par une main experte, on parvient à rattraper bien des fragilités au cours d’une captation prétendument live.


Le ciblage de la manifestation demeure essentiellement centré sur le XIXe siècle, avec, surtout cette saison, des pièces romantiques du grand répertoire, mais qui ne sont finalement plus si couramment données, et moins encore ainsi rassemblées au cours d’un même concert, bientôt deux siècles étant venus rajouter depuis leurs propres strates au répertoire courant. Et comme d’habitude deux orchestres sont conviés, l’incontournable Orchestre de chambre d’Europe, et une formation de plus grande envergure, cette année l’Orchestre symphonique de Londres, la première phalange restant celle qui autorise au chef le plus d’expérimentations et de prises de risque, mais avec un bonheur variable.


On n’a pu assister cette année, pour des raisons d’agenda, ni au traditionnel concert de musique de chambre « Yannick Nézet‑Séguin and Friends » où le maestro canadien se produit volontiers au piano en compagnie de quelques amis musiciens, ni au second concert de l’Orchestre de chambre d’Europe (Ouverture d’Obéron de Weber, Quatre Concerto pour piano de Beethoven avec Alexandre Kantorow et « Grande » Symphonie en ut majeur de Schubert), mais le concert d’ouverture paraît déjà bien représentatif des points forts mais aussi des quelques points d’achoppement de ce festival. A noter que cette année, exceptionnellement, Yannick Nézet‑Séguin n’a pas eu assez de temps disponible pour travailler son instrument et a donc laissé sa place à Alexandre Kantorow pour le Second Quatuor avec piano de Dvorák, en se contentant d’être présent au cours du concert « Yannick Nézet‑Séguin and Friends » pour y commenter les œuvres jouées.


Ici, donc, on ne répète peut-être pas tant que cela, en comptant beaucoup sur le professionnalisme d’un orchestre de solistes. Ce qui mène à quelques déconvenues, notamment dans une Quatrième Symphonie « Italienne » de Mendelssohn qui se veut d’une luminosité turbulente typiquement méridionale mais à des tempi tellement vifs que même une phalange de cette trempe peut s’y trouver en difficulté. A ce degré de célérité, on pourrait de toute façon suggérer au chef de diriger avec une baguette, ce qui calerait peut‑être mieux les entrées, mais il est vrai qu’ici on cultive surtout une sorte de musique de chambre étendue à un gros effectif, ce qui reste passionnant, mais avec de vrais aléas, et de toute façon une adéquation à l’écriture de Mendelssohn, quand même avant tout symphonique, qui peut prêter à discussion.


Plus convaincante, une Huitième Symphonie « Inachevée » de Schubert très axée sur les affects mélodiques et les nuances, le chef ayant bien entendu tendance à faire un sort à chaque inflexion mais sans toutefois perdre de vue la ligne d’ensemble. Là, une très belle interprétation, dans une œuvre dont les formations symphoniques habituelles, avec leurs réflexes alourdis, commencent à perdre les bonnes clés de lecture.


Savoureuse friandise au milieu : le Premier Concerto pour clarinette de Weber, où les musiciens se mettent impeccablement à l’écoute de Romain Guyot, dont l’instrument aux sonorités particulières, boisées, un peu pincées (un rien de facture à l’ancienne, sans doute) déconcerte d’abord légèrement. Mais c’est là une musique tellement évidente, tantôt joyeuse, tantôt à peine mélancolique, qu’on ne peut que se laisser entraîner. Toujours à mains nues, Yannick Nézet‑Séguin accompagne comme il le ferait au piano, attentivement, mais sans jamais viser à une véritable perfection formelle. Ici, avant tout, on apprécie d’être ensemble et on essaie de faire de la bonne musique, en y parvenant heureusement souvent.



Laurent Barthel

 

 

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