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Le Verbier Festival Chamber Orchestra, vingt ans d’une aventure musicale unique Verbier Salle des Combins 07/18/2026 - Wolfgang Amadeus Mozart : Così fan tutte, K. 588 Johanna Wallroth (Fiordiligi), Rebecka Wallroth (Dorabella), Anna El‑Khashem (Despina), Giovanni Sala (Ferrando), Konstantin Krimmel (Guglielmo), Luca Pisaroni (Don Alfonso)
Chœur de l’Atelier Lyrique de la Verbier Festival Academy, Verbier Festival Chamber Orchestra, Gábor Takács-Nagy (direction)
John Fisher (continuo et mise en espace)

En ouvrant sa vingtième saison avec Così fan tutte de Mozart, l’Orchestre de chambre du Festival de Verbier (VFCO) célèbre un anniversaire symbolique. Vingt ans après sa création, l’ensemble est devenu l’un des piliers artistiques du Festival de Verbier et l’une des formations de chambre les plus prestigieuses d’Europe, réunissant d’anciens membres de l’Orchestre du Festival désormais titulaires dans les plus grandes phalanges internationales.
L’histoire du VFCO est indissociable de celle du Festival de Verbier lui‑même. Créée en 1994 par le Suédois Martin Engstroem, la manifestation a très tôt développé une ambitieuse mission pédagogique. Celle-ci se concrétise en 2000 avec la création du Verbier Festival Orchestra (VFO), orchestre‑école réunissant chaque été une centaine de jeunes musiciens venus du monde entier. Très vite apparaît une évidence : après plusieurs années de formation, nombre de ces instrumentistes obtiennent des postes permanents dans les formations les plus réputées. Le festival risquait ainsi de perdre cette exceptionnelle communauté musicale qu’il avait contribué à former. C’est dans ce contexte que Martin Engstroem prend, en 2005, la décision de créer un orchestre permanent composé exclusivement des meilleurs anciens du VFO. L’objectif est double : conserver les liens artistiques tissés au festival et disposer d’un ensemble professionnel capable d’aborder aussi bien le grand répertoire que l’opéra et l’accompagnement des solistes invités. La nouvelle formation entre en activité en 2006 sous le nom de « Verbier Festival Chamber Orchestra ». Le modèle imaginé à Verbier est unique. Les musiciens du VFCO exercent toute l’année dans les plus prestigieuses phalanges avant de se retrouver chaque été dans la célèbre station helvétique. Cette expérience collective explique l’extraordinaire homogénéité d’un ensemble qui conserve pourtant l’énergie et la spontanéité de la musique de chambre.
Pour donner une identité artistique forte à cette nouvelle phalange, Martin Engstroem fait appel au violoniste et chef hongrois Gábor Takács-Nagy, fondateur du célèbre Quatuor Takács et musicien unanimement reconnu pour son approche du répertoire classique et romantique. Sous sa direction, le VFCO développe immédiatement une sonorité singulière : transparence des textures, grande souplesse du phrasé et esprit chambriste, chaque musicien étant avant tout un soliste confirmé. Au fil des années, Gábor Takács-Nagy devient bien davantage qu’un chef invité. Il façonne le style de l’orchestre, accompagne plusieurs générations de musiciens et est aujourd’hui directeur musical de la formation. Cette année, il célèbre l’achèvement d’un ambitieux cycle Mozart‑Da Ponte avec Così fan tutte, après Don Giovanni en 2022 et Les Noces de Figaro en 2024.
En deux décennies, le VFCO a construit un répertoire extrêmement vaste. Mozart y occupe naturellement une place centrale, avec les grandes symphonies, les concertos pour piano et surtout, on l’a dit, les opéras de la trilogie Da Ponte, devenus de véritables événements du Festival de Verbier. Le classicisme viennois demeure l’un des fondements de son identité avec les symphonies de Haydn et Beethoven. Sous la baguette de Gábor Takács‑Nagy, l’orchestre s’est également illustré dans Schubert ainsi que dans Mendelssohn, Schumann, Dvořák, Tchaïkovski et Brahms. Le répertoire du XXe siècle n’est pas en reste, avec Bartók, Stravinski, Britten ou Prokofiev, toujours abordés avec cette même exigence de précision et de transparence sonore.
 (© Anne du Chastel)
Pour cette édition 2026 du Festival de Verbier, le VFCO a donc abordé Così fan tutte de Mozart, pour une unique représentation en version de concert, sous la baguette de Gábor Takács‑Nagy. La formation a fait preuve d’une indéniable clarté de textures, équilibrant à la perfection la transparence des bois et le mordant des cordes ; les attaques étaient d’une netteté absolue. Confié à John Fisher (qui signait aussi la mise en espace), le clavecin a apporté une fluidité narrative indispensable aux longs récitatifs. Fidèle à sa réputation, Gábor Takács‑Nagy a insufflé vitalité et énergie dès les premières mesures, optant pour des tempi globalement vifs et alertes, sans pour autant presser les chanteurs dans les grands airs. Le chef a bien su gérer la géométrie complexe des trios, quatuors et sextuors, maintenant un équilibre idéal entre les musiciens et les chanteurs.
La distribution vocale était parfaitement équilibrée et de très haute tenue. Dans le rôle de Fiordiligi, la soprano suédoise Johanna Wallroth a survolé les redoutables sauts d’octaves et les ornements de « Come scoglio » avec une assise technique impressionnante. Son timbre lumineux et charnu a apporté une belle introspection dramatique dans le second acte. Dans le rôle de Dorabella, Rebecka Wallroth – sœur de Johanna à la ville comme à la scène – a affiché un timbre chaud et ductile, qui a parfaitement rendu la nature plus changeante, passionnée et frivole de son personnage. En Ferrando, le ténor italien Giovanni Sala a fait preuve d’une superbe ligne de chant dans son air phare « Un’aura amorosa ». Capable de nuances subtiles et de demi‑teintes, il a incarné l’amant blessé avec une grande sensibilité poétique. Le Guglielmo de Konstantin Krimmel a captivé l’auditoire avec son émission vocale d’une projection insolente et son jeu scénique débordant d’arrogance puis de jalousie. Anna El‑Khashem a incarné une Despina pétillante et pleine d’esprit, sans jamais tomber dans la caricature vocale. Ses déguisements en médecin et en notaire ont offert de beaux moments de comédie. Luca Pisaroni a fait autorité en philosophe cynique mature. Sa diction impeccable et son autorité vocale ont guidé tout le plateau avec une ironie mordante, s’imposant comme le véritable maître du jeu de dupes. Le public ne s’y est pas trompé, qui a réservé une ovation à cette représentation de Così fan tutte.
Le site du Festival de Verbier
Claudio Poloni
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