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Le fantôme de Follies Strasbourg Opéra national du Rhin 06/07/2026 - et 8, 10*, 11, 12 (Strasbourg), 21, 23 (Mulhouse) juin 2026 Jule Styne : Gypsy Natalie Dessay (Rose), Neïma Naouri (Louise), Medya Zana (June), Daniel Njo Lobé (Herbie), Antoine Le Provost (Tulsa), Barbara Peroneille (Mazeppa), Lauren Van Kempen (Electra), Kate Combault (Tessie Tura), Juliette Sarre (Miss Cratchitt)
Maîtrise de l’Opéra national du Rhin, Orchestre philharmonique de Strasbourg, Matthew Straw (direction musicale)
Laurent Pelly (mise en scène, costumes), Lionel Hoche (chorégraphie), Massimo Troncanetti (scénographie), Marco Giusti (lumières)
 (© Klara Beck)
La saison 25/26 de l’Opéra national du Rhin, ainsi que le mandat d’Alain Perroux, devaient se conclure par une somptueuse production de Follies de Stephen Sondheim, musical brillant et nostalgique, créé à Broadway en 1971. Un projet très séduisant, mis en scène par Laurent Pelly, dirigé par David Charles Abell, grand spécialiste du genre, et qui aurait certainement réveillé des résonances particulières, ici à Strasbourg, dans une salle promise bientôt à la fermeture provisoire, voire à la démolition partielle, le temps de travaux de rénovation qui s’annoncent longs, si ce n’est déjà problématiques.
L’argument de Follies paraissait presque écrit exprès pour la circonstance : dans un Weismann Theatre voué à la destruction (un parking, bientôt, là où se trouvait la scène), un vieil imprésario réunit une dernière fois ses anciennes girls pour une soirée d’adieu. Deux couples dont les mariages se lézardent au fil de rancœurs trentenaires, et dont chaque protagoniste se voit flanqué d’un double juvénile qui hante le plateau et parfois danse en miroir avec son modèle vieilli. Une sorte de musée vivant de l’âge d’or de Broadway, où Sondheim règle ses comptes avec l’héritage au fil de numéros tous plus tendres et nostalgiques les uns que les autres. Et la distribution annoncée promettait beaucoup, reproduisant habilement la fracture entre deux générations : celle de prestigieux aînés, Natalie Dessay (Sally), Josefina Gabrielle (Phyllis), Damian Humbley (Buddy), Ben Davis (Ben), Cheryl Studer en Heidi (succédant à Felicity Lott d’abord annoncée, mais déjà malade), en miroir avec un quatuor juvénile formé par Talia Mai, Léo Gabriel, Antoine Le Provost et Neïma Naouri en Young Phyllis...
Malheureusement, dès le mois d’octobre dernier, l’Opéra national du Rhin s’est vu contraint de renoncer, suite à trop de « difficultés pour rassembler les financements nécessaires », après le retrait du Théâtre du Châtelet de ce projet, par ailleurs coproduit avec le Grand Théâtre de Genève. Dès lors, c’est en 2028 qu’il faudra se rendre sur les bords du lac Léman, pour voir cette production de Follies, emmenée en quelque sorte là‑bas par Alain Perroux dans ses valises...
Amers regrets, non que le lot de substitution offert aux abonnés alsaciens soit médiocre, bien au contraire. Une mise en scène de Pelly remplacée par une autre, un projet Sondheim remplacé par un autre musical auquel le même Sondheim a participé aussi, même si ce n’est qu’à titre de parolier, un duo mère‑fille (Natalie Dessay-Neïma Naouri) habilement récupéré de l’affiche précédente... De l’art de se consoler, restons positifs, mais avec du réchauffé. Donc place à Gypsy, spectacle plus léger, déjà vu à Nancy puis à la Philharmonie de Paris, où il a déjà bénéficié d’un compte rendu exhaustif, auquel on voit peu de choses à ajouter.
Soulignons quand même au passage la séduisante performance sur scène de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg, souplement coaché par un jeune chef très dynamique. La musique de Jule Styne, talent relativement oublié, sonne bien, avec peut‑être une brillance un peu trop uniforme liée à une orchestration très cuivrée, et les numéros s’enchaînent sans ennui. Dispositif scénique pauvre, presque sans décor, les musiciens prenant beaucoup de place sur le plateau, ce qui laisse peu d’espace de jeu ; alternance un rien agaçante au début entre le français des dialogues parlés et un anglais plus authentique pour les parties chantées, mais à laquelle on parvient à s’habituer ; et puis assez généralement dans la mise en scène et la chorégraphie un certain manque d’élasticité, de pugnacité sur le rythme, d’impact motorique typiquement Broadway, style particulier qui paraît correctement géré mais dont la restitution reste un rien lymphatique. La faute sans doute aussi à la Rose de Natalie Dessay, personnage pivot qui manque de fermeté et d’ampleur, surtout parce qu’il chante encore trop joliment, alors qu’il faudrait ici bien davantage de tripes et d’aptitude aux coups de gueule. Prestation au demeurant respectable, et valorisée bien sûr, dans cette composition de mère possessive voire odieuse à certains moments, par un partenariat idéal avec l’attachante et plus fragile Neïma Naouri, propre fille de Nathalie Dessay, mise en abyme de fait vertigineuse.
Soirée séduisante, donc, et même franchement drôle parfois (un fantastique numéro de stripteaseuses callipyges format Botero, d’une vulgarité absolument réjouissante, en tout cas typique d’un genre qui ne fait pas toujours dans la dentelle), mais, décidément, que de regrets...
Laurent Barthel
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