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Labour of love

München
Herkulessaal
06/18/2026 -  et 19 (München), 21 (Ottobeuren) juin 2026
Edward Elgar : The Dream of Gerontius, opus 38
Nicky Spence (Gerontius), Alice Coote (Angel), Lester Lynch (Priest, Angel of the Agony)
Chor des Bayerischen Rundfunks, Peter Dijkstra (chef de chœur), Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, Sir Simon Rattle (direction)


N. Spence, S. Rattle, A. Coote, L. Lynch
(© Bayerische Rundfunk/Astrid Ackermann)


Lors de la traditionnelle conférence de presse de l’an dernier, Sir Simon Rattle avait exprimé sa surprise que ce Le Rêve de Géronte, un chef‑d’œuvre aussi central dans le répertoire anglais, soit aussi peu donné sur le continent.


Le Prélude déploie une orchestration dont les couleurs évoquent un instant Parsifal, avant qu’Elgar n’affirme très vite sa voix propre. Rattle en souligne la double nature : mystère intérieur et ampleur narrative, sans jamais dissoudre l’un dans l’autre. Le soin apporté aux pupitres graves, altos et violoncelles, et la finesse des bois comme lors du duo de clarinettes ouvrant la seconde partie, qui rappelle par la couleur et l’esprit les Sea Pictures, témoignent d’une connaissance intime de la partition. L’Orchestre de la Radio bavaroise est en pleine forme, équilibre et dynamique maîtrisés, musiciens manifestement inspirés par une direction qui ne se relâche à aucun moment.


Dans le rôle-titre, Nicky Spence impose une présence et une expression dramatique constantes, le timbre projetant sans effort à travers l’espace du Herkulessaal. Lester Lynch dispose d’un volume et d’une puissance indéniables, et la conclusion de la première partie a une belle ampleur bien structurée ; davantage d’intériorité dans le traitement du texte, un jeu plus attentif sur les mots, lui permettraient d’accéder à la pleine dimension du rôle. Alice Coote déçoit un peu, non par défaut de moyens – les notes sont là, y compris un la aigu bien projeté – mais parce que le cantabile, l’intériorité et l’expression restent en retrait par rapport à ce que ce rôle exceptionnel peut révéler à une grande mezzo.


Les grands triomphateurs de la soirée sont sans conteste les artistes du Chœur de la Radio bavaroise, préparé par Peter Dijkstra : dynamique, clarté du texte, couleur, précision des attaques, rien ne manque. A nouveau, il y a des chœurs remarquables en Allemagne mais celui‑ci est de loin simplement exceptionnel.


Silence et concentration du public à l’issue d’une œuvre qui aura été, comme Le Radeau de la Méduse de Henze plus tôt dans la saison, l’une des grandes révélations d’une programmation qui n’a pas craint de sortir des sentiers battus.



Antoine Lévy-Leboyer

 

 

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