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Un chef-d’œuvre magnifiquement servi Paris Philharmonie 06/12/2026 - Benjamin Britten: War Requiem, opus 66 Elena Stikhina (soprano), Julien Behr (ténor), Florian Boesch (baryton)
Maîtrise de Radio France, Chœur de Radio France, Sofi Jeannin (cheffe de chœur), Philharmonique de Radio France, Mirga Grazinytė‑Tyla (direction)
 M. Grazinytė‑Tyla (© Benjamin Ealovega)
En cette année du cinquantenaire de la disparition du compositeur anglais Benjamin Britten (1913‑1976), place à l’un de ses chefs‑d’œuvre le War Requiem. Pour l’occasion Mirga Grazinytė‑Tyla, ancienne directrice de l’Orchestre symphonique de Birmingham (2016‑2022), qui a créé l’œuvre, est au pupitre. Elle anticipe ainsi son mandat de première cheffe invitée du Philharmonique de Radio France qui débutera en septembre.
On sait la chef lituanienne familière de l’œuvre de Britten, qu’elle a souvent dirigée et qu’elle donnera en décembre prochain avec l’Orchestre philharmonique de Vienne. Sa conception est transparente, architecturée et passionnée. Sa direction est ferme et efficace, frôlant parfois la rigidité, mais éclaire le discours musical, qui est d’une grande complexité. Les tempi plutôt retenus sont assumés, comme le sont de magnifiques nuances extrêmes, et elle installe un bel équilibre entre l’orchestre principal mené par Nathan Mierdl et l’orchestre de chambre placé à sa droite et mené par Ji‑Yoon Park. Le Philharmonique de Radio France est égal à lui‑même, excellent en tout point et sans faiblesse.
La soprano russe Elena Stikhina, placée dans les gradins aux côtés du chœur, a la voix belle et puissante qui convient à ses interventions. Le ténor Julien Behr, un peu réservé au début, possède lui aussi la voix et le chant raffiné qui conviennent. Peut‑être aurait‑on aimé une émotion plus perceptible dans l’Agnus Dei, durant lequel il dialogue avec le chœur. Le baryton autrichien Florian Boesch, grand diseur, fait preuve d’un métier à toutes épreuves dans une partition qui le sollicite beaucoup. Il possède les graves qu’il faut et sait nuancer les sons dans l’aigu. Dans le passage final, son chant retenu va directement au cœur.
Le Chœur de Radio France, préparé par Sofi Jeannin, qui fut directrice musicale de l’ensemble de 2015 à 2018, est apparu en très grande forme. Il nuance magnifiquement, notamment les trois passages a cappella qui parcourent l’œuvre. Mirga Grazinytė‑Tyla demande aux chanteurs de faire durer les consonnes terminales en bouche fermée, ce qui produit un bel effet. Il est brillant dans le triomphal Sanctus qui fait tant penser à Monteverdi mais on le perd un peu dans l’extraordinaire Libera me final durant lequel l’orchestre est déchaîné. Mirga Grazinytė‑Tyla donne beaucoup d’entrées au chœur, le sollicite avec intensité, en un mot s’en occupe, ce qui n’est pas le cas de tous les chefs d’orchestre. On sait qu’elle a étudié la direction de chœur auprès du grand chef de chœur viennois Johannes Prinz.
La Maîtrise de Radio France, placée en deux endroits différents hors scène, est au taquet. Le son, nettement dominé par les voix féminines, n’est sans doute pas tout à fait celui qu’on attend – on avoue préférer ici des voix de garçons – mais la mise en place est impeccable comme l’intonation. On se demande même si un peu de fragilité n’aurait pas mieux servi ces interventions.
Le public, venu nombreux, écoute dans un silence religieux cette œuvre fascinante d’une brûlante actualité et qui va bien au‑delà de la musique et de la poésie. On était sans aucun doute ce soir au niveau de Daniel Harding en 2019. Et l’on se réjouit de voir une belle entente entre le Philharmonique de Radio France, sa nouvelle cheffe invitée et le Chœur de Radio France. On sait que Mirga Grazinytė‑Tyla aime aussi diriger des œuvres chorales rares et l’on se plait à rêver à Paris d’une Troisième Symphonie « Chant de la nuit » de Szymanowski ou d’une Cantata profana de Bartók.
Gilles Lesur
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