|
Back
Turandot 2.0 München Nationaltheater 06/06/2026 - et 9, 14, 17, 30 juin, 3, 6 juillet 2026 Giacomo Puccini : Turandot Jonas Kaufmann*/Yonghoon Lee (Calaf), Olga Maslova*/Sondra Radvanovsky (Turandot), Ermonela Jaho*/Golda Schultz (Liù), Dmitry Ulyanov*/Christian Van Horn (Timur), Armand Rabot*/Vitor Bispo (Ping), Tansel Akzeybek (Pang), Samuel Stopford (Pong, Il principe di Persia), Kevin Conners (L’empereur Altoum), Bálint Szabó (Un mandarino)
Bayerischer Staatsopernchor, Christoph Heil (chef de chœur), Bayerisches Staatsorchester, Henrik Nánási*/Andrea Battistoni (direction musicale)
Carlus Padrissa/La Fura dels Baus (mise en scène), Roland Olbeter (décors), Chu Uroz (costumes), Franc Aleu (vidéo), Urs Schönebaum (lumières)
 (© Geoffroy Schied)
Comme c’est souvent le cas, l’Opéra d’Etat de Bavière prépare durant le mois de juin le festival, qui s’ouvrira le 18 avec La Walkyrie. C’est une période où l’on retrouve des reprises bien rodées, habituellement une Traviata ou un Enlèvement au sérail. Le niveau musical n’en pâtit cependant pas. Dans L’Enlèvement, Regula Mühlemann a fait des débuts remarqués dans le rôle de Constance et cette Turandot réunit une distribution alléchante.
Henrik Nánási remplace Zubin Mehta au pupitre. La soirée inaugure la reprise, et cela s’entend par endroits. L’attaque des chœurs manque d’aplomb, le souffleur est assez audible. Mais dès l’air de Liù, au premier acte, on ressent un véritable travail de qualité. L’orchestre accompagne les chanteurs avec un soin réel. Dans cette même salle, la nouvelle production de Tosca mi‑2024 avait été une avalanche de décibels. Nánási fait ressortir la modernité de la partition sans une recherche de puissance inutile et délivre une superbe prestation.
La production de Carlus Padrissa et de La Fura dels Baus remonte à 2011. Elle s’arrête à la mort de Liù, là où Puccini a interrompu sa partition. Le dernier mot revient à Timur, plein de retenue. Nul « tout est bien qui finit bien », nul triomphe amoureux un peu macho, c’est une conception qui a du sens.
Le spectacle mérite son nom. Acrobates, patineuses, vidéos, projections en relief : le public doit mettre par moments des lunettes rouges et bleues pour voir des projections 3D. Cette accumulation d’attractions vise sans doute un public jeune, mais il y a de vraies trouvailles visuelles : la perspective qui clôt le premier acte ; les lumières rouges et les noirs qui ouvrent le troisième. Les lunettes n’ajoutent pas grand‑chose ; le sujet, lui, est traité avec modernité et efficacité.
Jonas Kaufmann en Calaf est sans nul doute un des attractions de ces représentations. Il a pris le rôle à Munich en 2022. Le phrasé reste superbe et le soin au texte intact. Le timbre, en revanche, est plus sombre et le volume est moindre. Voici un baryton expressif, capable d’atteindre de hautes notes mais plus vraiment un ténor classique. Le temps commence probablement à se faire un peu sentir.
Olga Maslova bâtit une carrière sur le rôle‑titre. La raison s’entend. La voix a du focus et de la puissance, et la ligne demeure soignée : la force ne dispense jamais du phrasé. Ermonela Jaho compose une Liù superbe, capable de toucher et d’émouvoir. Ses aigus filés en pianissimo, d’une grande beauté, marquent la soirée. Autour d’eux, les trois masques et les rôles secondaires reviennent à la troupe et à l’Opernstudio de la maison.
Une belle reprise de fin de saison, un spectacle qui vaut le déplacement, mais pas besoin de lunettes...
Antoine Lévy-Leboyer
|