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Phénoménal Paris Philharmonie 06/02/2026 - Ludwig van Beethoven : Concerto pour piano n° 4 en sol majeur, opus 58
Gustav Mahler : Symphonie n° 6 en la mineur Alexandre Kantorow (piano)
Orchestre national du Capitole de Toulouse, Tarmo Peltokoski (direction)
 T. Peltokoski (© Romain Alcaraz)
La venue régulière à Paris de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse est un moment toujours attendu de la saison symphonique parisienne. Au programme ce soir un concerto avec la nouvelle star du piano français Alexandre Kantorow et la Sixième Symphonie de Mahler, un compositeur de prédilection pour le jeune chef finlandais Tarmo Peltokoski, désormais directeur musical de l’ensemble toulousain depuis septembre dernier.
L’introduction au piano qui débute de manière si atypique ce Quatrième Concerto est magnifique. Mais les premiers traits de l’orchestre sont un peu imprécis avec quelques décalages mineurs, même si chacun retrouve très rapidement ses marques. L’effectif est allégé, ce dont témoigne la présence de quatre contrebasses seulement. La lecture est sobre mais efficace, les tempi sont raisonnables, le dialogue dans le mouvement lent est poignant, il n’y pas d’excès de timbales (malgré l’utilisation d’instruments d’époque) dans le dernier mouvement. En somme une interprétation traditionnelle mais aucunement ennuyeuse. On entend tout du piano comme de l’orchestre dans un équilibre souverain témoignant d’une évidente complicité. Alexandre Kantorow est égal à lui‑même : précis, efficace et juste dans son approche. En bis, le premier des Intermezzi opus 117 de Brahms déçoit un peu alors que le Vers la flamme de Scriabine convient mieux au tempérament du pianiste français.
Après l’entracte, place au monument qu’est la Sixième Symphonie de Mahler, une pièce qui occupe parfois à elle seule un concert. L’orchestre est ici en très grand effectif avec notamment huit contrebasses et cors, les bois par cinq, six trompettes, quatre trombones, deux harpes et un célesta. Quant aux deux timbaliers, ils sont entourés de quatre percussionnistes, notamment pour les coups de marteau du final et pour les cloches de vaches entendues à plusieurs reprises sur scène ou en arrière‑scène.
L’exécution est véritablement phénoménale avec une tension jamais relâchée et un soutien constant de la ligne, deux qualités essentielles pour diriger cette musique. La puissance est également au rendez‑vous mais elle est toujours canalisée, évitant les excès dans lesquels tombent parfois certains chefs. L’orchestre est somptueux, investi sur chaque note, prenant des risques mais sans aucun dérapage et fait constamment corps. Le pupitre de contrebasses, souvent gâté par Mahler, est particulièrement remarquable. Il en est de même pour ce qui concerne les cuivres, les bois et les deux timbaliers unis dans la précision et l’engagement. Tarmo Peltokoski nous emmène avec lui grâce à un investissement de chaque seconde et une direction d’une redoutable efficacité et précision. L’Allegro energico initial, véritable marche funèbre, avance inexorablement, le scherzo, joué ce soir en deuxième place, est plus sarcastique que jamais, l’Andante moderato flirte poétiquement avec la musique de la seconde Ecole de Vienne avant que le très long cataclysme final n’emporte tout sur son passage. Cette lecture âpre, sensible, investie et puissante, mais pas débridée, est bien celle d’un très grand chef qui, à 26 ans, semble avoir compris comment diriger la musique de Mahler. On se plaît à rêver dans cette belle acoustique parisienne d’une prochaine Symphonie des Mille que Tarmo Peltokoski a déjà à son répertoire.
A la fin du concert, l’accueil triomphal fait au chef finlandais par l’orchestre, qui refuse longuement de se lever pour le laisser saluer, témoigne de l’admiration des musiciens. Il se dit pourtant qu’il va réduire sa présence à Toulouse. Quel dommage ce serait pour cet orchestre de niveau international, qui mérite un chef investi dans le temps. Il est vrai que Tarmo Peltokoski vient de prendre la direction de l’Orchestre philharmonique de Hong Kong, qui se produit dans une magnifique salle de concert pendant que Toulouse attend toujours un auditorium digne de son magnifique orchestre.
Nul doute que cette exceptionnelle Sixième de Mahler, qui sera donnée en tournée du 6 au 13 juin va séduire le public japonais comme les publics toulousain et parisien.
Gilles Lesur
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