About us / Contact

The Classical Music Network

Antwerp

Europe : Paris, Londn, Zurich, Geneva, Strasbourg, Bruxelles, Gent
America : New York, San Francisco, Montreal                       WORLD


Newsletter
Your email :

 

Back

Une impression mitigée

Antwerp
Opera Vlaanderen
05/29/2026 -  et 31* mai, 2, 3, 5, 7, 9, 10, 12, 13 (Antwerpen), 20, 21, 23, 25, 26, 28 (Brugge) juin 2026
Georges Bizet : Carmen
Raehann Bryce-Davis/Josy Santos* (Carmen), Joel Prieto/Kyungho Kim* (Don José), Sakhiwe Mkosana/Leon Kosavic* (Escamillo), Maeve Höglund/Sarah Yang* (Micaëla), Samson Setu (Zuniga), Leander Carlier (Moralès), Sawako Kayaki (Frasquita), Zofia Hanna (Mercédès), Maxime Melnik (Le Dancaïre), Emanuel Tomljenovic (Le Remendado), Anar Baghirov (Andrès), Thierry Vallier (Un bohémien), Bea Desmet (Une marchande)
Koor Opera Ballet Vlaanderen, Kinderkoor Opera Ballet Vlaanderen, Jan Schweiger (chef des chœurs), Symfonisch Orkest Opera Ballet Vlaanderen, Keren Kagarlitsky (direction musicale)
Wim Vandekeybus (mise en scène, chorégraphie), Sylvie Olivé (chorégraphie), Isabelle Lhoas (costumes), Nicolas Olivier (lumières)


(© Danny Willems)


Déjà, le début, avant même le Prélude, laisse sceptique. Des personnages taillent une paroi pierreuse, puis une horde d’êtres sauvages s’en dégage et entame une chorégraphie extatique, bruits compris, avec, parmi eux, un colosse noir de peau, adoptant de façon assez malencontreuse une démarche qui fait penser à celle d’un gorille. Ce dernier revient régulièrement, en particulier à la fin, et il est possible que ce soit le taureau auquel doit se confronter Escamillo. C’est Wim Vandekeybus, danseur et chorégraphe, qui met en scène cette Carmen (1875), en intégrant le corps de ballet de l’Opéra des Flandres, des danseurs évoluant presque tout le temps sur le plateau, en plus des solistes et des choristes. La chorégraphie, un élément essentiel de cette production, crée quelques beaux tableaux et produit parfois des effets dramatiques et esthétiques plutôt intéressants, mais elle tend à détourner l’attention sur les personnages principaux, et surtout elle demeure souvent superflue, voire artificielle, et même agaçante. Ajouter de la chorégraphie à l’opéra est devenu une nouvelle mode, comme l’utilisation de la vidéo, avec des bonheurs divers. Heureusement, la direction d’acteur n’a pas été négligée, même s’il s’agit de la première mise en scène d’opéra du chorégraphe.


Mais où a lieu l’action ? Et quelles sont les intentions ? C’est que tout cela est mystérieux, et mal défini. Cela se passe dans un lieu indéterminé, rocheux et désertique, mais les costumes suggèrent que cela se déroule à notre époque, ou même dans le futur, à moins que cela soit aussi dans le passé, certaines tenues à la fin suggérant, quand même, une certaine idée de l’Espagne, ainsi que les lumières. Mais cette mise en scène se situe dans un entre‑deux qui la rend, en fin de compte, insignifiante : ni radicale, au contraire de la Carmen de Tcherniakov, par exemple, ni banale, ni provocatrice, ni consensuelle, ni laide, ni belle. Elle finit surtout par susciter assez vite, et déjà dans la première partie, un certain ennui, voire de la lassitude, et même de l’indifférence, bien qu’elle comporte toutefois quelques bruitages malvenus, comme s’il agissait de faire moderne à tout prix. Nous n’avons tout simplement pas été convaincu par cette proposition.


La distribution, double pour les quatre rôles principaux, laisse également une impression mitigée. Les prestations vocales peinent à rehausser l’intérêt de cette production, et elles sont même entachées d’une prononciation française de qualité variable, plutôt médiocre. Reste l’engagement scénique, comme d’habitude à l’Opéra des Flandres. La Carmen de Josy Santos constitue un solide atout dans cette production, ce qui est la moindre des choses pour le rôle‑titre. La mezzo‑soprano possède le physique qui convient, une forte présence, le déhanché, l’insolence, sans tomber dans la caricature, ainsi que la voix du rôle, corsée, expressive, avec de solides graves, sans que le chant se hisse pour autant à un niveau exceptionnel. Kyungho Kim incarne Don José d’une façon intérieure, le personnage paraissant terne, peu expressif. Le rôle dépasse manifestement les moyens du ténor dont le chant, monotone, semble sous tension. Leon Kosavic répond mieux aux attentes, en Escamillo, par l’allure et le chant, mais Sarah Yan ne parvient pas tout à fait à rendre le charme et la délicatesse de Micaëla, malgré de belles envolées lyriques. Les autres plus petits rôles sont assez correctement tenus, et certains chanteurs se distinguent, comme le Dancaïre de Maxime Melnike, le Zuniga de Samson Setu, le duo formé par la Frasquita de Sawako Kayaki et la Mercédès de Zofia Hanna.


Cette production prouve, en tout cas, que l’Opéra des Flandres héberge non seulement un excellent corps de ballet, mais aussi un tout aussi excellent chœur, tous deux pleinement engagés, et renforcés pour cette longue de série de représentations, à Anvers, puis à Bruges, l’opéra de Gand étant en travaux, par de jeunes choristes qui soignent leur partie et apportent une fraîcheur et une spontanéité qui fait tout de même plaisir à voir et à entendre. La direction musicale procure en revanche de nombreuses satisfactions, bien que cela ne suffise pas à justifier le déplacement. Sous la direction de Keren Kagarlitsky, l’orchestre joue avec vigueur et caractère la musique de Bizet, en révèle les couleurs, la puissance dramatique et expressive, dans une exécution de qualité constante, maîtrisée et cohérente. Le public accorde une ovation debout aux artistes lors des saluts, mais il s’agit d’une pratique systématique à l’Opéra des Flandres, et pas vraiment justifiée, selon nous, cette fois‑ci.



Sébastien Foucart

 

 

Copyright ©ConcertoNet.com