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Ferveur pesante

Paris
Philharmonie
05/30/2026 -  
Giuseppe Verdi : Messa da Requiem
Eleonora Buratto (soprano), Elīna Garanca (mezzo), Benjamin Bernheim (ténor), Riccardo Zanellato (basse)
Chœur de l’Orchestre de Paris, Richard Wilberforce (chef de chœur), Sächsische Staatskapelle Dresden, Daniele Gatti (direction)


D. Gatti (© Anne Dokter)


A force de le décaper, Gianandrea Noseda avait asséché le Requiem de Verdi (voir ici). Son compatriote Daniele Gatti prend le parti inverse et propose une lecture pleine de cette ferveur qui lui manquait cruellement. La direction est aussi très imagée, crée des climats, de stupeur ou d’espérance – le « Lacrymosa » relève du thrène. Toute la dimension opératique de la partition resurgit ici, avec une extrême attention aux mots du texte, le chef imposant parfois au chœur de les chuchoter plutôt que de les chanter, dans le senza misura au début du Libera me par exemple. On admire la maîtrise de la partition, la mise en valeur de ses détails – tel pizzicato des contrebasses sonne comme un glas. Il est vrai qu’il peut tout demander aux pupitres de son orchestre saxon, à commencer par les violons, d’une précision ailée pour le « Benedictus ». La ferveur va néanmoins de pair avec une certaine lourdeur, qu’on ne risquait pas de reprocher à Noseda : elle tient moins à l’ampleur de certains tempi qu’à la pesanteur du geste lui‑même, notamment dans le Sanctushttps://www.concertonet.com/scripts/review.php?ID_review=17528– n’est pas Giulini qui veut. Un défaut souvent observé chez Daniele Gatti.


Le Chœur de l’Orchestre de Paris se distingue, mais les solistes s’avèrent inégaux. Eleonora Buratto est le spinto qu’exige la partition, créée par Teresa Stolz, vedette des premières italiennes de Don Carlos, La Force du destin et Aïda. La voix de la soprano est longue, avec un médium et un grave charnus, une certaine tendance à bouger aussi, la ligne est sûre, on regrette seulement qu’elle n’irradie pas davantage et néglige de chanter pianissimo le si bémol aigu du Libera me. Elīna Garanca, elle, domine tout le monde, par la splendeur du timbre, l’homogénéité de la tessiture, le naturel de l’émission, la beauté du phrasé : du grand art. Benjamin Bernheim tend dangereusement sa quinte aiguë, comme on l’a déjà observé ailleurs, poussant trop son « Ingemisco », mais, toujours stylé, sait chanter dolcissimo et sans détimbrer le Hostias et preces de l’Offertoire. Riccardo Zanellato, en revanche, manque de puissance et pèche parfois par une justesse approximative, plus à l’aise avec l’oraison qu’avec la profération, assez pâle au fond, fatigué peut‑être.



Didier van Moere

 

 

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