|
Back
Gatti l’orfèvre Paris Philharmonie 05/29/2026 - et 14, 15, 16 (Dresden), 23 (Wien), 27 (Essen) mai, 1er (Frankurt), 2 (Hamburg) juin 2026 Richard Wagner : Die Meistersinger von Nürnberg : Prélude de l’acte I – Tristan und Isolde : Prélude et Mort d’Isolde
Camille Saint-Saëns : Concerto pour violoncelle n° 1 en la mineur, opus 33
Claude Debussy : La Mer Gautier Capuçon (violoncelle)
Sächsische Staatskapelle Dresden, Daniele Gatti (direction)
 D. Gatti (© Markenfotografie)
Le plus vieil orchestre européen, la Sächsische Staatskapelle de Dresde, est en tournée européenne : après Vienne et Essen, et avant Francfort et Hambourg, Paris l’accueillait pour l’un des deux programmes symphoniques de cette tournée, associant Wagner, Saint‑Saëns et Debussy. Au pupitre, le chef italien Daniele Gatti, en charge de la destinée de cet orchestre depuis 2024 et qui dirige également lors de cette tournée la Messa da Requiem de Verdi à Barcelone, Madrid, Vienne, Paris, Hambourg et Prague.
Le Prélude des Maîtres chanteurs de Nuremberg qui débute ce concert est un choc. L’orchestre révèle d’emblée toutes ses immenses qualités : beauté absolue du son, plénitude sonore des cordes, cuivres élégants et précis, bois lumineux et chantants (avec ces fameux bassons allemands), mise en place au cordeau, écoute collective, perfection formelle, capacité de nuancer. Toute la musique ressort avec une transparence soulignée par la direction d’orfèvre de Daniel Gatti, qui évoque par moments celle de Lorin Maazel. Résultat : un Wagner qui sonne léger et lumineux mais en conservant son corps. Un début de concert parfait.
L’ambiance est différente avec le Premier Concerto pour violoncelle de Saint‑Saëns, une pièce courte composée de trois mouvements enchaînés qui dégage une élégance et une luminosité toute française. Le violoncelle de Gautier Capuçon chante, sautille, frétille et l’œuvre lui permet de briller sur toute l’étendue de la tessiture. Rien ne perturbe une exécution virtuose d’une grande précision rythmique sauf la bruyante rupture d’une corde d’une des deux harpes du fait de la chaleur. L’entente du violoncelliste français avec l’orchestre saxon est telle qu’en bis, il rejoint les huit violoncellistes de l’orchestre pour jouer un arrangement de Jérôme Ducros du Duo des fleurs de Lakmé de Léo Délibes. Succès garanti, même si la pièce semble un peu tourner en rond vers sa fin.
Après l’entracte, place à La Mer, une pièce souvent dirigée par Daniele Gatti quand il était directeur musical de l’Orchestre national de France entre 2008 et 2016. On avoue avoir préféré la deuxième (« Jeux de vagues ») et la troisième (« Dialogue du vent et de la mer ») de ces « Esquisses symphoniques » à la première (« De l’aube à midi sur la mer »), sans doute prise un peu trop lentement. Les harpes désormais réparées sont très mises en valeur par Daniele Gatti dès le début de l’œuvre. Tout ici chante avec naturel, les cuivres sont précis sans jamais s’imposer, les cordes ont une couleur presque mordorée qui touche. L’écoute interne s’entend à chaque seconde et la musique circule au sein de l’orchestre. Daniele Gatti sculpte chaque temps, chaque transition, chaque intervention avec l’expertise d’un bâtisseur de sons. La toute fin du dernier mouvement est véritablement fulgurant et d’une précision à couper le souffle. Impressionnant.
Retour à Wagner pour finir en pure extase ce concert hors du commun. Avec un tel orchestre, le Prélude de Tristan est tout simplement miraculeux. Le début dans un pianissimo hors du temps, les accords des vents parfaitement synchrones ont l’effet saisissant attendu. La conduite du crescendo est impressionnante jusqu’à l’extase finale et ses deux pizzicati que certains suppriment avant de poursuivre avec la Mort d’Isolde immédiatement enchaînée. Ici aussi la plénitude sonore, l’équilibre des timbres et des pupitres, la beauté diaphane des cordes, la puissance de l’assisse grave font merveille.
Saisissant orchestre, réalisation parfaite (à tel point qu’un enregistrement aurait pu être fait sans qu’aucune reprise ne soit nécessaire), direction d’orfèvre, osmose fascinante entre ce chef italien et cet orchestre allemand qu’on rêve d’entendre à nouveau dans cette belle acoustique. On se souvient que c’est avec cet orchestre hors du commun (et qui le reste) que Carlos Kleiber avait souhaité enregistrer Tristan et Isolde et Herbert von Karajan Les Maîtres chanteurs. Cet ensemble décidément unique sera à nouveau à Paris avec son talentueux directeur musical le 2 novembre prochain pour une Dixième Symphonie de Gustav Mahler à ne rater sous aucun prétexte.
Gilles Lesur
|