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Berlioz XXL Paris Philharmonie 05/22/2026 - Hector Berlioz : Grande Messe des morts, opus 5, H. 75 Pene Pati (ténor)
Chœurs de l’Opéra national de Paris, Ching‑Lien Wu (cheffe des chœurs), Orchestre de l’Opéra national de Paris, Philippe Jordan (direction)
 P. Jordan (© Michael Pöhn)
On sait que Philippe Jordan, ancien directeur musical de l’Opéra nationale de Paris (2009‑2021), aime Berlioz. On l’a ainsi vu au pupitre durant son mandat pour ici La Damnation de Faust et Les Troyens. Place ici à la Grande Messe des morts que le compositeur lui‑même plaçait au firmament de ses œuvres et qui ce soir a attiré un très large public dont Mme la ministre de la culture.
Philippe Jordan dirige avec la maîtrise et la clarté qu’on lui connaît. Il évite certains écueils, notamment dans les moments où les fanfares de cuivres sont spatialisées, mais curieusement pas dans d’autres passages moins exposés où surviennent de micro‑décalages avec le chœur. Surtout, il dirige un Berlioz extraverti, voire pompier, caractère que certains de ses trop nombreux détracteurs (surtout en France) continuent de lui reprocher encore de nos jours. On avoue avoir été un peu déçu par l’orchestre de l’Opéra de Paris qui ne sort que trop rarement de sa zone de confort sauf peut‑être à la fin du Dies Iræ. Tout sonne beau, est naturellement en place mais on aimerait plus de caractérisation et d’investissement. Sans doute sent‑on désormais l’absence prolongée de directeur musical après le départ brutal de Gustavo Dudamel en 2023 et avant l’arrivée de Semyon Bychkov, prévue seulement en 2028.
Le chœur est ce soir en effectif raisonnable (environ 85 chanteurs), réparti en lignes, les hommes à cour, les femmes à jardin. La puissance est sans aucun doute au rendez‑vous, on sent qu’il a beaucoup de belles voix mais on entend aussi quelques voix éparses (notamment une basse dans les premiers rangs du chœur), ce qui est dommage. Si l’homogénéité a progressé depuis l’arrivée en 2021 de la cheffe de chœur franco-taïwanaise Ching‑Lien Wu, il reste encore du chemin pour se rapprocher des grands ensembles équivalents – on pense par exemple au Chœur de la Scala de Milan, qui, dans ce domaine comme dans d’autres, a fait d’énormes progrès depuis l’arrivée d’Alberto Malazzi. Et dans les nombreux tutti chantés fortissimo, on perd parfois l’harmonie tellement la puissance des voix empêche de l’apprécier. Le miraculeux Quid sum miser, confié aux seuls ténors (et au cor anglais), est chanté trop fort comme l’est également le magnifique a cappella Quærens me. Quel dommage, car ce sont parmi les moments les plus magiques de cette œuvre pleine de contrastes et qu’on ne saurait résumer à des tutti fracassants.
Pour le Sanctus, Pene Pati, le jeune chanteur samoan récemment fait chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres, était placé à jardin à côté d’une des fanfares au balcon de la reine. Cette belle idée sur le papier s’est avérée inopérante, le chant raffiné et subtil du ténor ne passant pas l’épreuve de la salle. Dommage, car le timbre est magnifique et le superbe legato adapté à ce passage souvent confié à juste titre à des ténors légers. Décidément, ce solo est un piège : ainsi, Mikko Franck, qui en 2018 avait sans doute mieux que Philippe Jordan trouvé la voix vers ce Requiem de Berlioz, s’était déjà heurté à cette difficulté.
Un Berlioz un peu décevant donc, et ce malgré les belles et grandes forces en présence et l’énergie volontaire de Philippe Jordan. Peut‑être le manque de familiarité de ces musiciens avec la salle Pierre Boulez n’a‑t‑elle pas aidé ?
Gilles Lesur
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