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Timbres succulents

Vienna
Musikverein
05/12/2026 -  et 13* mai 2026

12 mai 2026 – et 7, 8, 9 (München), 14 (Praha) mai 2026
Joseph Haydn : Symphonie n° 86, Hob. I:86
Ondrej Adámek : Where Are You
Johannes Brahms : Symphonie n° 4, opus 98

Magdalena Kozená (mezzo-soprano), Josy Friebel (régie son)


13 mai 2026 – et 10 (Nürnberg), 15 (Praha) mai 2026
Robert Schumann : Symphonie n° 2, opus 61
Igor Stravinsky : L’Oiseau de feu

Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, Sir Simon Rattle (direction)


S. Rattle (© Bayerische Rundfunk/Astrid Ackermann)


Cette tournée européenne condense deux programmes que Simon Rattle et son orchestre de Bavière défendent régulièrement), aussi à l’aise dans les œuvres du XXe siècle que dans celles du XIXe. La symphonie de Haydn, en revanche, malgré des phrasés finement dessinés, un deuxième mouvement à l’humour appuyé et un finale emporté à l’énergie, n’apporte rien de marquant. La conception épouse une voie médiane, propre à ne satisfaire ni les partisans du confort classique, ni les tenants de la rugosité baroque.


L’œuvre du compositeur tchèque Ondrej Adámek (né en 1979) Where Are You a été créée puis enregistrée par les mêmes interprètes. On ne s’étonne donc pas de l’insolente maîtrise des musiciens, qui naviguent à travers les arcanes de cette partition en quête du divin, véritable tour de Babel linguistique (araméen, sanskrit, tchèque, anglais, espagnol), alternant onomatopées et Sprechgesang, mêlant inserts folkloriques et envolées lyriques. Magdalena Kozená virevolte dans une performance qui fusionne expérience sensorielle et intellectuelle ; l’orchestre déploie une palette technicolor pour une dramaturgie de quarante minutes, aussi haletante qu’un moyen‑métrage cinématographique.


La Quatrième Symphonie de Brahms, après un début manquant curieusement d’aspérités, s’emballe rapidement, empruntant des tempi endiablés et se parant de teintes résolument Mitteleuropa ; couleurs saturées, timbres gaillards, alternances fugaces d’ombres et de lumières... N’est‑ce pas un peu Brahms qui joue à être Dvorák ? La Deuxième Symphonie de Schumann se révèle tout aussi vrombissante : c’est un véritable vent de folie organisée, irrigué de nuances tendues et nerveuses, mis en relief par des effets de projecteurs soudains. Rattle parvient à rendre intelligible et fringante l’orchestration subtile mais exigeante du compositeur, davantage par une différenciation des couleurs et des dynamiques que par un allégement des textures. C’est, en quelque sorte, la richesse du goût sans la lourdeur du gras.


Dernière incursion dans le XXe siècle, le ballet intégral de L’Oiseau de feu de Stravinsky regorge de couleurs et de lumières – souvent féerique et parfois sensuel, visant une narration sans temps mort, plus proche du poème symphonique que du ballet. Derrière l’agilité et le vif‑argent, on admire le ciselé des pupitres de la petite harmonie, la rutilance des cuivres et la vigueur des timbales.


Les plus grands orchestres ont la capacité de réunir des qualités jugées antithétiques ; l’Orchestre symphonique de la Radio bavaroise ne fait pas exception. S’il n’est peut‑être pas aussi immédiatement séducteur que d’autres phalanges misant sur le velours, la noirceur ou la transparence, il déploie des timbres succulents – flirtant parfois avec l’acidulé – et s’appuie sur des pupitres différenciés d’une précision tirée au cordeau, qui lui permettent de tout jouer avec une ferveur incomparable.



Dimitri Finker

 

 

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