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Un quatuor imaginaire et expérimental

Vienna
Konzerthaus
05/05/2026 -  
Wolfgang Amadeus Mozart : Quatuor avec piano n° 2, K. 493 : 2. Larghetto
Robert Schumann : Quatuor avec piano, opus 47 : 3. Andante cantabile
Richard Strauss : Quatuor avec piano , opus 13 : 1. Allegro
Anton Rubinstein : Quatuor avec piano, opus 66 : 3. Andante assai
Gustav Mahler : Klavierquartettsatz
Arnold Bax : Piano Quartet, in one movement

Afanasy Chupin (violon), Volker Jacobsen (alto), Kaori Yamagami (violoncelle), Alexander Melnikov (piano)


(© Molina Visuals)


Il fallait lire attentivement la notice du programme pour comprendre qu’il ne s’agissait pas ici d’une simple juxtaposition d’extraits, mais bien d’un « quatuor imaginaire » conçu par le violoniste Afanasy Chupin. Celui‑ci propose un parcours de plus d’un siècle de musique, structuré autour d’un centre de gravité géographique à prédominance viennoise. Le dispositif est stimulant : il autorise des rapprochements audacieux et offre l’occasion d’entendre un répertoire sortant des sentiers battus.


Dans les faits, les transitions fonctionnent souvent avec un bonheur inattendu. Le passage de Mozart à Schumann demeure certes une affaire de goût ; en revanche, la fin du mouvement de l’Opus 47 de Schumann, si intimement liée à son propre finale, introduit ici de manière étonnamment convaincante la fougue juvénile du Quatuor avec piano de Richard Strauss, en soulignant des affinités autant schumanniennes que brahmsiennes. Le retour en arrière chronologique avec la composition d’Anton Rubinstein – antérieure de près de vingt ans – se justifie pleinement par la progression stylistique, et ouvre à son tour une transition véritablement magique vers le Louvement de quatuor avec piano de Gustav Mahler. Cette page d’extrême jeunesse, écrite à 16 ans, impressionne par son intensité envoûtante et son pouvoir d’évocation, au point d’avoir été reprise au cinéma par Martin Scorsese. La rupture la plus nette intervient avec l’ouvrage d’Arnold Bax, composé près d’un demi‑siècle plus tard, qui déploie un langage plus hétérogène : un alliage singulier de romantisme tardif (des liens thématiques avec la pièce précédente de Mahler affleurent), d’inflexions folkloriques qu’un Bartók britannique aurait pu concevoir, et de superpositions harmoniques évoquant Charles Ives.


Ce flux continu d’environ une heure de musique n’est toutefois pas sans limites. La juxtaposition d’extraits privés de leur conclusion laisse en suspens des tensions qui ne trouvent pas toujours leur résolution, donnant par moments une impression d’inachèvement. L’interprétation, marquée par un usage parcimonieux du vibrato et une agogique volontairement retenue, évolue le plus souvent dans des demi‑teintes expressives ; il faut attendre Mahler, et dans une moindre mesure Bax, pour atteindre un sommet d’intensité clairement affirmé. Si les musiciens témoignent d’une qualité d’écoute et d’une cohésion indéniables, l’équilibre entre piano et cordes est loin d’atteindre la vitalité organique d’autres formations (comme nous le notions récemment, offrant une vision plus passionnée de l’Opus 13 de Strauss).


On salue ainsi l’intelligence de cette démarche exploratoire, même si l’impression globale est plus stimulante dans sa dimension intellectuelle qu’enthousiasmante sur le plan musical.



Dimitri Finker

 

 

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