|
Back
Nature, mythe et engagement Bruxelles Bozar, Salle Henry Le Bœuf 05/03/2026 - Bedrich Smetana : Má vlast Vltava
Fazıl Say : Mother Earth, opus 111
Jean Sibelius : Lemminkäinen, opus 22 Fazıl Say (piano)
Belgian National Orchestra, Michael Schønwandt (direction)
 F. Say (© Fethi Karaduman)
Nature, mythe et engagement : tels sont les fils conducteurs de ce concert de l’orchestre national. Sous la direction de Michael Schønwandt, les musiciens expriment toute la dimension évocatrice et hymnique de La Moldau (1874), dans une exécution fluide et majestueuse, détaillée et rayonnante, le chef veillant à rendre la texture légère et l’impulsion naturelle. Tout au plus certaines interventions des bois paraissent‑elles un peu trop puissantes parfois, mais les musiciens parviennent à développer des sonorités authentiques. L’orchestre devrait penser à jouer le cycle en entier, car les autres pièces en valent la peine.
Fazıl Say entre ensuite en scène pour la première exécution en Belgique de son Mother Earth (2023). Le programme indique qu’il s’agit d’un concerto pour piano, mais cette composition en sept parties relève plutôt du poème symphonique : une œuvre étonnante, engagée, imagée et qui, sur le plan sonore, se distingue un peu de ce qui se pratique aujourd’hui. Le pianiste a conçu à travers ces sept pièces, « Prélude », « Terre », « Forêt », « Interlude », « Mer », « Rivière » et « Postlude », une composition pour piano et grand orchestre afin de décrire les éléments naturels et l’impact des perturbations climatiques sur les phénomènes terrestres, les musiciens produisant des sons évocateurs de la nature : le vent, les vagues, les oiseaux, la pluie. Le langage demeure consonnant, expressif, direct, non sans quelques effets faciles, et cette musique alterne entre grandes masses sonores et passages plus transparents, moments de violence et plages contemplatives, pages élaborées et instants plus libres, comme improvisés. A la fin, nous entendons, au moyen de jeux sur les cordes, des sonorités orientales qui rappellent Black Earth, une pièce pour piano que Fazıl Say a jouée à Liège il y a deux ans. Le tout suscite de l’intérêt, par le ton, les couleurs, la forme. Le public semble en tout cas sensible au message de cet artiste fidèle à lui‑même et à qui de nombreux spectateurs accordent une ovation debout.
Les quatre légendes de Lemminkäinen (1895) occupent la seconde partie, une partition de grande envergure qui permet de prendre toute la mesure du métier très accompli de Michael Schønwandt, mais aussi de l’excellent niveau de l’orchestre. Le chef confère du relief et de la profondeur à cette œuvre splendide, dont la puissance narrative se détache avec netteté dans cette exécution aux intentions claires, et il ne sacrifie pas les détails au détriment de la forme. Il obtient de l’orchestre un jeu de toute beauté, d’une tenue constante, même à titre individuel, à l’instar du splendide cor anglais dans Le Cygne de Tuonela, mais aussi puissant et même émouvant par instants. Cette prestation rend d’une façon admirable le ton propre à chacune des quatre légendes, avec le souffle épique attendu. Une autre qualité émerge : la cohésion dont fait preuve l’orchestre qui a ainsi livré ce dimanche un concert accompli.
Sébastien Foucart
|