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Un, deux, trois Normandie Deauville (Salle Elie de Brignac-Arqana) 05/02/2026 - Johann Sebastian Bach : Suite pour violoncelle seul n° 2, BWV 1008
Gabriel Fauré : Sonate pour violon et piano n° 1 en la majeur, opus 13
Felix Mendelssohn : Trio avec piano n° 1 en ré mineur, opus 49 Bertrand Chamayou (piano), Renaud Capuçon (violon), Edgar Moreau (violoncelle)
 R. Capuçon, B. Chamayou, E. Moreau (© Stéphane Guy)
Pour le huitième et dernier concert du Festival de Pâques de Deauville, le directeur artistique, Yves Petit de Voize, a décidé, à l’instigation du maire Philippe Augier, de terminer l’édition 2026 par un sorte de feu d’artifice afin de fêter dignement les trois décennies du festival : trois compositeurs et trois œuvres étaient à l’affiche ainsi que trois artistes de trois générations différentes (sur les huit qui se sont succédé depuis le début du festival) mais ayant débuté sur la même côte normande puis développé d’importantes carrières internationales autonomes. Etaient en effet réunis le violoniste Renaud Capuçon (né en 1976), le pianiste Bertrand Chamayou (né en 1981) et le violoncelliste Edgar Moreau (né en 1994), artistes qui se connaissent bien pour avoir déjà joué ensemble et même enregistré un disque consacré à la musique de chambre de Camille Saint‑Saëns.
Avant de leur laisser la place, le directeur artistique a toutefois tenu à rappeler, une énième fois pour ceux qui l’ignoraient encore, l’histoire du festival, son origine et ses débuts, auxquels peu croyaient en dehors de l’adjoint à la culture de l’époque, rapidement devenu maire, Philippe Augier. Les musiciens étaient inconnus au départ et ils ne le sont pas restés longtemps s’est‑il félicité. Un ouvrage, essentiellement photographique, doublé d’un double album d’extraits musicaux enregistrés dans la salle Elie de Brignac, en témoigne d’ailleurs de façon éloquente.
Le maire a ensuite pris la parole pour prolonger le propos et évoquer une véritable « aventure ». Elle a permis de fédérer et de former de nombreux artistes. Non seulement les artistes doivent beaucoup à Yves Petit de Voize mais la ville aussi. Visiblement ému par tant d’années d’amitié, Philippe Augier a souhaité marquer sa reconnaissance en remettant au directeur artistique la médaille de la ville, chose qu’il n’avait pas eu l’occasion de faire depuis dix ans, pour se féliciter in fine que le festival poursuive sa route, sous la même direction, encore l’an prochain.
Edgar Moreau, découvert à Deauville en 2012, a alors entamé la Deuxième Suite pour violoncelle seul de Johann Sebastian Bach (1685‑1750) avec un Prélude un peu vide mais sans effets déplacés. L’Allemande est nettement plus convaincante. Le violoncelle y chante avec distinction. La Courante, nerveuse, paraît un peu brouillonne en regard mais la Sarabande qui suit est marquée par un raffinement de très haute tenue avant que les Menuets et la Gigue finale manifestent une gaité naturelle assez communicative sans que l’archet n’écrase rien. Ça ne racle jamais. Du très beau travail.
Après un artiste seul, on passe à deux. Ils arrivent sur scène pour la Première Sonate pour violon et piano (1877) de Gabriel Fauré (1845‑1924). Elle convient bien aux deux artistes, Renaud Capuçon et Bertrand Chamayou. La clarté et la distinction du premier comme le jeu virtuose et plein de finesse, voire espiègle dans le Scherzo, du second se marient à merveille. Il n’y a nulle baisse de tension et tout coule avec délicatesse.
Jamais deux artistes sans trois, non ? Edgar Moreau rejoint donc Renaud Capuçon et Bertrand Chamayou. Les qualités de ces deux derniers artistes se retrouvent pleinement dans le célèbre Premier Trio (1839) de Felix Mendelssohn (1809‑1847) qu’on avait entendu mais il y a déjà longtemps à Deauville (2009), sous d’autres doigts. Le premier mouvement est d’une fougue toute juvénile, l’Andante chante comme rarement, le Scherzo rappelle les Romances sans paroles, dont Bertrand Chamayou a laissé des enregistrements remarquables et le Final échevelé est sans cesse relancé par des artistes en parfaite symbiose. Le piano de Bertrand Chamayou est paré de couleurs infinies et d’une légèreté assez confondante. Un feu‑follet insaisissable. Le succès ne peut être dans ces conditions qu’au rendez‑vous et le public exceptionnellement très nombreux ce soir (mais pas toujours avertin à entendre les applaudissements systématiques entre les mouvements) obtient sans peine un bis, la reprise de l’Andante con moto tranquillo.
Mais auparavant les trois artistes auront souhaité indiquer ce que le festival signifiait en cet anniversaire pour eux. Renaud Capuçon a révélé qu’il connaissait Yves Petit de Voize depuis l’âge de 5 ans. Il a su l’accompagner, comme tant d’autres artistes et, surtout, faire « jouer » les musiciens. Le paysage musical français lui doit beaucoup. Mais, selon le violoniste, les compliments sont aussi à partager avec le maire, Philippe Augier, indéfectible soutien depuis tant d’années. Pour Bertrand Chamayou, qui a repris le micro, Deauville, est « constitutif de la personnalité » des jeunes qui en sont issus. Le festival a permis aux musiciens passés par la salle Elie de Brignac d’apprendre leur métier. Edgar Moreau en est ensuite d’accord. Le festival est maintenant « emblématique ».
Yves Petit de Voize, qui a rejoint les artistes à leur demande et sous les applaudissement nourris et chaleureux du public, peut alors lancer « A l’année prochaine ! », avant de se reprendre pour annoncer la suite : l’Août musical 2026. Ses huit concerts auront effectivement lieu, dans la même salle du 31 juillet au 8 août. Les programmes sont d’ores et déjà disponibles. On y repère notamment un concert, organisé dans le cadre d’une exposition consacrée, au centre culturel des Franciscaines, à Raoul Dufy (1877‑1953), grand amateur de concerts (qu’il a souvent peints) et dont le frère, Léon, figure de la scène musicale havraise, fut compositeur, et prévoyant de mettre en valeur des pièces de ce dernier ou appréciées par le peintre.
Stéphane Guy
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