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Une Ondine sans profondeur Leipzig Oper 04/30/2026 - Albert Lortzing : Undine Olena Tokar (Bertalda), Nattha Thammathi (Ritter Hugo von Ringstetten), Jonathan Michie (Kühleborn), Sejong Chang (Tobias), Kathrin Göring (Marthe), Sarah Traubel (Undine), Sven Hjörleifsson (Veit), Peter Dolinsek (Hans), Randall Jakobsh (Pater Heilmann)
Chor der Oper Leipzig, Thomas Eitler de Lint (chef de chœur), Gewandhausorchester, Yura Yang (direction musicale)
Tilmann Köhler (mise en scène), Karoly Risz (scénographie), Susanne Uhl (costumes), Michael Röger (lumières), Marlene Hahn (dramaturgie)
 O. Tokar (© Kirsten Nijhof)
Deuxième ville d’Allemagne de l’Est après Berlin, Leipzig ne manque pas d’atouts pour séduire le mélomane, de la renommée internationale de son orchestre du Gewandhaus aux réjouissances annuelles de la Bachfest (11‑26 juin). En ce printemps, outre les festivals A Cappella (1er‑9 mai) et Wagner (20‑25 mai), le deux cent vingt-cinquième anniversaire de la naissance d’Albert Lortzing (1801‑1851) est célébré en grande pompe : pas moins de cinq ouvrages lyriques différents, dont une réduction pour enfant du plus célèbre d’entre eux, Tsar et charpentier, sont ainsi présentés sur plusieurs jours. On tient là une occasion inespérée de dépasser les clichés affublés à ce petit maître sous‑estimé (à l’instar de ses contemporains Auber et Adam), qui reste en grande partie méconnu en dehors des pays germaniques.
C’est avant tout dans le domaine de l’opéra-comique (défini par une alternance de dialogues parlés et de scènes chantées), que Lortzing a acquis sa renommée, profitant de sa longue expérience sur les planches, en tant que comédien et chanteur. Dès ses 11 ans, le jeune homme d’origine modeste suit ainsi ses parents lors de tournées itinérantes, tout en se formant à la composition. Son immense popularité le propulse directeur musical à Leipzig, Vienne et Berlin, tandis que sa muse se fait plus ambitieuse en se tournant vers un langage sérieux, notamment avec Ondine (1845).
Si le sujet rappelle la Rusalka (1901) de Dvorák, il en diffère par l’adjonction d’éléments bouffons, confiés aux figures populaires Hans et Veit, amateurs de boissons alcoolisées : leurs scènes figurent parmi les plus réussies de la partition. Toutefois, le drame perd en profondeur ce qu’il gagne en proximité avec les auditeurs, sans doute sensibles à l’esprit espiègle de Lortzing (également auteur du livret). On a donc là un ouvrage intermédiaire, au ton semi‑sérieux, qui gagne progressivement en mystère au fil de la soirée, avec un dernier acte très abouti : c’est bien la capacité à mettre les mots au cœur des situations, sans ostentation, qui fait tout le miel de cet ouvrage. Les ensembles constituent à cet égard les moments les plus convaincants, portés par une écriture toujours tournée vers la progression dramatique. Le langage musical reste néanmoins assez convenu, desservi par une orchestration modeste, loin des raffinements d’un Mendelssohn. A cet effet, la direction de la Sud‑Coréenne Yura Wang privilégie des textures allégées, sans surcharge émotionnelle superflue. Si cette lecture manque de mordant par endroits, elle a pour avantage de ne jamais couvrir ses chanteurs.
Le plateau vocal peine à convaincre, en raison d’interprètes globalement jeunes, manifestement peu aguerris à la diction dans les passages rapides. Olena Tokar (Bertalda) tire son épingle du jeu, grâce à une solide aisance technique sur toute la tessiture. Nattha Thammathi (Hugo) séduit quant à lui par son brillant et son éloquence, faisant oublier des changements de registre un peu brusques dans l’aigu et une voix de tête insuffisamment projetée. Malgré un beau timbre, la voix trop légère de Jonathan Michie (Kühleborn) ne parvient pas à mettre en valeur la noirceur de son personnage, tandis que Sarah Traubel déçoit en Ondine, entre vibrato prononcé et interprétation trop prudente. En dehors d’une puissance limitée, Sven Hjörleifsson (Veit) s’impose par sa musicalité, à même de résonner avec l’excellent Peter Dolinsek (Hans), d’une présence drolatique dans son court rôle.
La mise en scène de Tilmann Köhler opte pour une esthétique épurée, en réduisant à l’os l’expression visuelle des différentes péripéties. A l’instar de son travail à Francfort dans George le rêveur de Zemlinsky en 2024, l’Allemand s’appuie sur une direction d’acteur soutenue, mais qui évacue trop l’opposition entre le monde marin et celui des humains. Son décor unique, constitué d’un immense escalier revisité par un plateau tournant, donne ainsi l’impression d’une scénographie interchangeable, peu adaptée au récit. C’est d’autant plus regrettable que le finale de l’ouvrage s’avère très réussi, en rompant avec ce carcan uniforme par une exploration inattendue des éléments de machinerie. Enfin, on aurait aimé que les costumes viennent davantage différencier les personnages, au‑delà de l’accoutrement grotesque du père d’Ondine, affublé d’un débardeur et d’un short rouge, avec des bottes en cuir montantes. Dommage.
Florent Coudeyrat
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