About us / Contact

The Classical Music Network

Toulon

Europe : Paris, Londn, Zurich, Geneva, Strasbourg, Bruxelles, Gent
America : New York, San Francisco, Montreal                       WORLD


Newsletter
Your email :

 

Back

Une soirée délicieuse, entre jazz et swing

Toulon
Opéra
04/24/2026 -  et 26, 28 avril 2026
Stephen Sondheim : Putting it Together
Jasmine Roy (Woman 1), Olivier Breitman (Man 1), Kelly Mathieson (Woman 2), Dov Milstein (Man 2), Sinan Bertrand (Stage manager)
Orchestre de l’Opéra de Toulon, Thierry Boulanger (direction musicale)
Olivier Bénézech (mise en scène), Bruno de Lavenère (scénographie), Samy Bedioui (costumes), David Simon‑Dehais (lumières), Johan Nus (chorégraphie)


(© Aurélien Kirchner)


L’Opéra de Toulon s’est distingué ces dernières années dans le domaine de la comédie musicale en s’offrant plusieurs créations françaises, dont deux ouvrages de Stephen Sondheim, Follies en 2014 et Putting it Together en ce printemps. On se réjouit de cet intérêt pour l’exploration du legs du parolier de West Side Story, en grande partie méconnu dans notre pays. Les plus beaux fleurons de ces ouvrages ont été très tôt réunis par le compositeur lui‑même, lors d’une première revue musicale appelée Side by Side (1976). La remise au goût du jour de cette compilation, très bien accueillie à sa création, donne lieu à un retravail complet en 1992, sous le titre de Putting it Together (donné à Toulon dans sa version de Broadway de 1999). Outre l’intégration des dernières productions, dont le subtil Sunday in the Park with George, le nouveau projet supprime les interventions du narrateur, en acceptant l’alternance des chansons sans ordre apparent.


Un tel parti pris a évidemment plus de chances de fonctionner aux Etats‑Unis, où les meilleurs hits des comédies musicales sont régulièrement repris comme autant de standards par des personnalités aussi reconnues que Frank Sinatra, Liza Minnelli ou encore Barbra Streisand (notamment dans son « Broadway Album », en 1985). Pour pallier l’absence d’intrigue, le metteur en scène Olivier Bénézech a eu la bonne idée d’imaginer un fil conducteur, qui nous plonge dans la répétition tourmentée du chef‑d’œuvre horrifique Sweeney Todd (déjà présenté en 2016 à Toulon). Aucune avalanche d’hémoglobine ne vient toutefois envahir la scène : ce sont davantage les vies professionnelle et personnelle qui s’entremêlent, tout en laissant entrevoir les coulisses et astuces pour monter un spectacle. Le plateau tournant offre ainsi la possibilité de dévoiler rapidement de multiples saynètes sans prétention, permettant de se concentrer sur les talents de parolier toujours aussi évocateurs de Sondheim.


Au fil de ses morceaux, le compositeur sait se faire un observateur avisé de la société de son temps, plus particulièrement dans la critique des élites new‑yorkaises. Les petitesses des « femmes modèles » (en lointaines ancêtres des « femmes trophée s») sont également moquées, à l’instar de ces couples à bout de souffle, qui hésitent entre tentation du renouvellement et acceptation d’une nécessaire sagesse. Au niveau scénique, quelques trouvailles savoureuses viennent animer le spectacle, telle cette déclaration d’amour à un cadavre au I ou le rétrécissement humoristique de l’action dans les toilettes au début du II. Le brio visuel de l’équipe technique réunie autour de Bénézech fait mouche une fois encore, confirmant les réussites précédentes de ce metteur en scène à juste titre très apprécié à Toulon (voir notamment Into the Woods en 2019).


Dominant largement ses comparses, Jasmine Roy fait l’étalage d’une classe vocale intacte avec les années, trouvant toujours le ton juste pour incarner ses différents personnages. Comme l’an passé dans Company (un spectacle toujours en tournée et à ne manquer sous aucun prétexte), elle bouleverse par son sens de la déclamation et du swing, sans parler de ses qualités théâtrales, d’un aplomb désarmant. On ne peut malheureusement pas en dire autant d’Olivier Breitman, qui outre plusieurs trous de mémoire en début de représentation paraît curieusement peu concerné par les événements. Seuls ses graves superbes séduisent par endroits, nous consolant quelque peu des difficultés précitées. Kelly Mathieson montre davantage de présence scénique, autour d’une musicalité parfaite sur toute la tessiture, à l’exception d’aigus en force. La prestation de Dov Milstein souffle quant à elle le chaud et le froid, du fait d’un médium trop discret et d’un style parfois trop mélodramatique. Fort heureusement, son émission se fait plus puissante en pleine voix, laissant découvrir un timbre magnifique. Enfin, Sinan Bertrand complète cette distribution avec une interprétation très solide au niveau vocal, faisant la preuve de ses progrès considérables en la matière, après une première partie de carrière essentiellement dévolue au théâtre.



Florent Coudeyrat

 

 

Copyright ©ConcertoNet.com