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En rouge et noir Liège Opéra royal de Wallonie 04/10/2026 - et 12*, 14, 16, 18 avril 2026 Gaetano Donizetti: Lucrezia Borgia Jessica Pratt (Lucrezia Borgia), Dmitry Korchak (Gennaro), Marko Mimica (Alfonso d’Este), Julie Boulianne (Maffio Orsini), Luca Dall’Amico (Don Apostolo Gazella), Roberto Covatta (Jeppo Liverotto), Marco Miglietta (Oloferno Vitellozzo), Lorenzo Martelli (Rustighello), Francesco Leone (Gubetta), William Corrò (Astolfo), Rocco Cavalluzzzi (Ascanio Petrucci), Jonathan Vork (Un usciere), Marc Tissons (Un coppiere)
Chœur de l’Opéra royal de Wallonie-Liège, Denis Segond (chef de chœur), Orchestre de l’Opéra royal de Wallonie-Liège, Giampaolo Bisanti (direction musicale)
Jean-Louis Grinda (mise en scène), Laurent Castaingt (décors, lumières), Françoise Raybaud (costumes), Arnaud Pottier (vidéo)
 (© Jonathan Berger/Opéra royal de Wallonie-Liège)
Il y a toujours dans une saison d’opéra une production moins intéressante, comme cette Lucrezia Borgia (1833). Fort peu enthousiasmante, malgré la beauté des lumières dans lesquelles baigne la seconde moitié de la seconde partie, un énorme escalier dominant la première, cette mise en scène dépourvue d’audace, et encore moins d’originalité, situe l’action à l’époque de la Renaissance, dans la péninsule, comme l’indiquent ces beaux costumes, ces représentations de villes italiennes, Ferrare sans doute, et aussi cette toile représentant une madone, le rouge et le noir constituant les deux couleurs dominantes. Elle comporte aussi, toujours pour situer, voire suggérer, l’époque et le lieu, des création vidéo exerçant une fonction davantage décorative que dramaturgique. A cause d’une direction d’acteur minimale, à l’image de la note d’intention, reproduite dans le programme, les personnages se résument à des archétypes, se détachent peu, voire mal, manquent de relief et de profondeur. Ce spectacle nous a ainsi paru bien long. Il ne fallait de toute façon pas s’attendre à mieux, ni à tout autre chose, de la part de Jean‑Louis Grinda, l’ancien directeur général et artistique, de 1996 à 2007, de l’Opéra royal de Wallonie qui a exercé une fonction équivalente à Monaco et à Orange.
La distribution ne parvient pas tout à fait à rehausser l’intérêt de ce spectacle. Jessica Pratt, le principal atout de cette production, se présente avant tout comme une excellente chanteuse, dotée d’une voix et d’une technique d’envergure, répondant ainsi aux exigences du rôle de Lucrezia. L’actrice laisse toutefois indifférent. L’interprétation demeure schématique, ne révèle presque rien, ou si peu, du personnage, d’où l’importance de la mise en scène dans une production d’opéra. La soprano ne donne pas ainsi toute la mesure de son potentiel. Dmitry Korchak a laissé une meilleure impression en Alfredo, la dernière fois que nous l’avons vu sur cette scène, dans La Traviata. Ses premières interventions en Gennaro manquent de justesse, la voix semblant même engorgée, mais le chant affiche une bien meilleure tenue par la suite. Le duo mère/fils avec la Lucrezia de Jessica Pratt ne convainc pas, à cause de la faible différence d’âge entre les deux interprètes, qui appartiennent à la même génération. Voix de belle et noble stature, avec ce qu’il faut de mordant et de noirceur, Marko Mimica campe un Alfonso fort convenable, tandis que Julie Boulianne trouve en Maffio Orsini un rôle en adéquation avec ses moyens, son timbre n’étant pas dépourvu d’attraits. De bons chanteurs se chargent des autres petits rôles, sans tirer la représentation vers le haut.
Le toujours aussi compétant Giampaolo Bisanti dirige un orchestre affichant son niveau habituel, sans conférer à cet opéra son éclat original : il livre ainsi une exécution ferme et vigoureuse, sans grande finesse, parfois même un trop ordinaire, voire routinière. Les chœurs apparaissent quant à eux bien préparés, en voix et expressifs, mais figés dans cette mise en scène dont la valeur toute relative demeure avant tout esthétique.
Sébastien Foucart
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