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Correspondances Paris Philharmonie 03/24/2026 - et 31 mars, 1er, 2 (La Chaux-de-Fonds), 14 (Kansas City), 16 (Cleveland), 17 (Worcester), 19 (Atlanta), 21 (New York), 23 (Berkeley), 25 (San Diego), 28 (Los Angeles) avril, 2 mai (Kalamazoo), 4 (London), 5 (Oxford) juin 2026 Franz Liszt : Variations sur « Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen », S. 180
Nikolaï Medtner : Sonate pour piano en fa mineur, opus 5
Frédéric Chopin : Prélude en ut dièse mineur, opus 45
Charles-Valentin Alkan : Préludes pour piano, opus 31 : 8. « Chanson de la folle au bord de la mer »
Alexandre Scriabine : Vers la flamme, opus 72
Ludwig van Beethoven : Sonate pour piano n° 32, opus 111 Alexandre Kantorow (piano)
 A. Kantorow (© Sasha Gusov)
Si, au sommet de la constellation « pianistes », on rivalise d’ingénuité (et parfois de perversité) dans l’élaboration des programmes de récital, on est toujours assuré avec Alexandre Kantorow, même si l’on peut être surpris en les découvrant, que ses programmes – à défaut d’exhiber un fil rouge gros comme une ficelle – embarquent l’auditeur dans un voyage dont il a le secret et permettent de tenir une salle dans une qualité d’écoute très singulière.
Joué devant une Philharmonie de Paris archi complète et enthousiaste, son dernier programme s’organisait autour de deux morceaux de résistance que sont la très longue Sonate opus 5 de Nikolaï Medtner, œuvre de jeunesse à la construction savante pouvant sembler aride à écouter, et la dernière Sonate opus 111 de Beethoven, qui, quoique ne comportant que deux mouvements, n’en est pas moins longue mais plus familière au public des récitals de piano.
Liszt ouvrait le feu avec ses Variations sur « Weinen, Klagen, Soren, Zagen » (chœur d’une cantate de Bach), enlevées avec un brio non seulement dans la virtuosité – car hormis ses deux extrêmes les variations sont véloces – mais dans l’intensité dramatique. Dans la Sonate de Medtner, que Kantorow maîtrise avec un appétit palpable – il a déclaré dans un récent entretien que « Medtner est le Chopin du XXe siècle » –, même si l’on peut y trouver des longueurs, il donne à ses quatre mouvements une vraie continuité.
Très original pour ouvrir la seconde partie, l’enchaînement du long Prélude en ut dièse mineur de Chopin, de la « La Chanson de la folle au bord de la mer », extraite des Vingt‑cinq Préludes de Charles-Valentin Alkan, et du poème Vers la flamme, dernier chef‑d’œuvre de Scriabine. Il faut bien en posséder tous les ressorts et en exalter les couleurs pour les enchaîner ainsi, mais il faut bien reconnaître qu’il y a entre ces trois pièces des correspondances poétiques qui le justifient.
L’interprétation de la Trente‑deuxième Sonate de Beethoven que donne Alexandre Kantorow divisera probablement les passionnés du piano. Il y manie un contraste entre les parties lyriques, auxquelles il confère des couleurs et des phrasés très aérés, et les traits rapides, qu’il accélère manifestement un peu trop. Mais les deux mouvements y gagnent en intensité dramatique ce que le public a célébré en respectant un bon silence après les accords finaux.
Le programme s’est prolongé avec ce qui pouvait correspondre le mieux à l’ensemble, une transcription de la « Mort d’Isolde » de Wagner jouée avec une poésie, un lyrisme et une intensité dramatique exceptionnelle. On a beaucoup parlé du programme mais on n’oublie pas de rappeler les exceptionnelles qualités pianistiques de ce merveilleux musicien, qui a remporté ce soir là encore un triomphe bien mérité.
Olivier Brunel
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