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Un Requiem sans ferveur Paris Philharmonie 03/22/2026 - et 23 (Luxembourg), 25 (München), 26 (Wien), 29 (Aix‑en‑Provence), 31 (Hamburg) mars 2026 Giuseppe Verdi : Messa da Requiem Marina Rebeka (soprano), Agnieszka Rehlis (mezzo), Joseph Calleja (ténor), David Leigh*/Marko Mimica/Alexander Vinogradov (basse)
Chor der Oper Zürich, Ernst Raffelsberger (chef de chœur), Orchester der Oper Zürich, Gianandrea Noseda (direction)
 G. Noseda (© Stefano Pasqualetti)
Dix ans après l’avoir dirigé in loco à la tête de l’Orchestre de Paris, Gianandrea Noseda redonne le Requiem de Verdi avec ses troupes zurichoises. Si l’interprétation n’a pas vraiment évolué, elle s’est radicalisée. L’Italien privilégie plus que jamais l’expression de l’effroi plutôt que l’imploration. Le geste est implacable, à la limite de la sécheresse, le « Dies iræ » crache les flammes de l’enfer. Mais la ferveur orante a tendance à disparaître, la créature semble renoncer à l’espoir du salut. La vision paraît aussi, dans sa radicalité, moins unitaire qu’en 2016, voire presque séquencée, ce qui étonne de la part d’un chef d’opéra aussi aguerri. On admire toujours la maîtrise de l’orchestre, qu’il conduit à un haut niveau, mais on cherche en vain l’émotion, la ferveur, la musique ne respire pas assez. Somme toute, le directeur de l’Opéra de Zurich convainquait davantage avec l’Orchestre de Paris.
Le quatuor vocal s’avère très inégal. Certes stylistiquement orthodoxe, Joseph Calleja rate son entrée, peint à émettre ses aigus en voix de poitrine, n’observe pas vraiment le Dolce con calma dans « Qui Mariam absolvisti » ou le dolcissimo de « Hostias et preces », écrasant parfois ses plus nuancés partenaires. Vraie basse aux graves nourris, d’une belle présence, David Leigh reste encore un peu vert et devrait polir davantage sa ligne, pour restituer par exemple le cantabile de « Oro supplex et acclinis ». On a connu plus investi le beau mezzo verdien d’Agnieszka Rehlis, toujours châtié mais un rien monochrome et retenu, à la projection parfois modeste.
Marina Rebeka dominerait par la beauté du timbre, le raffinement du phrasé et la finesse de l’incarnation – on sent ici toute la fragilité de la créature – mais le bas médium et le grave manquent de corps là où il faut une Aïda, et si l’on est partout ailleurs séduit par la radiance de l’aigu, elle détache fâcheusement, peut‑être de peur de l’accident, le si bémol suspendu du « Requiem » a cappella dans le « Libera me », rien moins que pianissimo. Si le chœur a de la vaillance, les sopranos ont tendance à chanter trop bas et le tempo du chef le bouscule un peu dans le « Sanctus ».
Ce n’est pas le Requiem de Verdi du siècle. On pourra le comparer, le 30 mai, avec celui que dirigera Daniele Gatti à la tête de la Staatskapelle de Dresde.
Didier van Moere
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