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Les voix intérieures de Sandrine Piau Paris Athénée - Théâtre Louis-Jouvet 03/23/2026 - Fanny Hensel : 6 Lieder, opus 7 : 1. « Nachtwanderer » – 6 Lieder, opus 1 : 1. « Schwanenlied »
Franz Schubert : Schwanengesang, D. 957 : 4. « Ständchen » – Heidenröslein, D. 257
Clara Schumann : 6 Lieder, opus 13 : 1. « Ich stand in dunklen Träumen » – Die Lorelei
Robert Schumann : Waldszenen, opus 82 : 7. « Vogel als Prophet »
Alexander von Zemlinsky : Schlummerlied – 6 Lieder, opus 22 : 4. « Elfenlied »
Richard Strauss : 8 Gedichte aus « Letzte Blätter », opus 10 : 3. « Die Nacht » – 5 Lieder, opus 39 : « Leises Lied » – 6 Lieder, opus 37 : 3. « Meinem Kinde » – 4 Lieder, opus 36 : 1. « Das Rosenband »
Claude Debussy : La Belle au bois dormant
Wally Karveno : La Robe de lune
Francis Poulenc : La Courte Paille, FP 178
Maurice Ravel : Jeux d’eau
Jeanne Bernard : Trois Chansons de Bilitis Sandrine Piau (soprano), David Kadouch (piano)
 S. Piau, D. Kadouch (© Sandrine Expilly)
Une carrière exemplaire, une maîtrise de tous les répertoires, du baroque au vingtième siècle, une conduite anthologique de la voix : Sandrine Piau devrait être un modèle pour la jeune génération de chanteurs français. On ne niera pas que son récital à l’Athénée ait révélé un timbre moins frais et quelque dureté. Mais l’artiste est là, qui transcende ses faiblesses. On admire l’art de mêler le mot et la note, de sertir un texte dans une ligne de chant aux couleurs pas moins variées que raffinées, avec partout un frémissement, une vibration de la voix, une présence aussi – tout est habité, à la fois pensé et senti. La gestion du souffle est admirable, qui fait merveille dans les longues phrases straussiennes – « Meinem Kinde » ou « Das Rosenband ». Mais la soprano s’allège facétieusement pour Heidenröslein de Schubert, alors qu’elle endosse sans peine les tensions de « Lorelei » de Clara Schumann. De la nuit romantique elle perce les mystères en donnant à chaque lied son caractère propre – l’uniformité constitue la pierre d’achoppement de ce genre de récital : la Berceuse de Zemlinsky ne s’interprète pas comme celle de Strauss.
Autant de voix intérieures. Elle trouve en David Kadouch un partenaire idéal, bien plus qu’un accompagnateur, qui chante à l’unisson. Seul à son clavier, un Steinway qu’on souhaiterait plus séduisant, il s’identifie subtilement à l’Oiseau-prophète schumannien. La partie française de ces « Chemins dans la nuit » ne séduit pas moins. Si La Belle au bois dormant de Debussy garde son esprit de ballade médiévale, La Courte Paille de Poulenc pétille d’esprit pour « Ba, be, bi , bo, bu » ou se nimbe de mélancolie pour « Lune d’avril », la soprano préservant ici le côté faussement enfantin, parfois tragique, de la musique – tout le cycle témoigne d’un art suprême de la déclamation à la française dont le compositeur est l’héritier. Le programme s’achève sur la résurrection des passionnantes Trois Chansons de Bilitis de la trop rare Jeanne Bernard (1895‑1965), différentes de celles de Debussy... dont l’ombre passe malgré tout dans la musique. A son clavier, David Kadouch nous aura entretemps offert des Jeux d’eau de Ravel très évocateurs, délicatement colorés et rythmés, qu’il fait chanter et danser souplement, comme des ondines. Quatre pépites achèvent la soirée : « Clair de lune » de Fauré, A Chloris de Reynaldo Hahn, Beau soir de Debussy et « Les Heures » de Chausson. Merveilleuse Sandrine Piau.
Didier van Moere
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