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L’éternel voyageur

Paris
Philharmonie
03/23/2026 -  
Franz Schubert : Winterreise, opus 89, D. 911
Matthias Goerne (baryton), Martin Helmchen (piano)


M. Goerne (© Caroline de Bon)


Le remplacement de Daniil Trifonov par Martin Helmchen, partenaire de longue date du baryton allemand Matthias Goerne, n’a heureusement pas changé la donne : la grande salle Pierre Boulez est pleine ce soir. On avoue avoir ressenti un peu d’inquiétude en voyant arriver un Martin Helmchen boitant vers le piano, inquiétude vite levée dès les premières notes du « Gute Nacht ». Quant à Matthias Goerne, il a désormais une silhouette plus fine qui lui va très bien. La soirée peut alors commencer, nous laissant soixante‑quinze minutes après, et malgré quelques toux malvenues réfrénées grâce à l’autorité naturelle du baryton, dans un état proche de la sidération.


La voix est toujours belle, charnue, sombre dans le grave, lumineuse dans l’aigu et au legato fascinant. La connexion palpable à chaque moment avec le pianiste ne laisse aucun doute sur leur convergence musicale et sans doute amicale. Quant au texte, on en goûte chaque mot, chaque inflexion, chaque nuance sans avoir quasiment jamais besoin du surtitrage. La caractérisation des différents passages est poussée à son paroxysme mais sans jamais aucun excès.


Quelques exemples inoubliables : le « Frühlingstraum » (11), rare passage un temps lumineux, est un moment suspendu, « Die Krähe » (15) fait peur et intrigue à la fois, « Mut » (22) durant lequel les mots « Will kein Gott auf Erden sein, sind wir sellber Götter » que l’on peut percevoir comme d’une brûlante actualité, sont chantés avec une incroyable gravité et bien entendu le « Leiermann » (24) final chanté comme depuis un autre monde. L’agilité vocale est bien là quand elle est de propos, par exemple dans « Die Wetterfhane » (2), « Die Post » (13), ou la désolation dans bien d’autres lieder comme « Wasserflut » (6), « Irrlicht » (9) et « Der Wegweiser » (20).


Matthias Goerne fait parfois penser à un pantin désarticulé tant il bouge sur la scène, intériorisant son interprétation comme si sa survie en dépendait. Ses regards perdus comme vers l’au‑delà, parfois hallucinés, font même penser au Wozzeck d’Alban Berg qu’il a tant chanté. Goerne est aussi un exemple flagrant prouvant que la technique vocale est une affaire personnelle et il est probable que ses déroutants balancements et mouvements sur scène surprendraient plus d’un professeur de chant. Mais quel résultat et surtout quel artiste ! Matthias Goerne est décidément plus qu’un chanteur, un musicien, un conteur bien sûr, mais aussi un artiste profondément habité par son art qu’il porte vers l’excellence. Par ces temps troublés cela fait un bien fou.


Immense à tous points de vue et inoubliable.



Gilles Lesur

 

 

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