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Intemporel Wolfgang Blum

Mannheim
Oper am Luisenpark
02/20/2026 -  et 24, 28 février, 6, 8, 12, 14, 18, 20* mars 2026
Giacomo Puccini : Madama Butterfly
Zinzi Frohwein (Cio-Cio San), Julia Faylenbogen (Suzuki), Rommie Rochell (Kate Pinkerton), Irakli Kakhidze*/Brian Michael Moore (Pinkerton), Evez Abdulla*/Nikola Diskic (Sharpless), Uwe Eikötter (Goro), Zacharías Galaviz-Guerra (Yamadori), Renatus Mészár (Bonzo), Thomas Jesatko (Il commisario, L’ufficiale), David Yim/Jeongkon Choi* (Yakuside)
Opernchor des Nationaltheaters, Alistair Lilley (chef de chœur), Nationaltheater-Orchester Mannheim, Jānis Liepins (direction musicale)
Wolfgang Blum (mise en scène), Paul Walter (décors), Gerda Schulte (costumes), Alfred Pape (lumières)


(© Christian Kleiner)


Depuis la crise du covid et la guerre en Ukraine, les institutions lyriques allemandes n’échappent malheureusement pas aux coupes budgétaires, comme partout en Europe. A Mannheim, la nouvelle production phare de la saison, la rare Passion grecque de Martinů, a fait les frais de ce contexte : le spectacle qui devait être mis en scène par Calixto Bieito (après Le Lac d’argent de Weill, en 2023) a ainsi été annulé en septembre dernier, et ce bien après l’impression des programmes en format papier, qui le mentionnent toujours. Pour autant, la situation du Théâtre de Mannheim reste on ne peut plus enviable par rapport à nos équivalents nationaux, en affichant pas moins de quinze spectacles lyriques différents sur toute la saison : la vingt‑et‑unième ville allemande en nombre d’habitants illustre ainsi la vitalité et la richesse de l’offre musicale de son pays, véritable paradis pour tous les mélomanes curieux et voyageurs.


Pour pallier cette annulation, Mannheim a eu la bonne idée de remonter l’une des productions emblématiques de son répertoire, celle de Madame Butterfly imaginée en 1969 par Wolfgang Blum (1923‑2024). Ce metteur en scène récemment disparu avait déjà été honoré d’une superbe reprise en 2018, avec un poétique Hänsel und Gretel. Toujours aussi inspiré, son travail pour démêler le destin tragique de la naïve geisha émerveille par son illustration visuelle richement dotée : la variété et la méticulosité apportées à la confection de chaque kimono sont un ravissement constant pour les yeux, tout autant que les multiples détails à même de faire vivre l’Extrême‑Orient fantasmé. L’immense décor, unique pendant toute la soirée, est revisité avec un à‑propos sans ostentation, notamment lors de la scène d’amour, baignée des éclairages mordorés du soleil couchant. L’appartement typiquement japonais, avec ses parois coulissantes en papier translucide, permet aussi à Blum de jouer sur les perspectives, ouvertes sur le jardin et la rade en arrière‑plan ou plus resserrées pour figurer l’enfermement mental de l’héroïne. Au‑delà de cette réussite plastique, quelques traits d’humour viennent animer la directions d’acteur, notamment lors de l’intervention désopilante et incongrue d’un convive trop porté sur l’alcool, pendant le mariage au I.


Face à cette réussite intemporelle, le plateau vocal n’a pas à rougir en comparaison, surtout dans la parfaite homogénéité des seconds rôles : autant la pénétrante Suzuki de Julia Faylenbogen, aux graves cuivrés, que le solide Sharpless d’Evez Abdulla procurent beaucoup de plaisir tout du long. Mais c’est peut‑être plus encore le Pinkerton au timbre gorgé de soleil d’Irakli Kakhidze qui impressionne par son aplomb, entre émission musculeuse et accents radieux. La Butterfly de Zinzi Frohwein montre un chant davantage porté sur la technique, malgré un soutien audible du vibrato, surtout en première partie de soirée. Le chant se déploie mieux ensuite dans les réparties tragiques, autour d’une interprétation engagée. Le chœur local s’impose également par sa précision et sa discipline, tandis que l’Orchestre du Théâtre de Mannheim se distingue une nouvelle fois par la qualité de ses musiciens, tous de haut niveau. La direction de caractère de Jānis Liepins, aux tempi vifs, donne quant à elle un visage plus moderne à la partition, en évitant tout sentimentalisme. C’est assurément l’un des atouts décisifs de cette soirée, à juste titre chaleureusement applaudie en fin de représentation.



Florent Coudeyrat

 

 

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