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Verdi sans italianité

München
Nationaltheater
03/07/2026 -  et 11, 14, 17, 19*, 22, 24 mars, 28, 31 juillet 2026
Giuseppe Verdi : Rigoletto
Ariunbaatar Ganbaatar*/Dalibor Jenis/Ludovic Tézier (Rigoletto), Bekhzod Davronov (Il Duca di Mantova), Serena Sáenz*/Nadine Sierra (Gilda), Riccardo Fassi (Sparafucile), Elmina Hasan*/Rihab Chaieb (Maddalena), Shannon Keegan*/Meg Brilleslyper (Giovanna), Martin Snell (Il Conte di Monterone), Thomas Mole*/Zhe Liu (Marullo), Granit Musliu (Matteo Borsa), Roman Chabaranok (Il Conte di Ceprano), Nontobeko Bhengu (La Contessa di Ceprano), Daniel Vening (Un usciere di corte), Lucy Altus (Un paggio della Duchessa)
Bayerisches Staatsorchester, Christoph Heil (chef de chœur), Bayerischer Staatsopernchor, Maurizio Benini (direction musicale)
Barbara Wysocka (mise en scène), Barbara Hanicka (décors), Julia Kornacka (costumes), Marc Heinz (lumières), Malte Krasting (dramaturgie)


A. Ganbaatar, S. Sáenz (© Geoffroy Schied)


Il reste difficile pour une maison d’opéra, fût‑elle parmi les meilleures du monde, d’être au même niveau dans tous les répertoires. L’Opéra d’Etat de Bavière excelle dans Strauss et Wagner, c’est lui qui est purement et simplement la référence mondiale, se défend fort bien dans le répertoire russe et dans la musique moderne, un peu moins constamment dans Mozart, et le répertoire italien lui réussit avec moins de régularité. Le dernier Verdi de cette maison, en 2023, une Aïda problématique qui avait été sauvée en grande partie par la direction de Rustoni, en offrait déjà un exemple. Ce nouveau Rigoletto en fournit une nouvelle illustration.


La direction de Maurizio Benini est, à certains égards, surprenante. La mise en place est irréprochable, les entrées des chanteurs et des musiciens d’une précision qui témoigne d’une vraie préparation. Mais l’orchestre reste rigide, et ni la passion ni l’italianité ne se font sentir. Il manque ce mouvement intérieur qui fait vivre Verdi – cette souplesse du phrasé, cet élan qui déverrouille le drame. L’orchestre accompagne sans embraser.


La mise en scène de Barbara Wysocka souffre du même manque de vitalité. Le premier acte devrait être un tourbillon. Les chanteurs y apparaissent souvent statiques, trop relégués dans le bas de la scène, ce qui nuit à la projection et à l’illusion dramatique. La Personenregie est peu marquée : les personnages coexistent plus qu’ils n’interagissent. Quant au dernier acte, transposé non dans la traditionnelle taverne de Mantoue mais dans un club aux pratiques sadomasochistes, l’atmosphère est glauque sans être oppressante, et la tension que réclame Verdi peine à s’installer.


Sur le plan vocal, le Duc de Bekhzod Davronov est d’une légèreté un peu excessive – plus ténorino que le rôle ne le réclame – et peine à s’imposer dans les scènes d’ensemble. Ariunbaatar Ganbaatar possède une voix impressionnante, en volume comme en couleur, et l’on pressent un artiste de premier plan. Mais le personnage ne s’émerge pas vraiment : la passion ne se dégage pas, la souffrance du père reste en retrait. Est‑ce l’affaire du chanteur, ou plutôt celles du chef et de la mise en scène qui ne lui ouvrent pas les bonnes portes ?


Nous sommes à Munich, et les seconds rôles ne déçoivent pas. Shannon Keegan marque le rôle de Giovanna, Thomas Mole, en Marullo, s’impose par une projection et une présence qui éclipsent par moments le Duc lui‑même – ce qui en dit long. L’ensemble des petits rôles est à un niveau que peu de maisons peuvent aligner.


Le seul vrai moment de grâce de la soirée est venu de Serena Sáenz. Son air de Gilda a révélé un registre aigu d’une belle qualité et un phrasé attentif, porteurs d’une émotion que le reste de la soirée n’avait guère laissé espérer.


Ce court moment, isolé dans une représentation qui ne rendait pas justice à Verdi, a rappelé ce que cet opéra peut offrir. Et au final, on repart surpris, qu’en dépit du travail et du talent déployés, de n’avoir été vraiment touché qu’une seule fois.



Antoine Lévy-Leboyer

 

 

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