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Danses du monde Oviedo Auditorio Príncipe Felipe 03/07/2026 - et 17 (Steinfurt), 23 (Hamburg), 24 (Düsseldorf), 25 (München), 28 (Hannover) janvier, 21 (St. Catharines), 22 (Montréal), 24 (Milano), 25 (Stuttgart), 26 (Warszawa), 28 (Firenze) février, 3 (Pisa), 5 (Barcelona), 10 (Berlin) mars, 17 (Braunshweig), 19 (Bremen), 31 (Liège) mai, 1er (Wien), 2 (Dortmund) juin 2026 Bohuslav Martinů : Tri ceské tance, H. 154
Manuel de Falla : La vida breve : Danzas espanolas n° 1 & n° 2 – El amor brujo : « Danza ritual del fuego »
Karol Szymanowski : Cztery tance polskie, M. 60
Franz Schubert : Deutsche Tänze, D. 783
Béla Bartók : Roman népi táncok, Sz. 56
Alberto Ginastera : Danzas argentinas, opus 2
Frédéric Chopin : Grande valse brillante en mi bémol majeur, opus 18 – Valse en la bémol majeur, opus 34 n° 1 – Valse en la mineur, opus 34 n° 2 – Polonaise n° 6 en la bémol majeur, opus 53
Johannes Brahms : Walzer, opus 39 : 3. en sol dièse mineur & 15. en la bémol majeur
Astor Piazzolla : Libertango
Isaac Albéniz : Espana, opus 165 : 2. Tango Jan Lisiecki (piano)
 J. Lisiecki (© Stefano Galuzzi/Deutsche Grammophon)
Jan Lisiecki, jeune pianiste canadien d’origine polonaise né à Calgary en 1995, a choisi deux points de chute en Espagne pour sa tournée européenne, avant de passer à Cambridge et Berlin : Barcelone et Oviedo. Son récital aux Asturies, dans le cadre des Journées de piano Luis G. Iberni, comportait, comme ce qui était programmé ailleurs, un grand nombre de courtes pièces, d’horizons esthétiques différents, mais ayant pour point commun d’être inspirées par des danses, folkloriques ou pas. En juin 2025, au Théâtre des Champs‑Elysées, il avait composé un programme avec un esprit voisin, autour cette fois de préludes, qu’il avait embrayés les uns à la suite des autres. Sa discographie chez Deutsche Grammophon son label exclusif depuis l’âge de quinze ans (!), déjà impressionnante, montre, comme ses récitals au demeurant, une appétence particulière pour Chopin. Mais si le compositeur franco‑polonais était encore au cœur de l’affiche d’Oviedo, il n’était encore représenté ce soir que par quatre œuvres, le pianiste étant allé surtout piocher dans son kaléidoscope musical dans des répertoires plus éloignés, principalement dans la première partie de son récital. Le panachage pouvait comme à Paris en 2025 laisser toutefois perplexe. D’un côté, il y avait des pages très courtes, somme toute rares au concert mais méritant d’être mieux connues. De l’autre, les proposer, dans un désordre incompréhensible, sans aucune pause, peut‑être pour éviter les applaudissements et de rompre la concentration du pianiste, on ne sait, ou démontrer quelque chose qui nous échappe à part le talent d’un artiste capable de passer d’un univers à un autre, comme si les perles faisaient partie d’un même collier, avait quelque chose d’absurde. Les enchaîner, c’était aussi en gommer la spécificité, l’originalité. Il fallait oublier rapidement les pages d’avant pour se concentrer sur le moment musical présent, pour s’y laisser emporter, pour les goûter à leur juste valeur.
Après être entré sur scène par de grandes enjambées, le pianiste frappe en tout cas un grand coup, d’emblée, avec Trois danses tchèques de Bohuslav Martinů (1890‑1959) aux rythmes marqués et superbement interprétées, teintées d’ironie surtout avec la première, et se concluant par une Polka pétillante mais transformée au point d’être presque méconnaissable. En regard, les « Danses espagnoles » extraites de La Vie brève de Manuel de Falla (1876‑1946) déçurent quelque peu ; elles pêchent par une sécheresse excessive, la seconde, curieusement proposée avant la première, manquant de cet alanguissement et cet esprit chaloupé typiquement andalous. Le pianiste est plus convaincant avec les Quatre danses polonaises de Karol Szymanowski (1882‑1937), sans doute parce qu’il y a encore du Chopin dans cette musique. Les rubatos soupesés n’empêchent pas le charme et le mystère de s’installer. Chez Franz Schubert (1797‑1828), Jan Lisiecki impressionne encore davantage. Il parvient cette fois à y annoncer du... Chopin. Il passe ensuite sans coup férir aux Danses populaires roumaines de Béla Bartók (1881‑1945). C’est assurément un tout autre univers mais le pianiste y montre une maîtrise du clavier proprement stupéfiante. On garde notamment en mémoire la troisième danse et ses couleurs nostalgiques, si touchantes sous les doigts de l’artiste. Les Danses argentines d’Alberto Ginastera (1916‑1983) sont abordées pour leur part sans raideur, avec même délicatesse pour la première et une sorte de folie pour la dernière.
En seconde partie, Frédéric Chopin (1810-1849), avec sa Grande valse brillante, ses Valses de l’Opus 34 ou sa Polonaise opus 53, sont interprétées avec une grande classe et une limpidité assez confondante, l’émotion étant assurément là dans la Valse lente de l’Opus 34. On respire ensuite comme un bol d’air pur dans le paysage plus large d’une Valse de Johannes Brahms avant de passer brutalement au fameux Libertango d’Astor Piazzolla (1921‑1992), tout autant maîtrisé cela étant. L’Espana d’Isaac Albéniz (1860‑1909) n’est pas moins réussie tandis que la « Danse rituelle » de Falla souffre peut-être d’un manque de passion pour l’être tout autant. Et le marathon s’achève avec la Polonaise de Chopin. C’est alors un feu d’artifice, le piano de Jan Lisiecki étant transformé en un orchestre absolument magnifique.
Le public ne peut que s’incliner devant la performance : tout est joué de mémoire ; il n’y a pas une seule fausse note ; le pianiste ne cogne jamais. Tout au plus peut‑on déceler un brin de sécheresse dans les pages espagnoles mais la clarté du discours est d’une constance vraiment remarquable et ne peut que susciter l’admiration. Les qualités exceptionnelles du pianiste sont d’ailleurs confirmées dans deux bis, le Menuet tiré des Humoresques de concert d’Ignacy Paderewski (1860‑1941), puis encore une Valse de Chopin, la Première de l’Opus 64. Il semble ne connaître aucune limite technique.
Le site de Jan Lisiecki
Stéphane Guy
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