About us / Contact

The Classical Music Network

Paris

Europe : Paris, Londn, Zurich, Geneva, Strasbourg, Bruxelles, Gent
America : New York, San Francisco, Montreal                       WORLD


Newsletter
Your email :

 

Back

Un classique de la modernité

Paris
Opéra Bastille
02/07/2026 -  et 10, 13,19, 22, 25, 28* février, 3, 7, 10, 13, 16, 19 mars 2026
Georges Bizet : Carmen
Stéphanie d’Oustrac*/Victoria Karkacheva (Carmen), Russell Thomas*/Jean‑François Borras (Don José), Erwin Schrott (Escamillo), Amina Edris*/Ilanah Lobel‑Torres (Micaëla), Vartan Gabrielian (Zuniga), Florent Mbia (Moralès), Seray Pinar (Mercédès), Margarita Polonskaya (Frasquita), Florent Karrer (Le Dancaïre), Loïc Félix (Le Remendado), Michel B. Duperial (Lillas Pastia)
Maîtrise des Hauts de Seine/Chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris, Chœurs de l’Opéra national de Paris, Ching‑Lien Wu (cheffe des chœurs), Orchestre de l’Opéra national de Paris, Keri‑Lynn Wilson (direction musicale)
Calixto Bieito (mise en scène), Alfons Flores (décors), Mercè Paloma (costumes), Alberto Rodríguez Vega (lumières)


R. Thomas, S. d’Oustrac (© Benoîte Fanton/Opéra national de Paris)


Si son Ring raté ne risque pas de passer à la postérité – à moins, sait‑on jamais, que Le Crépuscule des dieux ne soit une révélation –, la Carmen de Calixto Bieito sort de nouveau victorieuse de l’épreuve du temps. Rappelons que, si Paris l’a découverte en 2017, elle date de... 1999. Alors que celle de Franco Zeffirelli paraît plus kitsch que jamais, avec son pittoresque de carton‑pâte, celle‑ci est devenue un classique de la modernité, que certains à l’époque trouvaient scandaleuse. La production de nous plongeait en effet dans une Espagne franquiste marquée par la violence, de l’armée vis‑à‑vis de ses soldats, des hommes vis‑à‑vis des femmes – ce qui légitimait l’obscénité. Il mettait la cruauté à nu au milieu d’un décor presque vide, d’où se trouvait bannie toute trace d’exotisme – mis à part le costume d’Escamillo. Une mise à nu conduisant à une mise à mort, celle de Carmen et celle du taureau à l’intérieur d’un cercle de craie en guise d’arènes. La direction d’acteur reste toujours aussi affûtée, qui donne du relief à chaque personnage, quel qu’il soit – pour ne rien dire du chœur.


Stéphanie d’Oustrac, en général Carmen de premier rang, est ce soir annoncée malade. De quoi expliquer, sans doute, une certaine distorsion des registres, une ligne parfois erratique, la mezzo se reprenant au troisième acte avant de tomber en panne de médium au quatrième. Mais elle est tellement Carmen, séductrice, insolente, indomptable... La Force du destin avait naguère révélé le Don Alvaro de Russell Thomas, ténor honnête plus que parangon de grand style. Tel est son Don José, timide puis fiévreux, vocalement solide, pas toujours assez nuancé – il chante en force la fin de l’Air de la fleur. L’aigu accuse un peu de dureté et le phrasé laisse parfois à désirer, faute peut‑être d’intimité avec la prosodie française.


Il n’empêche : quand on entend l’Escamillo d’Erwin Schrott, on s’en veut d’émettre des réserves. Comment ose‑t‑on distribuer, à Paris, un chanteur faisant injure aux principes les plus élémentaires du chant français ? Familière de notre répertoire, Amina Edris incarne en revanche une assez jolie Micaëla, même si on l’a entendue ailleurs plus brillante d’aigu et plus investie. Les seconds rôles sont bien distribués, la plupart confiés à des membres de la Troupe lyrique de la maison, parmi lesquels se remarque d’abord la Frasquita de Margarita Polonskaya – qu’on verrait bien en Micaëla.


Au pupitre, Keri-Lynn Wilson laisse sceptique. Un Prélude volcanique, bigarré, auquel fera écho le début de l’acte IV, laisse augurer un spectacle d’une théâtralité ignée, mais il n’en est rien : sans doute soucieuse de porter les voix tout en soignant certains détails d’orchestration, sa direction adopte souvent des tempos très étirés et ne tend pas l’arc du drame. Le Quintette de l’acte II, néanmoins, garde sa volubilité coquine et elle réussit bien les entractes. Quoi qu’il en soit, un Fabien Gabel, le dernier à avoir dirigé Carmen à Bastille, laisse un meilleur souvenir. A partir du 7 mars, une seconde distribution réunira Victoria Karkacheva, la Marguerite de la récente Damnation de Faust champs‑élyséenne, et Jean‑François Borras.



Didier van Moere

 

 

Copyright ©ConcertoNet.com