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Une production réussie Liège Opéra royal de Wallonie 02/27/2026 - et 1er, 3, 5, 7 mars 2026 Piotr Ilitch Tchaïkovski : Pikovaïa dama, opus 68 Olga Maslova (Liza), Arsen Soghomonyan (Hermann), Olesya Petrova (La Comtesse), Judit Kutasi (Polina), Alexey Bogdanchikov (Le Comte Tomski, Zlatogor), Nikolai Zemlianskikh (Le Prince Yeletski), Alexey Dolgov (Tchekalinsky), Mark Kurmanbayev (Surin), Bruno Silva Resende (Narumov), Elena Manistina (Une gouvernante), Aurore Daubrun (Milovzor), Alexander Fedorov (Chaplitsky, Rasporyaditel), Elena Galitskaya (Masha, Prilepa)
Chœur et Maitrise de l’Opéra royal de Wallonie, Denis Segond (chef de chœur), Orchestre de l’Opéra royal de Wallonie, Giampaolo Bisanti (direction musicale)
Marie Lambert-Le Bihan (mise en scène), Cécile Trémolières (décors, costumes), Fiammetta Baldiserri (lumières), Danilo Rubeca (chorégraphie)
 (© Jonathan Berger/Opéra royal de Wallonie)
Vingt-quatre ans plus tard, l’Opéra royal de Wallonie monte une nouvelle production de La Dame de pique (1890) : une réussite qui devrait inciter l’institution liégeoise à programmer lors d’une prochaine saison un nouveau Eugène Onéguine, éventuellement avec la même metteuse en scène, et à produire un Boris Godounov, pourquoi pas aussi un opéra de Prokofiev, comme L’Amour des trois oranges. C’est que l’orchestre sonne dans ce répertoire avec conviction, et ce théâtre a la capacité de trouver de bons chanteurs russes afin de former une belle et solide distribution.
Evoquons la mise en scène, tout d’abord, accomplie et intéressante. Marie Lambert‑Le Bihan transpose l’action au dix‑huitième siècle, sans référence trop explicite. L’époque est évoquée essentiellement par les costumes, qui séduisent par leur beauté et leur diversité, tandis que les subtiles lumières baignent le spectacle dans différentes atmosphères, claires ou plus sombres, chaleureuses ou plus sinistres. Cette mise en scène exploite habilement les contrastes de cette œuvre constituée de séquences opposées, les scènes de grivoiserie et de libération s’opposant à celles dans lesquelles se ressent le poids des conventions et des normes, de la solitude aussi.
La mise en scène reflète donc la richesse de cet opéra, et elle en propose une interprétation fouillée et pertinente, à l’image des notes d’intention de Marie Lambert‑Le Bihan, laquelle soigne en plus la direction d’acteur, malgré quelques stéréotypes relevés çà et là dans les postures et les gestuelles. Les mouvements d’ensemble et les interactions entre les personnages principaux attestent d’un travail approfondi et enthousiaste. Cette mise en scène intelligente se distingue ainsi par sa conception cohérente, son identité claire, malgré les ruptures de ton, tandis que le spectacle parvient à rester vif et à conserver l’attention, aussi parce que la scénographie varie d’une scène à l’autre, tout en conférant une certaine unité à la représentation. Le défi est donc relevé. Nous apprécions en particulier cette sorte de boîte dans laquelle les personnes évoluent, comme collés aux parois, avec l’impression que le public regarde à travers de celle‑ci, un peu moins, cependant, cette scène dans laquelle les choristes et des figurants ressemblent à des poupées amassées, malgré la justesse du propos. Il ne nous déplairait pas de revoir cette mise en scène pour mieux en apprécier les détails, car ils n’ont pas été sacrifiés, même si rien ne distrait de l’essentiel.
Faut-il répéter à quel point il importe de recourir à des interprètes russophones autant que possible pour ce genre d’œuvre, afin d’en garantir l’authenticité ? L’Opéra royal de Wallonie a donc réuni des interprètes convaincants. Liza revient ainsi à Olga Maslova : l’incarnation vaut surtout pour la voix, somptueuse, longue et puissante, et la haute tenue du chant, l’identification à la psychologie du personnage demeurant tout juste persuasive, voire sommaire, au contraire de l’Hermann intense et vibrant d’Arsen Soghomonyan, un artiste remarquable à plusieurs points de vue, la présence et le chant, tous deux saisissants. Le ténor signe ainsi une performance sensible et sincère. Le rôle important de la Comtesse a été confié à Olesya Petrova, une mezzo‑soprano comme nous les aimons dans ce répertoire ; voix infaillible, timbre idéal, expression juste. Nous apprécions aussi beaucoup le Comte Tomski d’Alexey Bogdanchikov, une voix puissante, percutante même. Les autres plus petits rôles sont plus que convenablement assurés, et aucun maillon faible n’enraille toute cette mécanique. A noter aussi, la contribution précise et pleine de fraîcheur des enfants de la Maîtrise, sous la responsabilité de Véronique Tollet, l’une des filles apparaissant même déguisée en tsarine somptueusement vêtue.
Sous la direction profonde et soutenue de Giampaolo Bisanti, l’orchestre affiche un excellent niveau, le jeu demeurant précis et les sonorités attrayantes. Il faut saluer, à ce titre, les interventions admirables des différents pupitres de bois, ainsi que les couleurs riches et évocatrices de l’orchestre durant toute cette représentation chaleureusement applaudie.
Sébastien Foucart
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