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Un Nabucco moderne Antwerp Opera Vlaanderen 02/22/2026 - et 24, 26, 28 février, 3, 5, 8, 10, 12, 15 mars 2026 Giuseppe Verdi : Nabucco Daniel Luis de Vicente (Nabucco), Ewa Vesin (Abigaille), Lotte Verstaen (Fenena), Matteo Roma (Ismaele), Vittorio de Campo (Zaccaria), Sawako Kayaki (Anna), Emanuel Tomljenovic (Abdallo), Samson Setu (Il Gran Sacerdote di Belo)
Koor Opera Ballet Vlaanderen, Jan Schweiger (chef de chœur), Symfonisch Orkest Opera Ballet Vlaanderen, Gaetano Lo Coco (direction musicale)
Christiane Jatahy (mise en scène, scénographie), Thomas Walgrave (scénographie, lumières), Marcelo Lipiani (scénographie), An D’Huys (costumes), Batman Zavareze, Júlio Parente (vidéo)
 (© Opera Ballet Vlaanderen/Annemie Augustijns)
L’Opéra des Flandres monte à son tour ce Nabucco (1842), créé au Grand Théâtre de Genève en 2023. Et nous entendons cet opéra presque comme Verdi l’a conçu. Presque ? Oui, dans ce spectacle, il se termine avec une composition de facture contemporaine, plutôt dissonante, le programme n’en précisant pas l’auteur, à moins de devoir patiemment en chercher le nom dans tous les textes. Ensuite, pour conclure, le chef se tourne vers le public pour un second « Va pensiero », chanté a cappella par les choristes dans la salle. Sans doute aurait‑il voulu que le public les accompagne, quelques spectateurs s’y essayant, d’ailleurs. Pour certains metteurs en scène, un opéra constitue un matériau comme un autre.
Notre correspondant suisse a décrit avec précision et dans les détails la scénographie et la mise en scène de Christiane Jatahy. Elle aborde cet ouvrage sous un angle moderne, avec des vêtements de tous les jours et en utilisant la vidéo, notamment en temps réel, un procédé désormais courant à l’opéra, pour parler de l’exil, de l’individu et du collectif, dans une conception universelle et intemporelle de cet ouvrage. La scénographie, assez sophistiquée, comporte quelques idées intéressantes, comme ce plan en miroir et cette surface recouverte d’eau, bien exploités d’un point de vue visuel et dramaturgique. La metteuse en scène aborde ainsi cette pièce de façon personnelle, en maîtrisant les paramètres pour développer et argumenter sa lecture du livret. Le spectacle nous a paru assez lisible, pas trop encombré d’artifices, en tout cas, cohérent et concentré. Mais c’est l’esthétique de ce spectacle qui demeure dans la mémoire. La technologie, montrée sans artifice, les caméras faisant partie de la scénographie, n’exclut toutefois pas l’humain qui demeure au centre de cette mise en scène plus intéressante que passionnante, plus pertinente qu’originale.
Le volet musical répond aux attentes. Le public s’empresse, d’ailleurs, de se lever pour ovationner les artistes, un peu trop précipitamment, selon nous, mais il s’agit d’une pratique fort ancrée dans les habitudes à l’Opéra des Flandres, même pour les spectacles se situant à un niveau d’inspiration et de qualité ordinaire, comme celui‑ci. Mais la production s’appuie, il faut le reconnaître, sur d’excellents artistes, et l’Opéra des Flandres passe maître depuis des années pour rechercher des chanteurs peu connus, mais compétents, engagés et crédibles.
Daniel Luis de Vicente affiche ainsi de la prestance, mais aussi de la sensibilité et de la profondeur, en Nabucco. Le baryton délivre une composition juste, intense, de haute tenue, de ce personnage, avec des ressources importantes et une habilité remarquable. Les difficultés vocales du rôle d’Abigaille sont connues, mais Ewa Vesin les affronte avec habilité et conviction. Sa prestation se dégage surtout pour sa puissance et son intensité, moins pour la pure beauté vocale, une qualité à porter à l’actif de Lotte Verstaen, fine et sensible, en Fenena. Cette jeune chanteuse qui se produit souvent à l’Opéra des Flandres, mais qui apparait aussi de temps en temps à la Monnaie, et même à Liège, et ce depuis quelques années, accomplit un parcours artistique digne d’éloge, avec constance, discrétion et sérieux.
Vittorio de Campo, en charge du rôle de Zaccaria, bénéficie d’une partie plus consistante pour se mettre en valeur, et il s’y distingue avant tout par la voix, moins par le jeu scénique, que celle du pauvre Matteo Roma qui doit se contenter d’Ismaele, un personnage peu développé par Verdi. Le ténor parvient toutefois à attirer notre attention par la beauté du timbre et la finesse du chant. La distribution des plus petits rôles, endossés par de jeunes chanteurs, se révèle probante. Quant aux choristes, ils ont fort à faire. Préparés par Jan Schweiger, ils se montrent à la hauteur, somptueux, infaillibles, capables d’éclats comme de nuances, avec une présence forte, rehaussée par leur apparition tant sur le plateau qu’au parterre et dans les balcons.
La belle et solide direction de Gaetano Lo Coco, directe et sans fioriture, à la tête d’un orchestre concerné et au point, constitue un atout dans cette production. Nous faisons la connaissance d’un jeune chef intéressant, qui approche de façon stimulante et juste, avec profondeur et rigueur, cette musique qui sonne, grâce à lui, mais aussi à l’orchestre, avec fermeté et netteté, cette exécution de haut niveau pouvant encore gagner en finesse.
Sébastien Foucart
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